« Évaporés », « Partis en fumée », « Volatilisés » : que l’on compte en dollars, en euros ou en yens, des « milliers de milliards » sont portés disparus sur les Bourses mondiales et certains se demandent où est passé tout cet argent. Nulle part, répondent des économistes.
Au terme d’une semaine de fluctuations, de Wall Street à Tokyo en passant par Londres, Francfort et Paris, les principaux marchés d’actions internationaux affichent toujours des baisses vertigineuses, de 30 % à 50 %, par rapport à leur niveau d’il y a douze mois.
Face à une telle chute, que l’on soit trader dans une grande banque, petit porteur ou que l’on cotise depuis 20 ans à un plan de retraite par capitalisation, difficile de se dire que l’on n’a pas perdu beaucoup d’argent.
Au profit de qui ? Des marchands d’or, dont le cours est l’un des seuls à résister à la morosité ambiante ? Des investisseurs qui profitent de l’effondrement des Bourses pour se faire un portefeuille à bon marché ? Des fonds spéculatifs qui prennent leurs bénéfices au moindre rebond ?
À l’instar du président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, qui juge que « beaucoup de milliards de dollars ou d’euros étaient artificiels avant la correction » boursière, des économistes relativisent cependant les montants avancés et soutiennent que l’argent est toujours là.
« Quand nous disons que des milliers de milliards ont été perdus, c’est un abus de langage. Ce que nous devrions dire, c’est : la valorisation du marché des actions a baissé de plusieurs milliers de milliards, ce qui est totalement différent », estime le Britannique John Sloman, de l’Université de Bristol.
L’Américain Robert Shiller, de l’Université de Yale, fait la même analyse. « Imaginez qu’un jour vous demandiez à une agence d’évaluer la valeur de votre maison si vous deviez la vendre. Le lendemain, vous allez en voir une autre qui vous donne un prix inférieur de 10 %. Est-ce que vous avez perdu de l’argent ? Certainement pas, vous avez toujours des billets dans la poche ou sur votre compte en banque », explique-t-il à l’AFP. « C’est pareil avec les Bourses. Personne ne perd de l’argent au sens strict du terme. Il n’y a pas de mystère, il est toujours là. C’est le marché qui perd de la valeur », ajoute-t-il.
Or, poursuivent les deux économistes, les marchés boursiers n’ont pas de valorisation absolue. « La valeur d’un actif dépend toujours du rapport entre l’offre et la demande. C’est le prix que vous obtenez tel jour, si vous décidez de vendre, et il ne concerne que les actions échangées, pas celles qui restent dans les portefeuilles », souligne John Sloman.
« Les États comptabilisent l’argent disponible en faisant la somme des billets et des pièces en circulation, ainsi que des dépôts que les gens ont dans les banques. Cette mesure ne reflète en rien les fluctuations quotidiennes des marchés boursiers », argumente Robert Shiller, reconnaissant toutefois qu’il est « difficile et controversé » de distinguer richesse et valeur du marché.
Au Royaume-Uni, selon des chiffres de la Banque d’Angleterre, 50 milliards de livres (64 milliards d’euros) circulent actuellement en pièces et en billets, pour 1 800 milliards déposés dans les banques. Ces montants, calculés mensuellement, augmentent constamment, même depuis le début de l’année.
De quoi donner raison à l’ancien magnat des affaires américain Robert Sarnoff, décédé en 1997, pour qui la finance n’est rien d’autre que « l’art de passer l’argent de main en main jusqu’à le faire disparaître ».
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Au terme d’une semaine de fluctuations, de Wall Street à Tokyo en passant par Londres, Francfort et Paris, les principaux marchés d’actions internationaux affichent toujours des baisses vertigineuses, de 30 % à 50 %, par rapport à leur niveau d’il y a douze mois.
Face à une telle chute, que l’on soit trader dans une grande banque, petit porteur ou que l’on cotise depuis 20 ans à un plan de retraite par capitalisation, difficile de se dire que l’on n’a pas perdu beaucoup d’argent.
Au profit de qui ? Des marchands...