Récemment, le chef de l'État a lancé une sorte de néologisme politique : la démocratie de pacte. Ou, si l'on préfère, la démocratie contractuelle. Au long cours. En lieu et place de la démocratie dite consensuelle, plus occasionnelle. Et qui dénature, au gré des appétences politiciennes, ce modèle libanais, unique en son genre.
L'on entend de la sorte les prosyriens avancer que la participation, telle qu'ils l'entendent, devra de nouveau être assurée après les législatives. Dans le cadre d'un cabinet d'union bis. Avec confirmation du tiers de blocage, générateur de crises et de paralysie étatique.
L'ancien ministre Sleimane Frangié affirme cependant que le rejet de la participation conduit au sabotage de l'État par une monopolisation abusive du pouvoir. Il estime que le régime libanais est essentiellement consensuel de nature. Ce qui revient à dire, selon lui, que tout le monde doit participer au pouvoir, avec tiers de blocage. Il invite dès lors les loyalistes à intégrer le gouvernement une fois qu'ils seraient devenus minoritaires. En précisant qu'en cas de refus de leur part, le 8 Mars gouvernera seul d'une manière exemplaire.
Ajoutons que selon les prosyriens, le tiers de blocage est un facteur consensuel incontournable. Car il permet d'interdire à une fraction de monopoliser le pouvoir, en aidant les composantes du pays à bien assumer leur part propre de responsabilité nationale. Pour faire avancer les choses. À les en croire, enfin, les propos du président Sleiman sur la démocratie de pacte doivent être compris comme un appui à la nécessité de la participation.
Les majoritaires répondent que le terme même de tiers de blocage discrédite et disqualifie la participation que réclame le 8 Mars. Ils rappellent qu'à Doha, les prosyriens ont pu passer en force et imposer le tiers de blocage car la majorité a dû s'y résigner pour permettre au pays de sortir de la crise et de respirer. Selon eux, il a été certes question, en marge de Taëf, de prévoir un tiers de départage au sein du gouvernement. Mais au bénéfice du président de la République, pour compenser la perte de ses prérogatives principales. Et, surtout, pour qu'il puisse arbitrer. Or sur ce point, force est de constater que les prosyriens, qui attaquent avec véhémence l'idée d'un bloc centriste, ne veulent pas d'un fléau de balance assurant l'équilibre.
Les majoritaires soulignent, ensuite, que le pacte national et la Constitution édictent que la majorité doit gouverner et la minorité s'opposer. Sa responsabilité propre, sa participation à la vie politique, étant de surveiller de près le pouvoir, en lui demandant des comptes au Parlement. Dont le rôle démocratique de censeur serait gommé ipso facto en cas de copartage de l'Exécutif. Les loyalistes relèvent que n'importe qui peut toucher du doigt les méfaits du blocage via le tiers des sièges ministériels. Et ils concluent qu'en cas de victoire du camp d'en face, ils sont prêts à se confiner dans une mission d'opposition constructive, laissant la nouvelle majorité gouverner en solo.
Étayant cette argumentation, le secrétaire général du 14 Mars, l'ancien député Farès Souhaid, explique que la proposition du 8 Mars est dangereuse pour le régime démocratique. Il y voit une menace sous-jacente concernant les législatives, que l'opposition pourrait torpiller si son offre est rejetée.
Autre étrangeté : un ministre prosyrien proclame qu'il appartient à une opposition agissant au sein du gouvernement. Ce qui signifie, relèvent des loyalistes, que le 8 Mars foule aux pieds la règle de la cohésion gouvernementale, pour ne garder en vue que l'obstruction. Comme on le constate du reste avec l'affaire du Conseil du Sud qui bloque l'adoption du budget. Ou encore avec les entraves aux nominations.
Les loyalistes se demandent enfin si, en cherchant à remplacer Taëf par Doha, leurs adversaires ne tentent pas d'ouvrir la voie à une nouvelle équation partageant le système non plus à parts égales entre musulmans et chrétiens, mais dans une proportion de deux contre un au profit des premiers.

