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Actualités - Opinion

En dents de scie Terrain vierge Ziyad Makhoul

Première semaine de 2009. Le passage à la nouvelle année n’a pas dû être des plus sympathiques pour cet homme que l’inaction, au sens littéral du terme, et des semaines entières dans des sous-sols, victoire divine oblige, doivent rendre particulièrement nerveux. Dans les derniers jours de 2008, Hassan Nasrallah n’avait visiblement d’autre choix, même en ces veilles de Achoura, que de multiplier ses logorrhées. Avec, naturellement, un fil rouge : Gaza – meurtri dans ses chairs par les bons soins conjoints de l’incommensurable incompétence, inconscience du Hamas et de la toujours sidérante barbarie du gouvernement israélien et de sa machine de guerre. Hassan Nasrallah louvoie. Cette fois, Hassan Nasrallah choisit beaucoup plus attentivement ses mots ; il privilégie même une espèce de flou artistique finalement assez inédit. Hassan Nasrallah n’est plus dans le monochrome : il nuance. En réalité, Hassan Nasrallah se découvre beaucoup plus Bossuet que… Hannibal ou Napoléon. Sans doute sait-il désormais, mieux encore que n’importe quel leader libanais, qu’il n’a plus droit à la moindre erreur, aussi infime serait-elle. Sans doute… Parce que rares, très rares sont ceux capables de déterminer à la virgule près la solidité, l’imperméabilité, la pérennité du lien qui relie le wali el-faqih à son disciple. En attendant, le patron du Hezbollah fait des merveilles de… rhétorique : c’est l’acmé du tribun. Personne ne peut être étranger à la colère, à l’immense tristesse, à l’horreur ressentie par Hassan Nasrallah face à ce qui pourrait bien un jour être considéré comme un véritable génocide. Qu’ils aient démocratiquement porté le Hamas au pouvoir et que ce même Hamas ait décidé de décupler ses provocations contre son pire ennemi, sachant pertinemment que ce dernier n’attendait que cela, ne change rien à la donne : le tribut payé par les civils palestiniens depuis le démarrage de la funeste opération israélienne est tout simplement inadmissible. Inhumain. Beaucoup moins de gens acceptent en revanche ce besoin effréné, on dirait vital, que Hassan Nasrallah a à se poser en un nouvel Abdel Nasser, à la limite en un nouveau Nehru ; ce besoin incompressible de constamment sortir : sortir de son habit de secrétaire général d’un parti libanais, sortir de sa communauté, sortir des frontières de sa patrie qu’il sait pourtant définitive, sortir du cadre ; ce besoin infini et clairement mégalomaniaque de porter, de transporter les foules arabes, donc à très grande majorité sunnites, tout en conspuant les trois quarts de leurs dirigeants. Cet extraordinaire besoin de délibaniser son cahier des charges. Ce besoin-là, peu de gens l’acceptent, mais tout le monde le comprend : le cahier des charges de Hassan Nasrallah, sa feuille de route sont d’abord et avant toute chose essentiellement, éminemment iraniens. Et qu’est-ce que l’Iran si l’Iran perd son unique carte dans le maëlstrom arabe : le Hamas ? Qu’est-ce que l’Iran si sa frontière avec Israël reste gardée par près de quinze mille hommes, onusiens et libanais ? Qu’est-ce que l’Iran si le Hezbollah se contente seulement, comme le Courant du futur, les Forces libanaises, le PSP, le CPL ou Amal, de se noyer dans ce que le régime des ayatollahs continue de considérer comme une sottise, une chimère, une illusion : la politique libano-libanaise ? Qu’est-ce que l’Iran si l’Iran se retrouve confronté à son seul nucléaire, à ses seuls démons de dedans ? Rhéteur, mais aussi géomètre… Hassan Nasrallah se pose aujourd’hui, pour une fois (?), toutes les questions. Qu’est-ce que le Liban si le bras armé arabe de l’Iran, le Hezbollah, provoquait encore une fois un État hébreu boursouflé comme jamais par d’inégalables envies de revanche(s) ? Qu’est-ce que le Liban si le Hezbollah défiait la planète entière, mettait en danger douze mille soldats de l’ONU et se lançait dans un nouvel, un fol, un très douteux aventurisme ? Qu’est-ce que le Liban si le Liban, dans toute son infrastructure cette fois, se retrouvait ramené à sa préhistoire ? Rhéteur, géomètre et peut-être romantique… Hassan Nasrallah doit sans doute se poser la question qui vient immédiatement après toutes les autres. Qu’est-ce que le Hezbollah si le Hezbollah ne volait pas concrètement au secours de son petit frère Hamas ? Qu’est-ce que le Hezbollah si le Hezbollah ne restait pas l’idole des masses arabes ? Qu’est-ce que le Hezbollah si le visage de son secrétaire général n’ornait plus désormais mille et une banderoles, mille et un gadgets, mille et un posters, si son prénom n’était pas répété, scandé, de lèvres en lèvres, d’Islamabad à Rabat en passant par le Caire, comme celui d’un éternel mahdi ? La réponse est claire : en saisissant cette occasion en diamant, cette occasion qui ne se représentera probablement plus jamais, de se relibaniser, de se libaniser totalement, absolument, inconditionnellement, en obligeant l’Iran à redessiner une autre frontière avec Israël, en comprenant enfin que charité bien ordonnée commence par soi-même et par son pays, Hassan Nasrallah boosterait positivement, pour une fois, le débat sur la stratégie de défense du Liban et (re)gagnerait une part importante de respect de l’ensemble de ses compatriotes – tout en restant perpétuellement, pour les masses anti-israéliennes, celui qui a provoqué, d’une manière ou d’une autre, deux retraits israéliens. Et rien ne l’empêche, au patron du Hezbollah, de donner la moitié ou la totalité des pétrodollars iraniens qu’il reçoit mensuellement au peuple déchiré, agonisant, de Gaza.
Première semaine de 2009.
Le passage à la nouvelle année n’a pas dû être des plus sympathiques pour cet homme que l’inaction, au sens littéral du terme, et des semaines entières dans des sous-sols, victoire divine oblige, doivent rendre particulièrement nerveux. Dans les derniers jours de 2008, Hassan Nasrallah n’avait visiblement d’autre choix, même en ces veilles de Achoura, que de multiplier ses logorrhées. Avec, naturellement, un fil rouge : Gaza – meurtri dans ses chairs par les bons soins conjoints de l’incommensurable incompétence, inconscience du Hamas et de la toujours sidérante barbarie du gouvernement israélien et de sa machine de guerre.
Hassan Nasrallah louvoie. Cette fois, Hassan Nasrallah choisit beaucoup plus attentivement ses mots ; il privilégie même une espèce de flou artistique...