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Actualités - Opinion

Le génocide de Gaza et l’absence arabe

Essayer de trouver, en ce début de siècle particulièrement sanglant, un quelconque respect du droit international relève de l’utopie. Cet emblème de souveraineté absolue et de commandement universel est défunt depuis plus d’un siècle. La médaille d’or des droits humains que l’Occident ne cesse d’exhiber s’est avérée faite d’un autre or, titrant 24 carats d’hypocrisie, et de la meilleure hypocrisie qu’on trouve au sein même des instances internationales, devenues des vecteurs orientés et à géométrie variable dans la malversation et la violation du droit. Dans l’absence du droit, les injustices s’accumulent. Les crimes contre l’humanité continuent tranquillement et ouvertement leur œuvre d’extermination systématique et radicale des États et des populations ciblées, par des armes prohibées. L’Irak, l’Afghanistan, le Liban, la Palestine, et d’autres à venir, n’ont plus aucun droit et ne méritent plus aucune dignité. Pourtant l’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que «tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » (1)... Le juriste français René Cassin (1887-1976) mérite largement le prix Nobel de la paix à la place d’un Shimon Peres et d’autres sanguinaires, violeurs du droit et falsificateurs de l’histoire. Vidé de toute sa substance, le droit international a donné naissance à des États hors normes qui se donnent des droits et s’octroient des libertés d’occuper des pays, de spolier des territoires, d’user des armes interdites de destruction massive (bombes au phosphore blanc, munitions à uranium appauvri, bombes à sous-munitions, gaz de combat…), d’expérimenter de nouvelles armes sur les populations et de les dépouiller de leurs richesses. Ce qui se passe actuellement dans le plus grand camp de concentration du monde avec ses 1 500 000 prisonniers qu’est Gaza est contraire à tous les principes. Le droit international censé être représenté par l’ONU, son Conseil de sécurité, ses institutions et ses cours internationales n’est applicable que pour les pays faibles ou médiocrement armés. Il ne concerne nullement les USA et Israël, « Rogue States » par définition et terroristes par excellence. Les premiers ont fait de l’ONU et de toutes ses instances une organisation fantoche aux ordres, usant de leur droit de veto au profit d’Israël qui continue à ignorer pernicieusement aussi bien les résolutions que les conventions internationales. Leur mauvaise foi est devenue plus que légendaire et pose de sérieux problèmes dans les relations internationales, régies pourtant par le droit. Le rejet de la résolution 1860 par Israël constitue une autre violation du droit international, et un autre moyen pour anéantir les populations de Gaza sans défense, en vue d’annexer leur terre et surtout s’approprier par la force les importantes réserves de gaz découvertes en 2002 au large du littoral de Gaza, stratégiques pour Israël. Une raison de plus pour combler les vœux sionistes. Le 20 mars 1941, Yosef Weitz, du Fonds national juif, écrivait : « L’évacuation complète du pays de tous ses autres habitants et sa remise au peuple juif constitue la réponse… Il faut que ce soit clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays... La seule solution est la terre d’Israël, du moins la terre occidentale d’Israël, sans Arabes. Il n’y a pas de solutions médianes, ici. Il n’y a pas d’autres moyens sinon le transfert (l’expulsion) des Arabes d’ici vers les pays voisins, les transférer tous... Il faut qu’il ne reste aucun village, aucune tribu, tous doivent être transférés vers l’Irak et la Syrie, et même à l’est du Jourdain. Pour exécuter cet objectif, il nous faut beaucoup d’argent. Après le transfert, le pays peut intégrer des millions de nos frères et la solution juive trouvera une fin et une solution »(2). Depuis 1948, Israël est restée fidèle à l’esprit et à la lettre de ce projet sioniste, fidèle aussi à son histoire traditionnelle d’oppression et de coercition. Cette situation perdure depuis le 29 novembre 1947, date de la fameuse résolution 181 relative au plan de partage de la Palestine sous mandat britannique. À ce jour, les résolutions de l’ONU sont restées lettre morte, et la totalité d’une armée régulière, avec des moyens colossaux renforcée de quelque 40 000 réservistes, s’est acharnée sur Gaza, sous le faux prétexte de détruire quelques dizaines de roquettes bricolées qui font plus de peur que de mal, sans commune mesure avec l’arsenal de Tsahal. La politique d’Israël dure depuis 60 ans, en usant d’interminables pourparlers et d’accords, s’est avérée une succession des manœuvres dilatoires et une suite de déceptions : la conférence de Madrid (1991), les accords d’Oslo (1993), les accords de Way Plantation (1998), le sommet du Camp David (2000), les discussions de paix à Paris (2000), le sommet de Taba (2001), la « feuille de route » (2003), le sommet de Charm el-Cheikh (2005), repoussant ainsi à l’infini le processus de paix avec la Palestine. Aujourd’hui, l’inaction de l’ONU face aux actes barbares qui se déroulent à Gaza ne fait que renforcer et légitimer la répression brutale, et conforter Israël dans sa guerre illégale et démesurée contre le pénitencier de Gaza où rien n’est épargné : les camps de réfugiés, les maisons, les écoles, les hôpitaux, les ambulances, les journalistes, les mosquées, les structures de l’Unrwa, de la Croix-Rouge… tout est sauvagement bombardé. Si les bombardements venaient à s’arrêter à l’occasion de l’investiture d’Obama, plus de 1 500 morts et 6 000 blessés seraient à déplorer suite à la densité de la population de Gaza, qui reste la plus élevée du monde, chiffres à revoir à la hausse suite à la destruction totale de pans entiers de quartiers où des cadavres sont toujours sous les décombres. Ces entorses suivies et continues au droit contredisent les valeurs de la « vieille Europe » ex-championne incontestable de la démocratie et des droits de l’homme, devenue complice de facto dans cet apartheid orienté, aux côtés des Américains, depuis que le Hamas a remporté démocratiquement les élections au Conseil législatif palestinien, en janvier 2006. Elles incriminent aussi, ces entorses, les pays arabes directement concernés, qui brillent par leur absence, encore ancrés dans leur égoïsme. Ils n’arrivent pas encore à réaliser qu’il est temps de secouer leur profonde léthargie et leur légendaire apathie, et que les loups sont dans la bergerie. La Ligue arabe, dépassée par les événements, ne suffit plus. Elle a perdu de sa crédibilité et son paralogisme n’a plus la cote sur l’échiquier politique international. Le sort des pays arabes est entre les mains de leurs dirigeants, qui doivent s’unir, parler le même langage et unifier leurs actions. L’union fait la force et cet adage est plus vrai que jamais. Ils doivent quitter l’ONU et ses institutions, qui travaillent ouvertement pour les intérêts américains et occidentaux. Les pays arabes sont assez grands et assez forts pour faire leur propre ONU arabe et leur propre Conseil de sécurité pour défendre leurs intérêts. C’est à ces conditions qu’ils retrouveront leur prestige, leur aura, leur puissance, et qu’ils traiteront d’égal à égal avec les autres puissances. Ils en ont la culture et les moyens humains et matériels. Une Union arabe à l’image de l’Union européenne trouverait facilement sa place dans cette mondialisation où la régionalisation politico-économique lui est intimement liée. Les États-Unis et Israël puis l’UE profitent du manque désolant et latent de volonté des pays arabes pour s’ériger en puissance, et leur imposent leur puissance. Il est vrai que la loi du plus fort est toujours la meilleure et Israël fait la loi au Moyen-Orient, sous la protection inconditionnelle américaine. Toutes ces bases américaines chapeautées par l’US Army Central Command en disent long sur les desseins américains dans les pays du Golfe qui savent certainement qu’ils font l’objet du complot de ce Grand Moyen-Orient différent et nouveau, aux dires de la colombe noire, où des États vont disparaître au profit d’autres à la solde des Américains, débarrassés de leur identité et de leur culture, et dépouillés de leurs richesses, l’Irak faisant cas d’école… Pendant que les USA alimentent, arment ouvertement et soutiennent inconditionnellement Israël, pendant qu’Israël détruit lentement, méthodiquement, systématiquement et sauvagement toute une société palestinienne incarcérée à Gaza par le blocus économique sauvage, le nettoyage ethnique, l’emprisonnement en masse (plus de 750 000 prisonniers Palestiniens, dont plusieurs députés, depuis 1967) et le transfert des populations depuis plusieurs décennies, la communauté internationale qui se veut civilisée n’a pas relevé le défi israélien, certainement noyée par une propagande israélienne bien orchestrée pour forger ses mythes, et généreusement amplifiée par les médias de cette même communauté, où la désinformation et l’intox sont de règle, transformant les bourreaux en victimes. Elle s’est alliée à Bush, qui place les intérêts américains au-dessus du droit international, et qui considère les actions de son pays avec des normes particulières et différentes de celle des autres nations, un jeu dangereux qui a duré huit ans et qui a donné les catastrophes généralisées qu’on connaît, à l’intérieur comme à l’extérieur des États-Unis. Un Madoff d’un autre type et d’une autre dimension. Heureusement que les médias libres nous ont montré des millions de manifestants, sans distinction de race ou de religion, qui ont exprimé partout dans le monde leur profonde indignation et pris le flambeau de la dénonciation du génocide de Gaza, comme ils ont dénoncé auparavant la guerre contre l’Irak. Les enfants marocains ont manifesté pour soutenir leurs frères de Gaza, suivis par d’autres à travers le monde, à la différence de certains pouvoirs en place qui ont tout simplement interdit toute manifestation anti-américaine et anti-israélienne, à la différence de ces autres qui ont interdit par la force aux manifestants d’approcher certaines ambassades, les protégeant conformément au droit international… une façon d’encourager l’État hébreu à mieux sévir dans les territoires occupés où il perdure. Une autre façon aussi de démontrer à la prochaine administration Obama qu’elle a leur bénédiction et que leur allégeance lui est acquise d’avance, si jamais elle voudrait poursuivre l’œuvre de Bush, celle de s’en prendre à la Syrie ou à l’Iran, sous de faux alibis et à la barbe du droit international. Ce ne sont pas les sommets extraordinaires réclamés par certaines capitales arabes qui vont rappeler à l’ONU ses obligations et Israël à l’ordre, ou arrêter le massacre des innocents, ou sauver Gaza d’une définitive annexion. Ce ne sont pas non plus les pourparlers tardifs et les discussions stériles sur l’initiative égyptienne, sujette à caution pour le Hamas, qui vont trouver un écho positif à la résolution 1860. En attendant, des officiers US travaillent du côté égyptien pour enclore définitivement Gaza ; en attendant, le secrétaire général de l’OTAN, accompagné du ministre allemand des AE, s’est rendu en Israël pour l’aider dans son effort de guerre ; en attendant aussi, les populations de Gaza continuent à payer cher l’absence arabe. Elles n’ont aucune issue, sauf celle d’opter pour une résistance opiniâtre et farouche pour se défendre, avec la grande part de courage et de volonté qu’on leur connaît, et le peu d’armes qu’elles possèdent. Israël pourrait bien occuper la bande de Gaza en quelques heures, mais il a programmé son agression sur plusieurs semaines et à l’abri des médias étrangers, de manière à exterminer une population qu’il sait très résistante, fière et courageuse, peu encline à baisser les bras et décidée à ne pas se laisser anéantir. Hugo Chavez avait raison de chasser l’ambassadeur israélien du Venezuela, et de menacer d’expulsion les diplomates américains, pour nous rappeler que la seule façon de faire respecter le droit international et les droits de l’homme, c’est d’y recourir et de les appliquer. Une leçon à méditer pour tous les pays épris de droit. Karim SALAH 1 - Déclaration adoptée à Paris le 10 décembre 1948 par les 58 États de l’Assemblée générale des Nations unies. 2 - Déclaration de Yosef Weitz, al-Quds, 9 décembre 1940.
Essayer de trouver, en ce début de siècle particulièrement sanglant, un quelconque respect du droit international relève de l’utopie. Cet emblème de souveraineté absolue et de commandement universel est défunt depuis plus d’un siècle. La médaille d’or des droits humains que l’Occident ne cesse d’exhiber s’est avérée faite d’un autre or, titrant 24 carats d’hypocrisie, et de la meilleure hypocrisie qu’on trouve au sein même des instances internationales, devenues des vecteurs orientés et à géométrie variable dans la malversation et la violation du droit.
Dans l’absence du droit, les injustices s’accumulent. Les crimes contre l’humanité continuent tranquillement et ouvertement leur œuvre d’extermination systématique et radicale des États et des populations ciblées, par des armes prohibées....