Scarlett HADDAD
À mesure que l’échéance législative approche, la polémique s’envenime entre les différents protagonistes. Au cœur du débat, depuis quelques jours, le projet de la formation d’un bloc centriste sous la houlette du président de la République. L’idée n’est pourtant pas nouvelle. Elle serait née, selon certaines sources, au cours de l’automne dernier sur des conseils occidentaux, européens et américains. Il s’agissait alors officiellement d’éviter un conflit trop aigu et une bataille féroce qui aurait pu mettre en danger le fragile équilibre du pays ainsi que la sécurité retrouvée grâce à l’accord de Doha. En réalité, pour l’Occident, la priorité était d’éviter la possibilité d’une victoire de l’alliance Aoun-Hezbollah. Les émissaires diplomatiques occidentaux selon les mêmes sources auraient tenté de faire la promotion de ce projet auprès du président de la République et de leurs interlocuteurs politiques. C’est là qu’est intervenu l’ancien vice-président du Conseil Michel Murr qui a vu dans cette idée la possibilité de constituer un bloc parlementaire consistant en mesure de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre au sein du nouveau Parlement. Michel Murr n’étant pas satisfait de la part que pourrait lui accorder le général Michel Aoun dans la liste qu’il compte former au Metn, il a donc choisi, ajoutent ces sources, de parrainer le projet du bloc centriste, se chargeant aussitôt de sonder des candidats qui souhaiteraient prendre leurs distances avec les deux camps. Informé du projet, le président Sleiman n’a pas vraiment donné son accord, mais il a en tout cas émis le souhait que si bloc centriste il doit y avoir, il faut qu’il regroupe des députés dans toutes les circonscriptions et en tout cas de toutes les confessions. Il aurait fallu pour cela que le Courant du futur et le bloc chiite acceptent ainsi de céder quelques-uns de leurs sièges au bloc centriste. Ce qui apparemment déplaît aux deux camps, chacun estimant qu’il peut remporter la victoire et ne souhaitant pas être ainsi privé de ses chances. Les circonscriptions chiites et sunnites étant pratiquement acquises aux forces prédominantes dans ces régions, la bataille pour le bloc centriste a une seule arène possible : les circonscriptions à majorité chrétienne. La réaction du général Michel Aoun ne s’est pas fait attendre. Il a estimé que ce bloc est dirigé contre lui et vise à accorder une victoire déguisée au camp du 14 Mars. D’autant que les noms cités pour faire partie de ce bloc sont des proches de ce camp ou de certains de ses piliers, comme Mansour el-Bone... Le général Aoun a donc attaqué le projet et le président Sleiman a vite fait savoir qu’il n’avait absolument pas donné son accord ni chargé qui que ce soit de lui former un bloc parlementaire. Plus même, un des proches du président qui souhaite se présenter aux élections se serait rendu chez le général Aoun, pour bien montrer que le chef de l’État ne compte pas former lui-même un bloc et il lui aurait même proposé de figurer sur sa liste. Mais le général Aoun aurait répondu qu’il n’a pas encore choisi ses candidats. De plus, ceux-ci devront être engagés dans la ligne politique du Bloc du changement et de la réforme, ajoutant même qu’il ne compte pas servir de « taxi » aux candidats, en les emmenant vers le Parlement pour qu’ils choisissent ensuite une autre étiquette politique.
Les sources de l’opposition sont ainsi formelles : à partir du moment où les candidats du bloc centriste seront limités aux circonscriptions à majorité chrétienne, le projet vise essentiellement le général Aoun et à travers lui, bien sûr, l’alliance conclue avec le Hezbollah. Les mêmes sources ajoutent aussi que dans les circonscriptions où il y aura trois listes, une de l’opposition, une du 14 Mars et une troisième centriste, Aoun traitera la troisième comme la seconde et la considérera dirigée contre lui.
Des sources proches du 14 Mars laissent toutefois entendre que l’idée d’un bloc centriste multiconfessionnel n’a pas encore été totalement abandonnée. Le chef du PSP Walid Joumblatt serait en train de creuser l’idée avec le président de la Chambre Nabih Berry qui, selon les mêmes sources, ne serait pas contre le fait de « donner » des sièges au bloc centriste pour empêcher l’alliance Aoun-Hezbollah, dont il se sentirait un peu exclu, de remporter une victoire éclatante. Un bloc centriste, dans lequel il aurait « ses propres députés », augmenterait, selon les mêmes sources, son poids politique. Sollicitées, les sources proches de Berry démentent cette version et affirment que Berry est totalement engagé dans le camp de l’opposition. Elles reconnaissent qu’il existe quelques tiraillements avec le général Aoun sur des sièges chrétiens au Sud, mais elles ajoutent que l’opposition se lancera dans la bataille avec des listes uniques...
Face à ce tableau, la bataille électorale semble donc devoir se jouer jusqu’au bout et, dans le climat actuel de tension et d’alignement politique, il y aurait peu de place pour un bloc « neutre ». Mais en cinq mois, beaucoup de choses peuvent encore se passer.
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