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Lifestyle - Portrait

Myrna Bustani, une collectionneuse de musique

Son nom est lié à deux opus harmonieux, l'hôtel al-Bustan, mélancolique héritage des douces années d'avant-guerre, et surtout le Festival international du Bustan* qui a réussi à accorder ses violons avec tous les événements musicaux du monde. Myrna Bustani cultive ses deux jardins avec passion et un humour insoupçonné.
Elle est partout. Dans les coulisses, avec la presse, dans la salle, s'assurant que la musique est bien entendue, bien écoutée. Que le public et les musiciens sont tous deux respectés. Myrna Bustani est, à sa façon, le chef d'orchestre du Festival al-Bustan, menant, à la baguette virtuelle s'il le faut, chacune des soirées pour lesquelles elle et son équipe ont travaillé pendant un an. « Je suis très stricte avec moi-même d'abord. Quand on fait une chose, on doit le faire bien ou pas du tout. » Sa présence à quelques minutes du lever de rideau se fait sentir. Sinon, elle se charge de le faire sentir, convaincue que rien n'est assez bon pour honorer ce moment sacré. Au Festival al-Bustan, il est strictement interdit, bien heureusement, d'arriver en retard au spectacle, mauvaise habitude typiquement locale. « Ailleurs, nos compatriotes se montrent plus disciplinés alors pourquoi pas ici ? » Interdit également, et pour ces mêmes raisons, d'utiliser les téléphones portables durant le concert, de parler, de faire du bruit ou d'applaudir, offense suprême, avant la fin d'un morceau. Au risque de paraître sévère, sans doute faut-il l'être lorsqu'il s'agit de bonnes manières, la présidente de ces cinq semaines de pur enchantement tient à protéger cet événement et à développer chez le public une profonde et réelle culture musicale. « J'apprécie beaucoup la perspicacité des Libanais et cette chaleur qui étonne même les artistes. » Sa satisfaction est grande, avoue-t-elle, lorsqu'elle découvre avoir semé chez certains, des jeunes surtout, l'envie de revenir. Avoir fait découvrir des superbes églises cachées dans un coin du Liban. Plus grande encore est sa joie, lorsqu'elle constate qu'un musicien, encore peu célèbre lors de son passage au Bustan, devient une star en quelques années. « C'est notre défi de choisir des musiciens peu connus du grand public, qui sont tellement bons qu'ils deviennent des stars que l'on ne peut plus payer ! »

Livre hôtel politique
Les deux ancres de Myrna Bustani sont profondément rattachées puisque l'idée d'un festival musical est née en juin 1993, en pleine rénovation de l'hôtel mythique. D'abord « Grand Hotel », édifié en 1930, fut racheté par son père Émile en 1962 et entièrement reconstruit. À sa mort tragique l'année suivante, c'est son épouse Laura qui reprendra les travaux. « Durant la guerre civile, nous avons subi de nombreux dégâts, précise Myrna Bustani. Les murs de l'auditorium, qui servait sans doute de QG certaines formations militaires, étaient entièrement criblés de balles. » Dans le désir de tout refaire « comme avant », en respectant les plans de l'architecte d'origine, Michel Harmouche, en réutilisant les mêmes tissus qui existaient en réserve, les nouvelles techniques en plus, les objectifs sentimental et pratique étaient atteints. « En hiver, il n'y avait aucune activité à l'hôtel. J'ai pensé alors à un festival qui ferait du bien aux gens, qui remettrait la musique classique à l'honneur dans les meilleures conditions possibles. » Avec ses amis May Menassa et Walid Gholmieh, elle contacte une agente anglaise, et tout ce beau monde s'attelle, avec beaucoup de difficultés, à la préparation du premier festival. Pas de téléphone performant alors, pas encore l'Internet, et des moyens de communication et de déplacement difficiles, mais l'énergie collective va permettre d'organiser sept semaines de musique classique autour du thème de l'amour.
Petit à petit, le programme et le succès aidant, le rendez-vous devient incontournable. « Chaque année a connu ses difficultés, souligne la présidente. Organiser un festival à l'ombre d'une guerre, comme en 2006 et 2007, ou dans un contexte politique délicat, demande beaucoup d'efforts de persuasion. Mais cela finit par marcher ! Le festival le plus beau et le plus difficile, poursuit-elle, fut celui qui a accompagné la mort du président Hariri et la révolution du Cèdre. » Un livre, 2005... Trente cinq jours, édité peu après par Dar an-Nahar, « pour ne pas oublier », demeure un beau témoignage de ce printemps si particulier que personne n'a oublié. Témoignage musical et personnel, car la politique - même si elle fut un temps députée - n'intéresse guère Myrna Bustani. « L'action publique, par contre, pourrait me tenter. J'aimerais monter une salle symphonique pour notre excellent orchestre qui n'a pas de maison. » Avec, dans sa mémoire et sur le site Internet du festival, tous les noms des participants et des morceaux qui sont répertoriés, « nous faisons le travail d'un collectionneur », tous les moments et leurs émotions retenus. Elle tient à préciser : « C'est d'avantage l'amour du pays que celui de la musique qui me pousse à entreprendre ce travail de plus en plus colossal ! »
Et s'il fallait retenir un musicien, à emporter avec elle dans son silence ? « Beethoven ! Oh ! Il n'y a pas de pourquoi. Complètement sourd, il entendait tout dans sa tête... »

Festival al-Bustan 2009 sous le thème de « la musique et la vie », du 18 février au 22 mars
Elle est partout. Dans les coulisses, avec la presse, dans la salle, s'assurant que la musique est bien entendue, bien écoutée. Que le public et les musiciens sont tous deux respectés. Myrna Bustani est, à sa façon, le chef d'orchestre du Festival al-Bustan, menant, à la baguette virtuelle s'il le faut, chacune des soirées pour lesquelles elle et son équipe ont travaillé pendant un an. « Je suis très stricte avec moi-même d'abord. Quand on fait une chose, on doit le faire bien ou pas du tout. » Sa présence à quelques minutes du lever de rideau se fait sentir. Sinon, elle se charge de le faire sentir, convaincue que rien n'est assez bon pour honorer ce moment sacré. Au Festival al-Bustan, il est strictement interdit, bien...
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