M. Eddé a précisé dans ce cadre que le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, est la première victime de la crise interne israélienne. « Les Israéliens ne veulent pas de la modération arabe, a-t-il notamment affirmé. Lors de l'intifada des pierres, à la fin des années 80, ils ont aidé le Hamas et ils ont cherché à affaiblir le Fateh qui est un mouvement de libération à caractère national. Les Israéliens ont facilité les choses au Hamas car ils voulaient donner au conflit un caractère essentiellement religieux, entre juifs et musulmans. Ils n'ont rien accordé à Mahmoud Abbas car ils veulent favoriser l'extrémisme. L'extrémisme israélien a peur de Abbas car il est modéré. »
M. Eddé a déclaré sur ce plan que depuis l'assassinat de l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, en 1995, Israël s'est engagé dans une phase d'instabilité chronique, amplifiée par « le pire des systèmes électoraux ». « Les Israéliens, a-t-il précisé, bénéficient d'un réel système démocratique, mais avec leur loi électorale, il y a un effritement du paysage politique et une instabilité chronique. » Mettant l'accent sur l'obsession de la sécurité qui dicte le comportement des Israéliens, M. Eddé a indiqué que ces derniers étaient tranquillisés sur ce plan par le mythe de l'invincibilité de l'armée israélienne. « Mais avec la guerre du Liban, a-t-il déclaré, la situation sur ce plan a radicalement changé car les Israéliens sont confrontés désormais à une guérilla. Lorsque l'affrontement oppose des armées régulières, les Israéliens sont les plus puissants en raison des moyens technologiques dont ils disposent. Par contre, face à une guérilla, ils ne peuvent pas vaincre et de ce fait, la confiance du peuple dans l'armée commence à être ébranlée. »
M. Eddé a souligné dans ce cadre que la guerre de Gaza a été catastrophique pour Israël, d'autant que les Israéliens ont réalisé qu'aucune région du territoire israélien n'est désormais sûre. Il a ajouté à ce propos que les Israéliens veulent mener une guerre avec « zéro victime », ce qui aggrave leur problème. « Si les Israéliens s'étaient battus réellement dans les rues de Gaza en acceptant de payer le prix, ils auraient annihilé le Hamas, mais ils ne veulent pas se battre », a-t-il ajouté.
M. Eddé a, par ailleurs, insisté sur le fait que l'essence du problème du Proche-Orient est de nature palestinienne et non pas arabe. « Le véritable conflit, a-t-il déclaré à ce sujet, est palestino-israélien et non pas arabo-israélien. Il est vrai que l'Égypte, la Syrie et la Jordanie ont combattu Israël et ont payé un lourd prix, ce qui a contribué à donner au conflit une tournure arabo-israélienne, surtout avec le slogan de la paix contre la terre. Mais le problème de base est d'ordre palestinien. Même en cas d'accord entre Israël et la Syrie, le conflit ne sera pas réglé pour autant car le fond du problème est palestinien. Or Israël n'acceptera jamais un État palestinien. Ils veulent uniquement un État qui soit semblable au Vatican car c'est la Cisjordanie qui est la terre d'Israël. Ils ne céderont donc jamais la Cisjordanie. »
Après avoir déploré la passivité des pays arabes à l'égard des droits légitimes du peuple palestinien, M. Eddé a souligné la nécessité que les Arabes exercent des pressions efficaces pour contraindre Israël à accepter une solution juste au problème du peuple palestinien. M. Eddé a rendu hommage sur ce plan à l'attitude du roi Abdallah d'Arabie saoudite, soulignant que le souverain wahhabite a adopté la position qu'il fallait en brandissant la menace d'une suspension de l'initiative de paix arabe, adoptée lors du sommet de Beyrouth.
Obama et la « révolution culturelle »
Abordant ensuite le changement intervenu aux États-Unis après l'élection de Barack Obama, M. Eddé a souligné que la politique mise en place par le président Obama « est une véritable révolution culturelle, surtout à la lumière de la crise économique mondiale ». M. Eddé a relevé à ce sujet que pour la première fois, un président américain est intervenu directement dans les pratiques de gestion des grandes sociétés américaines, de même qu'il a pratiquement sommé le Sénat d'approuver son plan de redressement économique, ce qui est une première aux États-Unis.
Précisant que l'équipe de travail du président Obama comprend deux personnalités juives de premier plan « qui sont des Américains juifs, et non pas des Juifs américains », M. Eddé a souligné que les Américains juifs ont peur de la politique suicidaire d'Israël. Et M. Eddé d'ajouter que l'équipe de travail d'Obama veut relancer le processus de paix dans la région, notamment avec la Syrie, et dans ce cadre, la nouvelle administration US a effectué des ouvertures en direction de l'Iran et de la Syrie. « Le président Obama ne va pas se laisser marcher sur les pieds sur ce plan et il ne va pas accepter les atermoiements au niveau du processus de paix », a-t-il souligné.
Par ailleurs, interrogé sur les divisons entre maronites sur la scène locale, M. Eddé s'est prononcé pour « le droit à la différence d'opinion dans le cadre du respect de l'autre ».

