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Actualités - Interview

Interview La Bourse de Beyrouth, entre défis internes et crise internationale

Bachir EL-KHOURY Le président de la Bourse de Beyrouth, Fadi Khalaf, dresse un bilan général du marché boursier libanais au lendemain de l’éclatement de la crise financière internationale, et évoque les facteurs fondamentaux qui retardent son développement. L’Orient-Le Jour : Quel a été l’impact de la crise financière internationale sur l’évolution boursière à Beyrouth ? Y a-t-il des facteurs structurels derrière la chute importante des prix des actions ? Fadi Khalaf : La forte baisse des cours au Liban est étroitement liée à l’éclatement de la crise financière internationale. Les premiers à avoir liquidé leurs positions à la Bourse de Beyrouth (BDB) ont été les grandes sociétés occidentales. La propagation de la crise dans les pays du Golfe, dans un second temps, a amplifié la chute, les investisseurs arabes ayant procéder également à une vente de leurs actions sur le marché libanais dans le but de couvrir leurs pertes sur le marché local ou simplement de rapatrier leurs capitaux, dans un contexte d’assèchement des liquidités et de resserrement du crédit. Ce phénomène s’est toutefois moins fait sentir au Liban, où la proportion d’investissements étrangers est relativement faible, que dans d’autres pays émergents. En revanche, la chute des cours n’est aucunement liée à des facteurs structurels, qui ont au contraire sauvé la BDB d’une plus forte dégringolade. Les sociétés libanaises cotées ont jusque-là fait preuve de résilience face à la crise mondiale. Le fait que les actions étaient sous-évaluées durant toute la période précédant la crise mondiale, en raison de l’instabilité politique et sécuritaire au Liban, a également permis d’éviter la formation dune bulle et par conséquent son éclatement. OLJ : Pourquoi les investisseurs n’achètent-ils pas aujourd’hui malgré la baisse importante des prix ? F.K. : Malgré l’existence de nombreuses opportunités, l’appétit pour les investissements boursiers est à son niveau le plus bas. L’ambiance générale est en effet peu propice à l’achat, ce qui explique en partie les volumes modestes observés dernièrement à la BDB. Même les investisseurs qui ne sont pas à court de liquidités préfèrent rester en retrait à l’heure actuelle et attendre que l’horizon devienne plus clair. OLJ : Dans l’ensemble, quel bilan dressez-vous des onze premiers mois de 2008 ? F.K. : Le marché boursier a connu un excellent démarrage au cours des sept premiers mois de l’année, l’indice BLOM passant de 1 500 à 2 100 points entre janvier et juillet derniers, soit en hausse de 40 %. D’ailleurs, selon Bloomberg, la BDB a enregistré la meilleure performance au monde au cours des six premiers mois de 2008. Cette importante hausse s’inscrit dans la lignée de la croissance enregistrée depuis 2004. L’action Solidere, par exemple, est passée entre 2004 et 2008 d’un minimum de 4 dollars à un maximum de 40 dollars, enregistrant une croissance record de 1 000 % en dépit du climat politique tendu et de l’instabilité sécuritaire. OLJ : Quels sont les principaux facteurs qui freinent aujourd’hui le développement de la BDB ? Pourquoi le nombre de compagnies cotées n’a toujours pas augmenté depuis 2000 ? F.K. : Plusieurs facteurs empêchent aujourd’hui la BDB de connaître un bond qualitatif. La taille de l’économie libanaise y est pour beaucoup. Notre PIB demeure modeste comparativement à d’autres pays de la région, avec une concentration sur quelques secteurs. Ceci explique en partie pourquoi la grande majorité des compagnies libanaises cotées appartiennent aux secteurs bancaire et immobilier. L’absence de privatisations retarde également le développement du marché boursier local. L’introduction en Bourse de grandes structures, comme l’EDL, le Casino du Liban ou les réseaux de téléphonie mobile, permettrait aux petites sociétés de suivre le mouvement. Un autre obstacle est la structure familiale des sociétés libanaises, qui les rend réticentes à l’idée d’offrir leur capital au public. Pourtant, toute société à la BDB bénéficie de nombreuses incitations fiscales, comme la réduction de 50 % de l’impôt sur les dividendes. Malgré ces défis, nous avions entamé fin 2005, une série de contacts avec une cinquantaine de sociétés libanaises éligibles à une introduction en Bourse. Trois d’entres elles ont éprouvé un intérêt à l’égard d’une éventuelle introduction et ont même commencé à se préparer au processus. En parallèle, trois grandes compagnies de courtage, opérant dans le monde arabe, nous ont présenté une demande pour qu’elles puissent opérer également sur le marché libanais. Avec le déclenchement de la guerre de juillet 2006, toutes ces nouvelles initiatives ont été stoppées net. Mais en dépit de la stagnation au niveau du nombre des compagnies cotées, la BDB a évolué à plusieurs niveaux depuis 2000. La capitalisation boursière est passée de 1,25 milliard de dollars fin 2001 à 10,74 milliards de dollars à la mi-novembre, après avoir enregistré un pic de 14 milliards en juillet dernier. Cette hausse n’est pas due uniquement à la hausse des prix, mais aussi à celui du nombre d’instruments cotés. Celui-ci est en effet passé de 13 à 27 entre 2000 et 2007 grâce à un amendement de la loi relative à la Bourse il y a huit ans, permettant aux compagnies d’introduire non seulement leurs actions ordinaires, mais d’autres instruments financiers, comme les actions préférentielles, prioritaires ou encore les certificats GDR. Des fonds d’investissement ont également été introduits. OLJ : Quelles ont été les démarches prises pour moderniser la BDB ? F.K. : Nous avions déployé au cours des huit dernières années de nombreux efforts pour moderniser l’infrastructure technologique. La BDB est aujourd’hui dotée d’équipements à la fine pointe technologique. Par exemple, le système de cotation fixe a été remplacé en 2003 par un nouveau système de cotation en continu (Euronext) permettant de traiter les ordres d’achat et de vente plus d’une fois par jour. Ensuite, nous avions introduit en 2006 le système de négociation à distance (remote trading), une infrastructure qui consiste à relier les bureaux des traders aux locaux de la BDB. Enfin, nous avons récemment introduit la plate-forme d’e-trading, qui permet aux investisseurs de négocier des titres en Bourse de manière autonome sur Internet. OLJ : Qu’en est-il du projet de loi sur les marchés financiers ? F.K : Proposé il y a deux ans par le ministre Jihad Azour, ce projet vise à renforcer le mécanisme de contrôle des marchés financiers, en créant une commission de contrôle à l’instar de la SEC aux États-Unis et de la FSA au Royaume-Uni. Cette commission aura comme rôle de superviser le travail effectué à la BDB, de contrôler les sociétés cotées… et surtout de proposer des projets de loi pouvant dynamiser l’activité des marchés financiers (titrisation…). Aujourd’hui, le projet de loi fait l’objet de plusieurs propositions d’amendement, notamment en faveur d’une centralisation des pouvoirs, à la lumière de la crise mondiale.
Bachir EL-KHOURY


Le président de la Bourse de Beyrouth, Fadi Khalaf, dresse un bilan général du marché boursier libanais au lendemain de l’éclatement de la crise financière internationale, et évoque les facteurs fondamentaux qui retardent son développement.


L’Orient-Le Jour : Quel a été l’impact de la crise financière internationale sur l’évolution boursière à Beyrouth ? Y a-t-il des facteurs structurels derrière la chute importante des prix des actions ?

Fadi Khalaf : La forte baisse des cours au Liban est étroitement liée à l’éclatement de la crise financière internationale. Les premiers à avoir liquidé leurs positions à la Bourse de Beyrouth (BDB) ont été les grandes sociétés occidentales. La propagation de la crise dans les pays du Golfe, dans un second temps, a amplifié la chute,...