Toujours sur le même sujet, son collègue à la Santé, Mohammad Jawad Khalifé, proche de Nabih Berry, a rappelé que « si l'on décide d'annuler le budget du Conseil du Sud, il faudra alors faire la même chose pour toutes les autres caisses et remplacer le tout par un ministère du Plan ». Le ministre Khalifé n'a pas écarté le fait que le président Sleiman soit en train de plancher sur une sortie de crise visant à régler ce problème d'ici jusqu'à jeudi prochain. Il n'en reste pas moins que Nabih Berry a été extrêmement virulent hier : « Priver le Conseil du Sud de ce qui lui est dû et violer à ce point les lois est un véritable complot », a-t-il dit, accusant Fouad Siniora de se comporter en « comptable étriqué » et de « promulguer des lois pour les bafouer et non pas pour les appliquer ».
Quoi qu'il en soit, la séance d'hier, qui a été levée à la demande du chef de l'État à 22h00, a été principalement consacrée à l'examen très technique d'un plan consacré aux carrières. Seize d'entre elles sont légales et disposent d'un permis d'exploitation, alors que douze autres opèrent dans une totale illégalité. « Ce que l'on a décidé était la meilleure option possible », a jugé le ministre de l'Environnement, Antoine Karam. « Il est désormais possible de mettre un terme au chaos », a-t-il ajouté, expliquant qu'un délai de deux mois a été accordé à qui souhaite bénéficier d'un permis d'exploitation pour une durée d'un an, à condition que la carrière ne viole en rien la réglementation écologique. Signalons toujours à ce propos que des sources ministérielles ont assuré que l'État n'aura pas à indemniser les propriétaires de carrières qui avaient bénéficié, au cours des années précédentes, de passe-droits absolument illégaux.
D'autre part, les ministres ont débattu de la proposition de leur collègue de l'Intérieur, Ziyad Baroud, relative à l'émission de 150 000 passeports « rouges » destinés aux émigrés, à l'instar de ceux qui étaient donnés dans les ambassades et autres consulats libanais à l'étranger. Il est apparu qu'il était impossible, pour des raisons techniques, d'émettre des passeports bleus hors du Liban. « Chacun de ces passeports rouges coûtera un dollar et demi », a précisé le ministre Baroud.
Notons qu'en préambule de l'examen de l'ordre du jour, le Conseil des ministres a évoqué les résultats des dernières élections en Israël, tous les participants étant d'accord que quel que soit le prochain gouvernement, il sera pour le moins « extrémiste ». Cela ne pourra avoir « que des répercussions négatives sur le processus de paix régional », ont convenu les ministres à l'unisson. Ensuite, le président Sleiman a informé son gouvernement des résultats de sa tournée à Bahreïn et dans les Émirats arabes unis.
Dans sa discussion à bâtons rompus avec les journalistes, le ministre de l'Information Tarek Mitri a indiqué qu'il n'a pas été question d'écoutes au cours de cette séance, et que c'est désormais au Parlement de traiter le dossier en vertu de la séparation des pouvoirs. Il a également révélé que le président Sleiman a demandé aux ministres de garder un minimum de courtoisie lors de leurs échanges verbaux hors Conseil des ministres ainsi qu'un minimum de solidarité intergouvernementale.
Enfin, il convient de noter que des sources diplomatiques, citées par notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, s'inquiètent fortement de ces « bâtons placés par certains ministres eux-mêmes, et précisément du camp du 8 Mars, dans les roues d'un gouvernement censé être d'union nationale ». Ces sources craignent « un retour en arrière », une régression à « l'avant-Doha », et parlent notamment du retard insensé dans les nominations ou dans cette objurgation faite au gouvernement de promulguer le budget du Conseil du Sud sans qu'aucun projet ne soit clairement mentionné.

