La Glass Steagall Act est une loi votée en 1933 pour dissocier les métiers de banque d’affaires et les métiers de banque de dépôt. Cette loi fut remise en cause en 1970 et abrogée le 12 novembre 1999. L’abolition de cette loi illustre en grande partie la phase de dérégulation du système bancaire qui pose une des bases de la crise financière actuelle. La confiance du système financier est désormais ébranlée. Les banques n’osent plus se prêter de l’argent entre elles (ce qui est pourtant la base du fonctionnement du système bancaire) car personne ne connait la solidité à court terme de son voisin. Les banques ne pouvant plus se refinancer à plus d’un jour, elles cessent de jouer le rôle pour lequel elles sont destinées : « prêter ». La consommation baisse, la crise financière se transforme en crise économique.
Cette crise est suffisamment profonde pour remettre en cause de nombreuses certitudes. Alan Greenspan, ancien gouverneur de la Reserve fédérale américaine, a admis, devant la Chambre des représentants le 23 octobre 2008, que ses certitudes sur l’autorégulation des marchés étaient ébranlées (« state of shocked disbelief ») et qu’une dose de régulation externe était probablement nécessaire.
De même, Francis Fukuyama, dans un article de Newsweek titré « The Fall of America, Inc. », le 4 octobre 2008, affirme que la course à la libéralisation ne se suffit pas en elle-même et conduit à des déviances néfastes au système de démocratie libérale en général.
Trouver un coupable serait un raccourci réducteur sous plusieurs aspects. Le premier serait de dire qu’il n’y aurait qu’un seul responsable (la finance, la banque ou la titrisation), alors qu’ils sont multiples. Plutôt que de clouer au pilori les coupables, analysons plutôt les symptômes pour trouver des remèdes qui nous permettront d’éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise.
Citons d’abord les emprunteurs qui ont voulu s’endetter à un niveau supérieur à ce que leurs revenus étaient capables d’absorber. Ensuite les banques de détail américaines qui ont failli dans leur rôle de conseil et qui ont même favorisé ce surendettement en créant des prêts « exotiques » avec une composante optionnelle que peu d’emprunteurs étaient à même d’analyser, voire même de comprendre. Citons le régulateur du secteur bancaire qui a laissé se relâcher les contraintes d’attribution des prêts à des personnes physiques. Les banques d’affaires ont permis aux banques de détail de refinancer ces prêts sous forme de produits structurés, utilisant des scénarios catastrophe bien optimistes, tout comme les agences de rating censées vérifier ces modèles. Enfin les investisseurs finaux (gérants de fonds, investisseurs institutionnels…) qui ont massivement investi dans ce type d’actifs sans effectuer leurs propres diligences.
Bref, peut-on vraiment blâmer tout un système qui n’a tout simplement pas su distinguer une bulle spéculative sur le marché de l’immobilier et qui a utilisé tous les raffinements de la finance moderne pour refinancer et donc démultiplier leur exposition à cet actif en augmentant l’effet de levier pour se refinancer ?
Une dose de régulation a manqué dans le processus à tous les niveaux cités, ce qu’il faudra corriger une fois les mesures d’urgence efficaces appliquées. Mais au final, ne serait-on pas tout simplement dans une phase de destruction créatrice nécessaire pour toute révolution industrielle comme le définissait Schumpeter en 1942 ? Cela peut sembler angoissant de se trouver face à un monde financier à restaurer, voire à reconstruire. Cela peut aussi sembler exaltant et enthousiasmant d’avoir une page blanche à remplir, et certaines lois de l’économie et de la finance moderne à réécrire. Ce n’est probablement pas la fin de l’histoire, comme titrait Fukuyama après la chute du mur de Berlin, mais peut être tout simplement la fin d’une histoire.
*Gérant de fonds chez Société Générale Asset Management & enseignant à l’ESA Beyrouth – mastère de spécialisation en finance.
En coopération avec : ESA
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