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Actualités - Opinion

Le point Match de nuls

de Christian Merville Quand les armes se taisent, la parlote reprend ses droits. Quoi de plus normal dans une partie du monde où, traditionnellement, le verbe a toujours été roi ? Laissons donc les bonimenteurs « engagés » y aller de leurs cris de victoire – c’est de bonne guerre, pourrait-on dire sans mauvais jeu de mots – pour constater que, contrairement à toutes les règles établies, la terrible tragédie que Gaza vient de vivre, vingt-deux jours durant, aura constitué une défaite pour nombre de protagonistes, acteurs principaux, seconds couteaux et même médiateurs. Israël avait fixé au départ un double objectif à son opération « Plomb durci » : réduire significativement les tirs de roquettes et modifier fondamentalement la situation sécuritaire au sud. À titre d’exemple, on notera qu’au premier jour de la trêve unilatérale, dimanche, dix-neuf katioushas ont été lancées par les brigades Ezzeddine el-Kassam. Bien sûr, on pourrait invoquer l’arithmétique pour rappeler le bilan des pertes en vies humaines, terriblement lourd d’un côté (1 300 tués), significativement faible de l’autre (13 victimes, dont dix militaires), sans compter la proportion de part et d’autre entre le nombre de blessés et les dégâts. Dans des rapports soumis dès avant-hier au cabinet restreint israélien, des responsables notaient que si les bâtiments abritant des organismes sociaux de l’enclave avaient subi de graves dégâts, l’appareil militaire du Hamas, lui, était parvenu à préserver l’essentiel de son armement et de ses effectifs. Pour ce qui est des tunnels détruits, par lesquels s’effectue la contrebande d’armes, on peut être certain qu’ils seront bien vite remplacés, à en croire divers services de renseignements, qui ne se font guère d’illusion sur l’efficacité du contrôle – installations de détection électronique, observateurs plus ou moins impartiaux – appelé à être mis en place avec l’aide des États-Unis et de l’Europe. Le sentiment général est que le Mouvement de la résistance islamique n’a cherché à aucun moment à croiser le fer avec l’ennemi, préférant garder (presque) intacts son impressionnant arsenal et ses unités combattantes (près de 16 000 hommes, selon des sources concordantes) plutôt que de risquer leur anéantissement, ce qui lui aurait coûté sa fragile emprise sur le territoire. À cela, on peut rétorquer que l’État hébreu a soigneusement évité, lui aussi, d’engager ses troupes dans les ruelles de Gaza. Fidèle à sa logique, le Hamas a si bien fait qu’il a fini par s’attirer une riposte d’une ampleur démesurée et qui n’a pas manqué – tout comme au Liban, en juillet-août 2006 – de se retourner contrer ses auteurs. Il est facile de rejeter sur les seuls héritiers de cheikh Ahmad Yassine la responsabilité de ce qui vient de se passer. C’est oublier un peu vite que durant les mois d’une drôle de trêve observée jusqu’au 27 décembre, 125 Palestiniens sont tombés, victimes d’opérations « ciblées ». Hier, certains pouvaient pester contre ceux-là qui les ont entraînés dans cette aventure dévastatrice et jurer leurs grands dieux qu’ils ne voteront plus pour ces (ir)responsables. Il n’en reste pas moins que les bombes ennemies ont contribué à élargir encore plus le fossé, déjà infranchissable, qui sépare les deux peuples. Il est permis de s’interroger sur l’issue des élections à venir et sur l’avenir politique du Premier ministre Ismaïl Haniyeh et de ses compagnons, mais aussi sur les chances de succès, le moment venu, de leurs adversaires du Fateh. C’est bien pourquoi l’offre-surprise faite en ce début de semaine par Mahmoud Abbas pour la formation d’un gouvernement d’union nationale représente une sacrée bouée de sauvetage, pour son auteur en premier lieu et, par-delà sa propre personne et son équipe, pour les partisans des deux camps. Ceux qui s’obstinent à considérer, en dépit des témoignages de l’histoire, la politique comme un art ne pourront qu’admirer l’exercice de haute voltige réussi par les radicaux et les modérés, à l’issue de deux semaines de chamailleries qui ont mis en danger cette précieuse et combien illusoire unité-des-rangs- zarabes. Deux réunions à huis clos, un déjeuner et l’annonce d’une pluie de dollars pour reconstruire Gaza, le tout en l’espace de quatre heures à peine, devraient atténuer sinon gommer les séquelles des jours passés et permettre à la nouvelle administration américaine, qui entre en fonction aujourd’hui, de trouver son rythme de croisière avant de s’engager dans le labyrinthe proche-oriental. Après un silence qui a trop duré, suivi de propos volontairement vagues sur ce qui doit être fait, Barack Obama a fini par promettre de s’attaquer au problème « from Day One ». Nul ne se hasardera à juger que ce sera trop tôt.
de Christian Merville

Quand les armes se taisent, la parlote reprend ses droits. Quoi de plus normal dans une partie du monde où, traditionnellement, le verbe a toujours été roi ? Laissons donc les bonimenteurs « engagés » y aller de leurs cris de victoire – c’est de bonne guerre, pourrait-on dire sans mauvais jeu de mots – pour constater que, contrairement à toutes les règles établies, la terrible tragédie que Gaza vient de vivre, vingt-deux jours durant, aura constitué une défaite pour nombre de protagonistes, acteurs principaux, seconds couteaux et même médiateurs.
Israël avait fixé au départ un double objectif à son opération « Plomb durci » : réduire significativement les tirs de roquettes et modifier fondamentalement la situation sécuritaire au sud. À titre d’exemple, on notera qu’au premier...