« C'est une victoire nette du peuple (...), de la révolution », a très vite réagi M. Chavez. « La vérité a triomphé sur le mensonge, la dignité de la patrie l'a emporté sur ceux qui la nient, la constance a gagné », a-t-il ajouté devant des milliers de partisans rassemblés face au palais présidentiel. « Je jure qu'à partir de cet instant je vais me consacrer pleinement au service du peuple, de manière définitive », a-t-il encore martelé. L'opposition a admis sa défaite, tout en estimant que la « campagne a été celle de David contre Goliath et (que) Goliath a gagné ».
Ainsi, l'approbation de l'amendement constitutionnel ouvre la voie à une nouvelle candidature de M. Chavez en 2012 et pourrait encore renforcer sa mainmise sur le pouvoir.
La victoire du « oui » au référendum « rend à Chavez un certain sentiment de force et d'invulnérabilité », a déclaré à l'AFP Luis Vicente Leon, directeur de l'institut de sondage Datanalisis. « C'est un pas en avant après l'échec de 2007 (lors du précédent référendum qui proposait une vaste réforme de la Constitution) et de la victoire symbolique de l'opposition » aux élections régionales et municipales de 2008, un scrutin où les « antichavistes » avaient gagné du terrain en remportant trois États ainsi que la mairie de Caracas, poursuit l'expert. Toutefois, souligne-t-il, la victoire au référendum est très liée à la popularité du président socialiste, qui reste au-dessus des 50 % dix ans après son arrivée au pouvoir. « Il est très dépendant du taux d'approbation, et pour l'emporter lors des prochains rendez-vous électoraux, il lui faudra rester très lié au peuple. Or il n'y a rien de plus volatil que la popularité », analyse-t-il encore.
Bien avant l'élection présidentielle de 2012, les partisans du président devront se mesurer à l'opposition lors de législatives en 2010. Et ses opposants, qui ont obtenu 45,63 % de « non », estiment que leurs forces sont loin d'être négligeables. « Nous avons dépassé les cinq millions de voix. C'est 50 % du Parlement », s'est félicité Ismaël Garcia, élu du parti de centre gauche Podemos. Mais l'opposition devra affronter les mêmes obstacles auxquels elle a dû faire face durant le référendum, victime, selon lui, « d'abus de pouvoir » alors que de très importants moyens de l'État ont été mis au service du « oui ».
Ce handicap « ne va pas disparaître et les dirigeants de l'opposition vont devoir l'affronter de manière plus créative », ajoute Luis Vicente Leon, alors que son confrère de l'institut « Œil électoral », Jose Virtuoso, s'inquiète de la division du Venezuela en « deux moitiés antagonistes qui n'arrivent pas à trouver un discours consensuel ». Le président, a-t-il encore estimé, a revendiqué la victoire, sans vraiment appeler à la réconciliation avec cette autre moitié du pays. Pour M. Virtuoso, la réélection illimitée conduit tout droit à une démocratie basée sur le plébiscite, davantage fondée sur des « leaderships messianiques, légitimés par la popularité électorale ». « Il y aura moins d'État et plus de mainmise (de Chavez) sur le pouvoir », résume-t-il.
L'approbation de l'amendement constitutionnel fait du Venezuela le premier pays d'Amérique latine à ouvrir la porte à des réélections présidentielles sans limite de mandats, a pour sa part noté le professeur de relations internationales Carlos Romero. « Il y a au Venezuela une dégradation de la démocratie, un cadre légal de plus en plus étroit, en raison de l'intention de maintenir Chavez au pouvoir sans respect du principe de l'alternance », juge-t-il. « Avec un tel résultat, le président pourra approfondir le socialisme, mais il aura aussi la tentation de pousser plus avant la nature autoritaire du pouvoir », a-t-il ajouté.


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