Nous sommes tous des Karl Rossmann.
Trente-neuvième semaine de 2008.
Ni ce crétin patenté dont le QI ne dépasserait pas celui d’une limace lobotomisée ni ce génie incompris auquel l’histoire rendrait un jour un retentissant hommage : George W. Bush est juste l’un des pires présidents, ou l’un des moins talentueux, tout dépend du contexte, que ces bons vieux États-Unis aient connu. Ce n’est plus tellement grave : il s’en va – sachant pourtant qu’un jour il faudra se rendre compte que c’est tout de même l’un des locataires de la Maison- Blanche qui ont le plus, même (très) maladroitement, tenté d’aider le Liban dans une des périodes les plus délicates de son histoire. Ce n’était certes ni pour ses beaux yeux, ni pour son pétrole ou son gaz, et encore moins pour ses idées, mais un minimum d’honnêteté impose de constater une évidence : depuis 2005, les Américains n’ont pas glissé la moindre peau de banane sous les pieds du Liban, ni envisagé le moindre petit coup fourré, ni planté quelque poignard dans un cœur de cèdre. Au contraire : Washington, qui ne rate naturellement pas la plus infime des occasions de servir ses intérêts, soutient cette vision d’un Liban indépendant, souverain, démocratique, libre. On ne le répétera jamais assez : les USA ont fait cela pour eux, et ils l’ont fait avec une gaucherie incommensurable.
Pas plus tard que cette semaine, une nouvelle preuve de cette amitié pataude, un peu hystérique et totalement conditionnée par l’israélophilie inconditionnelle de toute administration US qui se respecte a été donnée en plein Bureau ovale : un George W. Bush visiblement tout content de recevoir un président libanais (cela ne lui était jamais arrivé en deux mandats) couvrait de louanges un Michel Sleiman modeste, mais, qu’on se le dise, particulièrement flatté. À la bonne heure. Il est gentil, Bush Jr : il s’est déclaré carrément impressionné par le discours d’investiture de son homologue libanais ; il est au courant que ce dernier parraine un dialogue national à Baabda ; il insiste bien sur le fait que les États-Unis se tiennent aux côtés de ce tout petit pays et que la mission des deux nations est la même ; enfin, il dit tout haut et tout fort qu’il veut un Liban fort et en paix. C’est au-delà de la gentillesse : c’est de la mansuétude.
Sauf qu’il y a réellement loin de la coupe aux lèvres. Si le très bientôt à la retraite George W. Bush voulait effectivement un Liban fort (donc à même de se défendre contre n’importe qui) et en paix (avec sa géographie maudite, donc avec Israël et la Syrie), il aurait dû, depuis près de trois ans et demi, ne pas seulement se contenter d’ostraciser Damas. Il aurait dû faire en sorte d’obliger l’État hébreu à respecter la totalité des clauses de la résolution 1701 et à se retirer des fermes de Chebaa (de Téhéran à Haret Hreik, en passant par Damas, on en aurait pleuré de rage…). Il aurait dû surtout combattre l’Iran et la Syrie sur leur propre terrain, avec leurs propres… armes : en faisant en sorte (et ni Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy ni les autres n’auraient rechigné à le suivre) de carrément blinder la troupe libanaise. En faisant en sorte de la doter d’équipements et d’armement au moins aussi performants que ceux du Hezbollah.
Ne serait-ce, en se mettant dans les chaussures du président américain, qui s’avèrent, hasard, ou coincidence, ou simple bon sens, être de l’exacte même pointure, forme et couleur que celles de la moitié, au moins, des Libanais, ne serait-ce que pour en finir avec les justifications fallacieuses de ce même Hezbollah, dont le credo absolu reste cet insupportable, cet inadmissible l’armée est incapable de défendre le Liban.
Hassan Nasrallah a-t-il entendu ce qui s’est dit dans le Bureau ovale – et notamment les remerciements de Michel Sleiman à son homologue américain parce que les États-Unis se sont bien occupés de l’armée libanaise (quelle bonne blague…) ? Ou, plus tard, à l’hôtel de Washington où logeait le chef de l’État, la conversation entre ce dernier et Robert Gates, le secrétaire d’État US à la Défense ? Les mots du patron du Hezbollah en cette fin de semaine avaient réellement de quoi surprendre : Le gouvernement d’union nationale doit être capable de prendre une décision courageuse : armer notre troupe pour qu’elle puisse être en mesure de défendre le Liban sans demander la permission de personne.
Aussi inédite soit-elle et aussi bienvenue, quels que soient ses motifs (à quelques semaines de la reprise du dialogue national sur la stratégie de défense) ou ses dessous (l’invitation à acheter des armes au marché noir est irrecevable), cette apologie de l’armée libanaise signée Hassan Nasrallah sonnera toujours un peu (beaucoup) faux tant que le Hezbollah continuera, notamment par Mohammad Raad ou Mohammad Fneich interposés, de refuser une seule seconde de rendre les armes. Ou d’intégrer sa branche armée dans l’institution militaire. Il n’empêche : cette supplique pour une armée forte est drôlement bienvenue : c’est la première fois où tout le monde note une délicieuse convergence entre la politique du Hezbollah et celle des États-Unis d’Amérique.
Une politique américaine qu’il faudra combattre et à laquelle il faudra résister, même si nous ne sommes que des agneaux, si elle venait à menacer notre existence. Cet appel Jeanne d’Arcesque est celui de Michel Aoun, qui a parfaitement raison lorsqu’il dit, c’était hier aussi, qu’il ne faut pas craindre une amitié avec n’importe quel pays, ni la Syrie, ni l’Iran, ni les États-Unis. Sauf que l’on aurait attendu la même détermination, la même pugnacité et le même engouement à résister de la part du député du Kesrouan si les politiques syrienne et iranienne venaient à faire ce qu’elles font si bien, du moins pour la première, depuis si longtemps : menacer notre existence.
Il est largement temps, pour tout le monde, de démystifier l’Amérique. Ou de la découvrir. Se transformer, pour une heure ou un instant, en Christophe Colomb n’a jamais fait de mal à personne.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Nous sommes tous des Karl Rossmann.
Trente-neuvième semaine de 2008.
Ni ce crétin patenté dont le QI ne dépasserait pas celui d’une limace lobotomisée ni ce génie incompris auquel l’histoire rendrait un jour un retentissant hommage : George W. Bush est juste l’un des pires présidents, ou l’un des moins talentueux, tout dépend du contexte, que ces bons vieux États-Unis aient connu. Ce n’est plus tellement grave : il s’en va – sachant pourtant qu’un jour il faudra se rendre compte que c’est tout de même l’un des locataires de la Maison- Blanche qui ont le plus, même (très) maladroitement, tenté d’aider le Liban dans une des périodes les plus délicates de son histoire. Ce n’était certes ni pour ses beaux yeux, ni pour son pétrole ou son gaz, et encore moins pour ses idées, mais un minimum...