« Cette première audience représente la réalisation d'efforts significatifs dans l'établissement d'un tribunal honnête et indépendant chargé de juger ceux qui occupaient des fonctions de direction » dans l'appareil des Khmers rouges, a déclaré le juge cambodgien Nil Nonn qui présidait la séance.
« Douch » commandait la prison de Tuol Sleng (S-21), centre d'interrogatoires établi dans un ancien lycée où plus de 15 000 personnes ont été torturées avant d'être tuées dans des « killing fields », dans le cadre de vastes purges ordonnées par la direction du « Kampuchéa démocratique ».
« Douch » est accusé de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de tortures et de meurtres avec préméditation. Selon son avocat français François Roux, il a pris acte des accusations et entend utiliser les audiences pour demander pardon à ses victimes et à tous les Cambodgiens. « Douch voudrait que la porte reste ouverte, afin d'être un jour pardonné », a déclaré Me Roux. Il « essaiera d'expliquer certaines choses », mais « est-il possible d'expliquer ce qui est allé à l'encontre de l'humanité même ? ».
Arrêté en 1999 par les autorités cambodgiennes, « Douch » est le premier ex-responsable khmer rouge à avoir été transféré en 2007 vers le tribunal spécial de Phnom Penh. Il risque la réclusion à perpétuité, la cour ayant exclu la peine de mort. Quatre dirigeants, âgés de 76 à 83 ans, au profil plus politique du régime de Pol Pot, décédé en 1998, seront jugés à des dates ultérieures. Le tribunal s'est mis péniblement en place en 2006, après une décennie de tractations entre l'ONU et le gouvernement cambodgien de Hun Sen.
L'audience, qui se poursuivra aujourd'hui, est destinée à fixer certaines procédures, les débats sur le fond n'étant pas prévus avant la deuxième moitié de mars ou début avril, selon des sources judiciaires.
Quelque deux millions de personnes, soit environ un quart de la population cambodgienne, sont mortes sous le régime de Pol Pot qui a fait régner la terreur de 1975 à 1979. Les Khmers rouges -communistes radicaux soutenus par Pékin - avaient été chassés du pouvoir par les forces de Hanoi après la débâcle américaine au Vietnam voisin.

