Depuis le début de l'année, le métal jaune a gagné jusqu'à 14 %, profitant d'un niveau extraordinairement élevé de craintes sur la santé du secteur financier. La plus traditionnelle des valeurs refuge s'est même brièvement hissée vendredi dernier au-dessus du seuil de 1 000 dollars l'once, à 1 006 dollars.
Fait remarquable, cette ascension s'est faite sans tenir compte des mouvements du dollar, alors que d'ordinaire une forte corrélation inverse unit le prix du métal jaune et la valeur du billet vert.
Pour certains, le contexte de la crise financière reste porteur et l'or a toutes les armes pour battre ses records.
« L'environnement actuel des marchés suggère que l'or va monter plus haut et il semble fortement probable qu'il repasse le seuil de 1 000 dollars l'once », a ainsi estimé Eugen Weinberg, analyste chez Dresdner Bank.
« Les prix de l'or pourraient se consolider à de nouveaux plus hauts, après les prises de bénéfices qu'on a observé récemment », renchérit Andrey Kryuchenkov, de VTB Capital.
Si cela se vérifiait, les cours de l'or seraient à courte portée de leur record historique de mars dernier, à 1 032 dollars, atteint sur fond de chute de la production en Afrique du Sud et d'affaiblissement très marqué du dollar.
Dès janvier, le cabinet spécialisé GFMS avait d'ailleurs dit s'attendre à de nouveaux records de l'or au premier trimestre.
« En injectant des milliards de dollars pour ranimer l'économie et le système financier américain, les autorités américaines posent les fondations d'une forte inflation pour l'avenir », un facteur haussier à long terme pour l'or, a argumenté M. Kryuchenkov. » « Des investisseurs estiment qu'un scénario d'extrême inflation nous attend après les mesures sans précédent » prises par les autorités financières, confirme Dan Smith, de Standard Chartered.
D'autres se montrent plus circonspects.
« La grande faiblesse de l'or est qu'il n'offre intrinsèquement aucun rendement. Contrairement aux actions, aux obligations ou aux dépôts dans les banques, un placement en or ne rapporte ni dividende ni intérêt », a ainsi rappelé ainsi Julian Jessops, du cabinet Capital Economics.
« Dès lors que les conditions économiques et financières s'amélioreront ou du moins se stabiliseront, d'autres actifs comme les actions paraîtront de nouveau plus attractifs », estime-t-il.
« Les prix de l'or sont un peu surévalués par rapport au pétrole et au niveau d'inflation », estime aussi Dan Smith.
Autre frein possible à la course de l'or, les fonds spécialisés, dont les achats ont largement contribué à l'envolée de l'or, ont récemment cessé leurs emplettes.
« Pour la quatrième séance d'affilée, les volumes d'or détenus par les plus grands fonds ETP sont restés étales, à un niveau record de 1 029 tonnes », ont ainsi observé jeudi les analystes de Barclays Capital.
Pour John Reade, chez UBS, l'or pourrait être en train de jeter ses derniers feux.
« Nous maintenons nos prévisions de prix à 1 050 dollars l'once sur le prochain mois et 1 100 dollars sur les trois prochains mois, mais il se peut que les investisseurs réactifs trouvent bientôt de meilleurs placements », prévient-il.
Reste un paramètre imprévisible : l'appétit des joailliers. S'ils ont récemment boudé le - trop - précieux métal, les bijoutiers pourraient y revenir au premier fléchissement des cours.
« Le risque majeur est que la demande des bijoutiers reparte de façon normale, dès que la demande d'or des investisseurs faiblira », souligne ainsi Barclays Capital.

