M. Maliki a exprimé son agacement après des propos du vice-président américain Joe Biden, qui avait exigé vendredi de Bagdad la mise en œuvre des réformes politiques. « S'il y a des demandes pour des réformes politiques, c'est du ressort du gouvernement, du Parlement irakien et des forces politiques », a-t-il souligné. « C'est nous qui avons pris l'initiative de la réconciliation nationale et nous avons affirmé que, sans la réconciliation nationale, il n'y aurait pas de sécurité dans le pays », a-t-il dit. « D'ailleurs, a-t-il ajouté, la réconciliation nationale a réussi en Irak. Nous sommes à la dernière étape de cette réconciliation. » M. Biden avait assuré que les États-Unis allaient être « plus exigeants » avec les Irakiens afin de les « pousser à s'occuper » des questions politiques. Les dirigeants irakiens n'ont « pas encore pris de dispositions ensemble » pour mener à bien les réformes politiques, avait-il affirmé dans un discours devant les élus démocrates réunis à Williamsburg, en Virginie, dans l'est des Étas-Unis. « Notre administration va devoir être profondément impliquée, pas seulement pour respecter l'engagement que nous avons pris de retirer nos troupes d'une manière méthodique, comme nous l'avons dit », avait-il ajouté. Les États-Unis souhaitent que l'Irak avance notamment sur la question d'une meilleure répartition des pouvoirs entre ses communautés et sur la loi sur le pétrole. Le processus est bloqué car le Parlement irakien n'arrive pas depuis plusieurs semaines à se mettre d'accord sur le nom de son président, poste qui revient normalement à un sunnite.
M. Maliki a, en outre, souligné que son gouvernement avait dû remédier à ce qu'il considère comme des erreurs commises par le proconsul américain Paul Bremer juste après l'invasion en 2003. « Nous avons réussi à régler des problèmes qu'il avait créés, comme le démantèlement de l'armée et d'autres institutions ». Ces décisions, qui entraient dans le cadre de la lutte contre la débaassification, du nom du parti Baas de Saddam Hussein, ont eu des répercussions néfastes car il a fallu reconstruire de zéro les organes de sécurité et les institutions publiques.
Pour marquer son indépendance, M. Maliki s'appuie notamment sur l'accord de sécurité avec les États-Unis, adopté définitivement fin novembre et qui redonne à l'Irak toute sa souveraineté, faisant de Washington un allié et non plus un mentor. D'ailleurs, l'armée américaine veut laisser d'ici à fin juin à la police irakienne le soin de lutter contre les violences dans la capitale, a affirmé hier le nouveau commandant militaire américain pour Bagdad, Daniel Bolger. Toutefois, le général Bolger, lors d'une cérémonie de transfert d'autorité de la 4e division d'infanterie à la 1re division de cavalerie au Camp Victory, qui jouxte l'aéroport de Bagdad, a affirmé que ces dates n'étaient pas gravées dans le marbre.

