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Actualités - Analyse

L’analyse d’Élie Fayad Vocation contrariée

À l’occasion de la tenue de la conférence internationale sur le dialogue des civilisations, des cultures et des religions, le Liban, prenant sa vocation à la lettre, se propose d’accueillir le siège d’une institution dont l’objet serait précisément de promouvoir ce dialogue aux niveaux régional et mondial. C’est une très noble ambition pour son pays que le président de la République, Michel Sleiman, emporte avec lui à New York. Idéalement, qui peut en effet incarner mieux que le Liban cette idée de dialogue entre les civilisations qui implique d’abord connaissance de l’autre et convivialité ? Tout dans l’histoire et la géographie démographique du Liban le voue à être un pédagogue pour l’humanité entière en matière de coexistence harmonieuse entre des populations variées. Certes, l’harmonie ne fut pas toujours parfaite dans ce pays. Des guerres, des massacres, des divorces, des éloignements, des incompréhensions ont bien eu lieu. La tentation de faire le vide autour de soi, de « nettoyer », de « purifier » a parfois pris le dessus sur le désir d’aller vers l’autre. Mais ces fautes, ces affreuses dérives pourront-elles effacer à jamais d’aussi belles coutumes que celles qui existaient dans certains de nos villages et nos quartiers ? Où, à l’occasion par exemple d’un enterrement, le cercueil d’un chrétien était porté par des druzes, et celui d’un druze par des chrétiens ? Le « Liban-message », si judicieusement évoqué par Jean-Paul II, n’est pas une vue de l’esprit. C’est, en dépit de tout, une réalité vivante. Mais c’est hélas une réalité menacée, aujourd’hui comme naguère et jadis, par l’éternel ballottement du Liban entre la vie et la mort, la tolérance et l’extrémisme, l’ouverture et l’autarcie. À ce stade, voilà que surgit à nouveau la sempiternelle question existentielle : de quel Liban parlons-nous exactement ? S’agit-il du pays d’une certaine douceur de vivre, des cultures croisées, de l’ouverture au monde, de la modération politique, ou bien celui de l’embrigadement idéologique, obscurantiste et totalitaire, des « victoires divines » et, pour être au cœur de l’actualité brûlante, du « peuple résistant » ? Cessons donc de nous leurrer et admettons que l’image actuelle du Liban dans le monde, dans la mesure où elle est ici même quelque peu brouillée, n’est pas celle qu’a voulu lui attribuer Jean-Paul II. La révolution du Cèdre l’en avait beaucoup rapproché, mais, depuis, les événements ont pris un cours différent. Certes, on pourra juger que les responsabilités sont partagées dans cette déconfiture, qu’il n’y a pas un camp politique qui aurait raison contre l’autre. À faire le bilan des trois dernières années, on constate en effet que tout le monde a commis des erreurs. Et que ces erreurs se sont additionnées entre elles pour éloigner le Liban de la vocation qui lui sied le mieux. Mais quelles que soient les erreurs des uns et des autres, leur positionnement politique, leur ardeur à la lutte, leurs ententes, leurs brouilles, leurs compromis, leurs calculs politiciens, leurs actes de bravoure, leurs médiocrités, leurs cyclothymies, on s’aperçoit aussi que le véritable, l’unique enjeu de la bataille en cours n’a jamais changé : des deux idées qui se disputent le Liban, laquelle va-t-elle l’emporter sur l’autre ? On s’aperçoit surtout que, comme toute bataille de longue haleine, elle a ses temps forts, ses lassitudes et ses trêves, mais qu’elle continue inexorablement. La trêve peut durer cent ans, nourrie par toutes sortes de compromis, mais à un moment donné, lorsque les circonstances le permettront et tant que le Liban n’aura pas tranché son perpétuel dilemme, le combat reprendra. Qu’importe si ce sera avec d’autres combattants. En attendant, la réalité d’aujourd’hui aux yeux du monde, celle de l’après-7 mai, c’est l’image d’un État libanais au pire « hezbollahisé » (c’est la vision israélienne, exagérée à dessein), au mieux contraint de composer avec le Hezbollah. Il faut s’entendre : que le Liban compose avec le Hezbollah en tant que formation politique représentant un élément constitutif de la nation libanaise, cela est parfaitement naturel, ne pose aucun problème et répond d’ailleurs à la vocation du « Liban-message » autant qu’au principe le plus élémentaire de la démocratie. Ce qui, en revanche, pose problème, c’est le fait pour l’État libanais d’être forcé de faire siens une partie de l’idéologie du Hezbollah, sa vision quasi apocalyptique du monde, son agenda politique d’inspiration extralibanaise et sa violente surenchère anti-israélienne. Celle-ci, on le sait très bien, dessert bien plus qu’elle ne sert la cause palestinienne et arabe, dans la mesure où l’objectif n’est pas de parvenir à un règlement honorable du conflit, mais bien plutôt d’exploiter le problème pour récolter des gains politiques intérieurs pour le Hezbollah et régionaux pour l’Iran. Dès lors, est-il réaliste pour le Liban de se poser en candidat pour accueillir une institution dont la philosophie élémentaire est aux antipodes de ce que cherchent à nous inculquer le Hezbollah et, à présent, certains de ses alliés ? L’un des deux Liban a vocation à être un « message », dans le sens où l’entendait Jean-Paul II, l’autre pas. On a le droit d’être pour l’un ou l’autre, mas non pas pour l’un et l’autre. Et surtout, pas contre l’un et l’autre. Pour être fidèle à sa vocation, il faut d’abord la mériter.
À l’occasion de la tenue de la conférence internationale sur le dialogue des civilisations, des cultures et des religions, le Liban, prenant sa vocation à la lettre, se propose d’accueillir le siège d’une institution dont l’objet serait précisément de promouvoir ce dialogue aux niveaux régional et mondial.
C’est une très noble ambition pour son pays que le président de la République, Michel Sleiman, emporte avec lui à New York. Idéalement, qui peut en effet incarner mieux que le Liban cette idée de dialogue entre les civilisations qui implique d’abord connaissance de l’autre et convivialité ?
Tout dans l’histoire et la géographie démographique du Liban le voue à être un pédagogue pour l’humanité entière en matière de coexistence harmonieuse entre des populations variées.
Certes, l’harmonie ne...