Seuls Coca-Cola et Marylin étaient arrivés à séduire, à un rythme aussi galopant, la quasi-totalité de la population mondiale. Tout le monde ou presque, aujourd’hui, aime Barack Obama. Et comme la masse de ses admirateurs, même ceux qui ne n’ont pas succombé au charme, n’ont rien de plus pressé que de prendre langue avec Obama : de lui présenter plaintes, requêtes et doléances, pour tenter de remédier à ces tensions, guerres et autres fléaux qui crucifient la Terre.
Alors, président du monde vraiment, Barack Obama qui dans sa première conférence de presse postélectorale est allé au plus pressé, c’est-à-dire la crise financière internationale ? Pas forcément, pas tout à fait. Car plutôt que d’un tsar par définition exposé aux vertiges d’un pouvoir planétaire, c’est d’un leadership surtout moral qu’ont besoin les peuples en ce 21e siècle : d’une autorité respectée – et redoutée – non point parce qu’elle peut, si cela lui chante, vous réduire en poussière, mais parce qu’elle est à même de servir et de promouvoir, sous tous les cieux, les idéaux et valeurs qu’elle se fait fort d’incarner.
C’est ainsi une Europe enthousiaste qui a proclamé son soutien sans faille au président élu des États-Unis, sans manquer de réclamer toutefois la fin de l’unilatéralisme américain et la mise en place d’une étroite concertation sur les dossiers les plus chauds. C’est à un niveau nouveau que la Chine aspire maintenant à élever ses relations avec l’Amérique, tout en rappelant avec insistance ses droits imprescriptibles sur Taïwan. Maussade, boudant ostensiblement la liesse postélectorale bien qu’elle n’ait eu qu’à se plaindre de la gestion Bush, la Russie demande à débattre en priorité du bouclier antimissile déployé à ses frontières européennes, et dans lequel elle voit une intolérable entreprise d’encerclement.
Lointaine et immense patrie d’origine d’Obama, le continent africain escompte une aide redoublée de l’unique superpuissance en matière de développement et de lutte contre la sécheresse, la famine et les épidémies. L’Amérique du Sud rêve elle aussi d’un New Deal avec le colossal voisin yankee, longtemps accusé d’avoir pillé ses ressources naturelles : processus qui trouverait un point de départ dans la levée de l’embargo frappant, depuis près d’un demi-siècle, l’île de Cuba.
Le Proche et le Moyen-Orient abordent avec entrain, eux aussi, la nouvelle donne. L’Iran congratule fort courtoisement le futur maître de la Maison-Blanche, dans la perspective d’une négociation sereine, sans conditions préalables ni menaces, sur la question nucléaire. C’est le même vœu que formule la Syrie, traitée en paria par l’actuelle administration US et qui, après le Français Jacques Chirac, voit prendre sa retraite George W. Bush. Frustrés de l’État qui leur avait été promis pour le courant de 2008, les Palestiniens n’en attendent qu’avec plus d’anxiété un regard nouveau, plus compréhensif, sur leur cause. S’il ne peut que se féliciter de la nomination éclair de Rahm Emmanuel, un fils d’Israélien, au poste ultrasensible de secrétaire général de la Maison-Blanche, l’État juif réclame, quant à lui, que soit maintenue, à feu doux, l’option militaire contre Téhéran. Toujours dans le chapitre guerrier, on notera que si Obama projette de retirer à terme les GI d’Irak, c’est seulement pour en envoyer d’autres en renfort en Afghanistan, véritable théâtre à ses yeux d’une lutte contre le terrorisme appelée à se poursuivre longtemps encore.
Dans ce monde d’espérances saluant l’élection présidentielle du 4 novembre, quel sort peuvent connaître les attentes du Liban ? Émouvantes de simplicité, nos espérances ne sont pas moins contrecarrées par un dense réseau d’intérêts régionaux contradictoires. Ce que veut l’immense majorité des Libanais, c’est un pays libre, souverain et indépendant, qui ne serait ni une prime à l’agression pour certain voisin, ni une compensation pour certain autre ; un pays à l’abri des convoitises territoriales, ce qui commande l’évacuation des fermes de Chebaa, dernière justification raisonnablement recevable à l’armement du Hezbollah ; un pays délivré des menées assassines, à l’ombre d’une justice internationale elle-même à l’abri des accommodements en coulisse ; un pays où vivraient en harmonie, enfin, ses diverses composantes culturelles.
Ces principes élémentaires, toutes les administrations qui se sont succédé à Washington y ont naturellement souscrit ; par cynique calcul ou par incroyable maladresse, elles ne les ont pas toujours traduits dans les faits. Monumentales, c’est vrai, furent, au Proche et au Moyen-Orient, les erreurs du président sortant et de son entourage néoconservateur ; mais de débusher à tout crin ne doit pas signifier que le souci du Liban est voué à la dilution, parmi les mille et une préoccupations de la Maison-Blanche.
On ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. Et ce n’est pas parce que l’éléphant a saccagé le magasin de porcelaine qu’il faut fermer boutique.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Seuls Coca-Cola et Marylin étaient arrivés à séduire, à un rythme aussi galopant, la quasi-totalité de la population mondiale. Tout le monde ou presque, aujourd’hui, aime Barack Obama. Et comme la masse de ses admirateurs, même ceux qui ne n’ont pas succombé au charme, n’ont rien de plus pressé que de prendre langue avec Obama : de lui présenter plaintes, requêtes et doléances, pour tenter de remédier à ces tensions, guerres et autres fléaux qui crucifient la Terre.
Alors, président du monde vraiment, Barack Obama qui dans sa première conférence de presse postélectorale est allé au plus pressé, c’est-à-dire la crise financière internationale ? Pas forcément, pas tout à fait. Car plutôt que d’un tsar par définition exposé aux vertiges d’un pouvoir planétaire, c’est d’un leadership surtout...