Livre hôtel politique
Les deux ancres de Myrna Bustani sont profondément rattachées puisque l'idée d'un festival musical est née en juin 1993, en pleine rénovation de l'hôtel mythique. D'abord « Grand Hotel », édifié en 1930, fut racheté par son père Émile en 1962 et entièrement reconstruit. À sa mort tragique l'année suivante, c'est son épouse Laura qui reprendra les travaux. « Durant la guerre civile, nous avons subi de nombreux dégâts, précise Myrna Bustani. Les murs de l'auditorium, qui servait sans doute de QG certaines formations militaires, étaient entièrement criblés de balles. » Dans le désir de tout refaire « comme avant », en respectant les plans de l'architecte d'origine, Michel Harmouche, en réutilisant les mêmes tissus qui existaient en réserve, les nouvelles techniques en plus, les objectifs sentimental et pratique étaient atteints. « En hiver, il n'y avait aucune activité à l'hôtel. J'ai pensé alors à un festival qui ferait du bien aux gens, qui remettrait la musique classique à l'honneur dans les meilleures conditions possibles. » Avec ses amis May Menassa et Walid Gholmieh, elle contacte une agente anglaise, et tout ce beau monde s'attelle, avec beaucoup de difficultés, à la préparation du premier festival. Pas de téléphone performant alors, pas encore l'Internet, et des moyens de communication et de déplacement difficiles, mais l'énergie collective va permettre d'organiser sept semaines de musique classique autour du thème de l'amour.
Petit à petit, le programme et le succès aidant, le rendez-vous devient incontournable. « Chaque année a connu ses difficultés, souligne la présidente. Organiser un festival à l'ombre d'une guerre, comme en 2006 et 2007, ou dans un contexte politique délicat, demande beaucoup d'efforts de persuasion. Mais cela finit par marcher ! Le festival le plus beau et le plus difficile, poursuit-elle, fut celui qui a accompagné la mort du président Hariri et la révolution du Cèdre. » Un livre, 2005... Trente cinq jours, édité peu après par Dar an-Nahar, « pour ne pas oublier », demeure un beau témoignage de ce printemps si particulier que personne n'a oublié. Témoignage musical et personnel, car la politique - même si elle fut un temps députée - n'intéresse guère Myrna Bustani. « L'action publique, par contre, pourrait me tenter. J'aimerais monter une salle symphonique pour notre excellent orchestre qui n'a pas de maison. » Avec, dans sa mémoire et sur le site Internet du festival, tous les noms des participants et des morceaux qui sont répertoriés, « nous faisons le travail d'un collectionneur », tous les moments et leurs émotions retenus. Elle tient à préciser : « C'est d'avantage l'amour du pays que celui de la musique qui me pousse à entreprendre ce travail de plus en plus colossal ! »
Et s'il fallait retenir un musicien, à emporter avec elle dans son silence ? « Beethoven ! Oh ! Il n'y a pas de pourquoi. Complètement sourd, il entendait tout dans sa tête... »
Festival al-Bustan 2009 sous le thème de « la musique et la vie », du 18 février au 22 mars

