Le gros de la tempête financière est, semble-t-il, passé. Les médias nous ont d’abord informés que les responsables avaient adopté des mesures d’urgence visant à sauver l’ensemble du système d’un krach total avant de nous annoncer qu’ils s’étaient mis à intervenir de façon plus ponctuelle pour renflouer des établissements à l’importance stratégique. Aujourd’hui, le maître mot est de trouver les moyens de minimiser le plus possible les conséquences de la crise avec, en tête des préoccupations, la durée de la récession qui s’annonce.
C’est aussi le temps des bilans. Il semble évident pour nombre de spécialistes que cette crise prouve les limites d’un libéralisme débridé et d’une certaine idée du capitalisme. On retrouve dans ce type de discours des noms comme Friedman et des barbarismes comme reaganisme ou thatchérisme.
Dans certains cercles, ces propos se complètent d’une analyse comparative entre les systèmes financiers dits conventionnel et islamique. D’aucuns relèvent l’apparente protection dont bénéficie le système financier islamique dans cette crise pour affirmer la supériorité de ses principes d’action sur ceux de la finance dite conventionnelle.
L’argument n’est pas sans rappeler les thèses de Huntington (« Clash of Civilizations ») pour qui les conflits de l’après-guerre froide s’organiseront autour de la ligne de clivage culturelle et religieuse. Nord contre Sud… Est contre Ouest… Sans vouloir préjuger de la réalité des faits, à l’époque de la mondialisation, l’argument est quelque peu anachronique.
Ceci dit, il est un fait que les marchés financiers islamiques semblent plus protégés que les autres. Personne n’a signalé jusqu’à présent de faillites fracassantes d’institutions financières islamiques ou d’intervention massive pour sauver des systèmes financiers situés dans des pays où la charia est prégnante. Certes, les Bourses régionales ont eu un hoquet, mais la situation n’a pas tardé à revenir à la normale.
L’une des explications à cette situation est sans aucun doute le cadre éthique que les institutions financières islamiques doivent respecter. Il leur est interdit de profiter de l’intérêt, de spéculer, de profiter de la détresse des autres, de chercher à maximiser leurs intérêts de façon débridée, etc. On retrouve dans cette liste nombre d’éléments constitutifs de la crise actuelle. La finance islamique est donc supérieure ! CQFD.
C’est oublier que les institutions financières islamiques ne sont pas les seules à avoir résisté à la tempête. On parle peu de celles qui sont toujours en activité ou qui « … affichent une santé insolente … », pour reprendre la une d’un grand quotidien français. La banque espagnole Santander, 7e banque mondiale, fait partie de ce dernier groupe. Pour le président de l’établissement, les choses sont simples. « Je ne vends pas, dit-il, de produits que je ne comprends pas ou que je n’achéterais pas moi-même. » La référence éthique est évidente ; éthique aussi pour tous les fonds et toutes les banques du même nom qui n’ont pas vraiment été frappés par la crise.
Cette situation vient prouver, s’il le fallait, que l’éthique n’est pas l’apanage d’un groupe. Elle atteste aussi que l’éthique n’est pas contradictoire avec le succès en affaires et qu’elle peut protéger les entreprises en cas de crise.
L’apport de la finance islamique à ce tableau est de prouver que le comportement éthique peut ne pas être un cas d’espèce, qu’il peut structurer des secteurs économiques complets et être profitable.
Il induit aussi que le contrôle est nécessaire. On tend à l’oublier. Les banques et fonds islamiques utilisent des conseils de surveillance spéciaux pour s’assurer que les opérations se font selon les règles. Les États disposent, eux, de tout un arsenal légal. Aujourd’hui, ils semblent disposer à l’utiliser pour tempérer l’ardeur des spéculateurs les plus virulents. Finalement, on assiste peut-être à la fin d’une certaine idée de la façon dont les affaires doivent se faire.
* Abdel-Maoula Chaar, spécialiste en stratégie et théorie des organisations – Centre de recherche, d’études et de développement (CRED) de l’ESA.
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C’est aussi le temps des bilans. Il semble évident pour nombre de spécialistes que cette crise prouve les limites d’un libéralisme débridé et d’une certaine idée du capitalisme. On retrouve dans ce type de discours des noms comme Friedman et des barbarismes...