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Actualités - Opinion

« On va leur dire »

On va leur dire, la semaine prochaine, dans dix jours, à la première occasion… mais encore, on va leur dire quoi ? Dans notre sabir, « dire » n’appelle pas son complément à l’avance. Un mot sphérique et même atmosphérique ; un ballon lancé à l’entourage pour sonder sa réaction, voir si le projet de « dire » rencontre une résistance ou comme convenu une adhésion. Car il y a dans « dire » une intention de céder le mot de passe. Aux familiers, on ne dit pas, on ne dit rien : ils savent que pour eux, le couvert est mis à toute heure, et la maison ouverte avec son ordinaire. On ne « dit » qu’aux nouveaux ; amis d’amis croisés un soir où l’on vous avait « dit » aussi. Il y avait eu, c’est rare, une vraie rencontre, on s’était découvert des affinités, on avait pensé que ce serait bien d’ouvrir le cercle au moment où justement la conversation commence un peu à tourner en rond. « Inviter » ne vous effleure même pas. Inviter, verbe guindé, réservé aux étrangers. Mais dire ! Confidence, connivence, ne le répétez pas, on sera entre soi. Et voilà que « dire » s’habille de fête, pense aux fleurs, vérifie les nappes de pas-tous-les-jours, ouvre les livres de cuisine, coche des listes. Le grognon, le dormeur, le joyeux, le gourmand, le docte, le timide, l’allergique, inévitables échantillons d’humanité dont se composent les « milieux » sont priés d’inverser leurs tendances pour accueillir les nouveaux. Une fois l’idée conçue dans la fièvre des premières fois, il reste à composer le numéro. « Je voulais vous dire… » Mais bien sûr ! On se le tient pour dit, on viendra, quelque chose sous le bras, un livre, une orchidée, des confiseries, ce qui se fait la première fois. Si les affinités se confirment, bientôt cela ira sans dire. La relation s’avachira un peu, prendra des plis, changera de texture, tournera velours côtelé. On se laissera à nouveau pencher vers ses penchants. Et l’on se dira que parfois, cela va mieux en le disant ! ¦ de Fifi Abou Dib
On va leur dire, la semaine prochaine, dans dix jours, à la première occasion… mais encore, on va leur dire quoi ? Dans notre sabir, « dire » n’appelle pas son complément à l’avance. Un mot sphérique et même atmosphérique ; un ballon lancé à l’entourage pour sonder sa réaction, voir si le projet de « dire » rencontre une résistance ou comme convenu une adhésion. Car il y a dans « dire » une intention de céder le mot de passe. Aux familiers, on ne dit pas, on ne dit rien : ils savent que pour eux, le couvert est mis à toute heure, et la maison ouverte avec son ordinaire. On ne « dit » qu’aux nouveaux ; amis d’amis croisés un soir où l’on vous avait « dit » aussi. Il y avait eu, c’est rare, une vraie rencontre, on s’était découvert des affinités, on avait pensé que ce serait...