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Actualités - Opinion

En toute liberté Le drame de Gaza et nous

de Fady Noun Soyons francs : nous avons tous eu peur de voir le Hezbollah décider de voler au secours du Hamas, en ouvrant un second front contre l’adversaire israélien, pour adopter une terminologie chère à Michel Aoun. Et nous avons tous poussé un profond soupir de soulagement quand nous avons constaté que nous ne serons pas condamnés, une fois de plus, à pleurer nos morts et nos ponts et à prendre le deuil de notre pays. C’est dans la conscience du danger qu’il représente pour moi que je vis en ce moment le drame de Gaza. Et ce danger, c’est celui que j’ai vécu depuis que je suis politiquement conscient : celui de faire passer les autres causes, qu’elles soient arabes ou tiers-mondistes, avant la mienne. De lier ma cause à d’autres causes, en une chaîne interminable de causes, l’une plus urgente que l’autre. Et de ne vivre, de ne vibrer qu’à des causes souvent désespérées, au point de leur sacrifier mon pays en un élan de solidarité mal comprise. Non, le tribun en Hassan Nasrallah ne m’a pas convaincu, cette fois. Non, aucune leçon n’a été donnée aux Israéliens, en 2006, sinon celle de ne pas faire de quartiers, la prochaine fois. Non, le Hamas n’est pas au-dessus de toute critique, ni militairement, où il s’est montré piètre stratège, à moins qu’il n’ait cherché sciemment à provoquer cette boucherie, auquel cas il a fait preuve d’un criminel cynisme en capitalisant sur la pitié que les massacres de civils peuvent inspirer au monde ; ni politiquement, où son erreur est double : se scinder du Fateh et surévaluer la voie militaire, au détriment du politique et du diplomatique. Et certes je suis conscient que les sommets arabes n’ont jamais servi à rien, ni l’arme du pétrole, ni ce Bureau de boycottage des produits israéliens qui n’a pas rendu les Israéliens moins riches, mais nous a rendus – parfois – plus bêtes. Les foules ne se trompent jamais. J’ai gardé ce rêve d’une époque où nous manifestions pour toutes les causes justes, en premier celle de la Palestine, sauf pour celle du Liban. Pendant que certains, en secret, creusaient notre tombe. Le Liban a survécu par miracle. Ne bradons plus notre patrie : c’est un devoir de conscience que nous nous devons, ainsi qu’aux générations montantes. Les foules ne se trompent jamais. Aujourd’hui, le cri de Hassan Nasrallah résonne dans le vide. Alors qu’il appelait les Égyptiens à manifester par millions, à peine quelques milliers ont répondu à son appel. Apprécions, par contre, ce magnifique cadeau, certes involontaire, de l’opposition que représente, en cette phase cruciale, le fait qu’un gouvernement d’union nationale soit en place. De sorte que le Hezbollah ne puisse plus rien entreprendre qui ne soit attribuable au gouvernement et dont les conséquences retomberaient sur le Liban tout entier, en pleine connaissance de cause cette fois. Dans leur furie nationaliste, avec l’arrogance dont savent faire preuve certains de leurs dirigeants et de leurs soldats, les Juifs ont oublié le peuple palestinien. Ils sont réellement ce que De Gaulle décrivait comme un « peuple sûr de lui et dominateur ». De Gaulle frappait juste, en 1967, en décrétant un embargo sur les pièces de rechange à destination de l’armée israélienne. Mais où est ce grand homme, aujourd’hui ? Que font ceux qui trônent à l’Élysée, au bureau Ovale ou au 10 Downing Street, pour arrêter la boucherie ? Sans en provoquer une autre.
de Fady Noun

Soyons francs : nous avons tous eu peur de voir le Hezbollah décider de voler au secours du Hamas, en ouvrant un second front contre l’adversaire israélien, pour adopter une terminologie chère à Michel Aoun. Et nous avons tous poussé un profond soupir de soulagement quand nous avons constaté que nous ne serons pas condamnés, une fois de plus, à pleurer nos morts et nos ponts et à prendre le deuil de notre pays.
C’est dans la conscience du danger qu’il représente pour moi que je vis en ce moment le drame de Gaza. Et ce danger, c’est celui que j’ai vécu depuis que je suis politiquement conscient : celui de faire passer les autres causes, qu’elles soient arabes ou tiers-mondistes, avant la mienne. De lier ma cause à d’autres causes, en une chaîne interminable de causes, l’une plus urgente que...