Le 11-Septembre ne fit pas que déboussoler une Amérique convaincue de son immunité domestique comme de sa toute-puissance mondiale. C’est le monde tout entier, en réalité, que traumatisa à jamais le spectacle, diffusé en boucle, de tous ces jets de ligne diaboliquement transformés en bombes volantes et s’en allant percuter les tours géantes de New York. Rien désormais ne sera plus comme avant, pressentit alors tout un chacun, et cela avant même que le taureau yankee blessé s’en aille déverser sa fureur en Afghanistan et en Irak.
En Asie, en Europe, au Moyen-Orient, les attentats terroristes n’ont pas manqué depuis. Toutes proportions gardées cependant, c’est l’assaut terroriste contre la gigantesque cité indienne de Bombay qui va s’ancrer de manière indélébile dans tous les esprits. Sept ans après le World Trade Center, vous n’êtes pas encore tout à fait à l’aise dans votre chambre d’hôtel du 34e étage ; et avant même de gagner votre destination, vous avez sans doute éprouvé un petit serrement de cœur en prenant l’avion, vous avez même discrètement passé en revue vos voisins de cabine pour tenter de repérer le terroriste potentiel.
Or après Bombay, ce sont toutes les capitales, métropoles et mégapoles de la planète qui constatent aujourd’hui leur terrible vulnérabilité et qui ne vont plus dormir que d’un œil. Comme pour New York en effet, les barrières de l’imagination criminelle, de l’innovation en
matière de technique terroriste viennent d’être enfoncées dans la stupeur générale. Des commandos venus par mer, convergeant par groupes vers le quartier des grands hôtels et des boutiques de luxe, arraisonnant à l’occasion voitures de police et ambulances, et une fois parvenus sur place, tirant sur tout ce qui bouge, même sur les malades agglutinés dans un hôpital pour indigents : quelle ville sur Terre serait-elle absolument, infailliblement prémunie contre un tel cauchemar ?
D’incroyables progrès technologiques, c’est vrai, ont été accomplis ces dernières années en matière de lutte contre le terrorisme et, plus généralement, contre le crime. Les séries télévisées ne se comptent plus, où l’on voit les tueurs trahis par un cheveu ou un grain de poussière, où ils sont repérés dans leurs sanctuaires les plus inviolables grâce à leur propre téléphone mobile ; on a même expérimenté avec succès des engins sans pilote pourchassant implacablement leurs cibles humaines avant de les réduire en bouillie à coups de missiles. Si les terroristes gardent tout de même l’avantage, c’est parce que les équipements électroniques les plus sophistiqués ne peuvent rien finalement contre des cerveaux malades, parce que les gadgets guerriers restent impuissants face à des exaltés mus par le fanatisme religieux et prêts à mourir. Elle peut frapper d’une main de fer, la science ; mais le plus souvent, c’est seulement après coup. C’est-à-dire trop tard.
La technologie n’est pas seule d’ailleurs à être prise en faute. Cible privilégiée du terrorisme islamiste, les puissances occidentales n’ont appréhendé que de superficielle et bien maladroite manière l’une des motivations essentielles de ce phénomène. Ce n’est pas en cautionnant à fond les abus israéliens en Palestine qu’un George W. Bush pouvait espérer rallier les masses arabo-musulmanes à sa croisade contre Oussama Ben Laden. Et si l’Inde est perçue comme la démocratie la plus peuplée au monde, sa minorité musulmane, demeurée sur place après la partition de 1947 et concentrée dans le plateau central du Deccan, se plaint, de longue date, d’une peu démocratique discrimination.
Mais sans doute le comble de l’absurde, sinon de la perversité politique, réside-t-il dans les rapports équivoques qu’entretient l’Occident avec ces États convaincus en plus d’une circonstance de soutien au terrorisme et bénéficiant néanmoins de surprenants égards. Allié des États-Unis, le Pakistan pratique ainsi un coupable laxisme envers ces mêmes militants d’el-Qaëda qui tuent des Américains en Afghanistan. Mais le Pakistan lui-même n’échappe guère pour autant aux coups sanglants du terrorisme. Mis en cause dans l’affaire de Bombay, non seulement il nie tout, mais il dépêche sur les lieux le chef suprême de ses services de renseignements pour venir en aide aux enquêteurs indiens !
Cette situation n’est pas sans évoquer irrésistiblement le cas de la Syrie, tout récemment sortie de son isolement international par la grande porte européenne. Accusé par l’actuelle administration US d’héberger les rebelles irakiens, accusé par les Libanais de pratiques assassines comme d’envois d’armes et de combattants à travers la frontière, le régime de Damas est à son tour victime du terrorisme. Et pour y faire face, il requiert la coopération du Liban, dans le même temps qu’il accuse des Libanais d’avoir financé les poseurs de bombes.
Traquer les terroristes là où ils se trouvent est déjà assez ardu comme cela. De persister à tolérer l’ambiguïté rend la mission carrément impossible.
Issa GORAIEB
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En Asie, en Europe, au Moyen-Orient, les attentats terroristes n’ont pas manqué depuis. Toutes proportions gardées cependant, c’est l’assaut terroriste contre la gigantesque cité indienne de Bombay qui va s’ancrer de manière indélébile dans tous les esprits. Sept ans après le...