Des politiciens libanais ont eu le privilège d'assister aux mâtines de prière pour la nation célébrées début février, à Washington en présence du président américain et de son gouvernement. Une cérémonie traditionnelle suivie d'un petit déjeuner convivial. Ils ont saisi cette occasion pour s'entretenir avec nombre de responsables US, qui ont tous avancé cette double assurance : soutien indéfectible à un Liban démocratique libre, à ses institutions légales comme à son armée ; et aucun arrangement, notamment entre Israël et la Syrie, qui se ferait aux dépens de notre pays. Des thèmes et des termes que Kerry a encore plus développé dans ses déclarations de Beyrouth, en leur donnant, à dessein, beaucoup de consistance en limitant ses rencontres au président de la République, au chef du gouvernement et au leader du Courant du futur, pour ignorer avec superbe tous les prosyriens, Nabih Berry compris. Ce qui a offusqué le ministre des AE Faouzi Salloukh.
Un député majoritaire interprète le modus operandi de Kerry comme un message signifiant aux prosyriens du cru, tout comme à Damas, qu'il est erroné de miser sur une révision de la politique américaine par rapport au cas libanais. Que les constantes US sont, sur ce point précis, aussi solides que celles de Bkerké ou de Baabda. Et que s'il y a changement, c'est uniquement sur la méthode.
Cependant à Damas, on entend les choses différemment. Selon des témoins fiables, les responsables syriens tiennent actuellement le langage suivant : « Kerry va être le premier émissaire américain de tout premier plan à venir nous voir. Nous allons écouter ce qu'il a à nous dire et à nous proposer, tout en restant bien disposés, car dans ses discours, notamment lors de son investiture, le président Obama assure que la politique américaine à l'égard de la Syrie va changer. Il nous faut savoir en quoi et comment. Il reste que pour notre part, nous ne changeons pas de ligne, ce sont eux qui le font. »
Ils ajoutent, en substance, que « nous allons soumettre à Kerry des demandes raisonnables. Dont l'abolition du Syria Act et du retrait de l'inscription de la Syrie sur la liste des États qui parrainent le terrorisme. Il n'est pas logique qu'Obama traite avec nous s'il nous considère comme faisant partie de ces pays. Nous sommes ouverts au dialogue, mais rejetons tout diktat ».
Selon leurs auditeurs libanais, ces dirigeants syriens se frottent les mains de constater que, ces derniers temps, les délégations occidentales, américaines ou européennes affluent à Damas. Alors que pendant longtemps, la capitale syrienne était mise en quarantaine, boudée et mise sous pression économique constante.
Pour ce qui est du Liban, ces responsables syriens assurent que leur pays est déterminé à traiter avec les institutions libanaises, comme à soutenir le régime du président Sleiman, sans vouloir retourner physiquement au Liban. Mais ils répètent après le président Assad que la Syrie considère le dossier libanais sous l'angle de ses intérêts régionaux propres. Et que de ce fait elle ne fait pas de cadeaux gratuits.

