Seul le Premier ministre était dans la confidence – un Fouad Siniora avec qui le président commence visiblement à tisser, n’en déplaise à beaucoup, quelque chose de beau et de bon… Personne ne se doutait que Michel Sleiman allait profiter de l’iftar donné au palais présidentiel en présence de toute la République ou presque pour lancer officiellement, formellement et publiquement l’invitation aux Quatorze. La convocation plutôt : celle d’être à 11h00 précises, mardi 16 septembre, à Baabda, pour reprendre le dialogue là où ce slogan un peu grassouillet, un peu (trop) clinquant avait été laissé : à Doha. C’est-à-dire exactement là où le chef de l’État avait été reçu avec tambours et trompettes il y a une dizaine de jours.
Personne ; pas même le pourtant très potinier et toujours très informé Nabih Berry, qui, comme tout le monde ce soir-là, ce soir d’iftar, a essayé de cacher son énorme étonnement en applaudissant ostentatoirement à l’annonce faite aux Libanais et au monde par le maître de céans. À la décharge du n°2 de l’État et à celle des autres : cela fait une éternité, des décennies presque, que tout cet aréopage de députés, de ministres, de leaders religieux, de juges, de présidents d’associations, etc. n’était plus habitué à voir un locataire de Baabda faire exactement ce pour quoi il est payé pour – et pas paralyser, bloquer, faire avorter, ou ne signer que lorsque Damas l’y autorise.
Parce qu’il commençait à s’énerver un peu, Michel Sleiman…
Il faut peut-être un peu plus de temps au président qu’aux autres pour qu’il se rende compte que l’on se moque de lui – peut-être est-il par trop gentil, très naïf, ou simplement garde-t-il jusqu’au bout la foi en ses compatriotes… Sauf que, lorsqu’il en prend conscience, Michel Sleiman fonce. Et il est très difficile, voire impossible, de l’arrêter. Excédé par les caprices de Castafiore hormonalement dérangée des uns et des autres : la loi électorale d’abord, le dialogue ensuite ; excédé par des objurgations plus farfelues les unes que les autres : Wi’am Wahhab, Omar Karamé, Talal Arslane doivent participer au dialogue ; excédé, aussi, par la volonté d’aucuns de le faire passer pour ce faiblard terrifié à l’idée de devoir prendre une décision si tout le monde n’est pas d’accord, pour ce président-potiche incapable de mettre en branle la machine Doha, Michel Sleiman, calmement, poliment, courtoisement et très fermement, a rappelé tout le monde à l’ordre. En se payant même le luxe de leur donner le choix : celui d’être présents le 16 à Baabda. Ou pas. Et dans un cas comme dans l’autre, d’assumer. Exactement comme lui, le chef de l’État, assume ses responsabilités – et exerce ses prérogatives – uniquement mais entièrement by the book : le fantôme de Fouad Chéhab sourit dans les couloirs du palais.
Il y aura donc dialogue avec qui jugera bon d’en être. Et qui dit dialogue, ou réconciliation d’ailleurs, pense immédiatement, c’est presque naturel depuis plusieurs années, à attentat – ou à recrudescence des troubles, ou à répression comme avant 2005, etc. Bachar el-Assad, qui a très gentiment fait part à Omar Karamé hier de son bonheur à chaque fois qu’un accord ré-unit les Libanais, avait tout aussi gentiment prévenu il y a quelques jours – c’était devant Sarkozy, al-Thani et Erdogan : « La situation au Liban est encore précaire », avait noté, bon œil, le (rancunier) président syrien. Bon œil, le (rancunier) président syrien a un talent à décidément faire pâlir de rage toutes les Élisabeth Tessier et autres Maguy Farah de la planète.
La reprise du dialogue et la réconciliation druzo-druze gênent visiblement beaucoup. Qui ? Peu importe : elles gênent. Se retrouver quasiment forcé de débattre de la stratégie de défense, donc des armes paraétatiques et illégales : cela gêne. Être obligé de trouver des mécanismes d’application des décisions adoptées dans le passé pas si lointain à l’unanimité : tracé des frontières, établissement de relations diplomatiques, etc. : cela gêne. Se rendre compte que des dizaines d’arguments ne tiennent plus : jihad éternel contre Israël, pérennité d’un privilège létal, bras d’honneur ad vitam crachés à la face de la loi, etc. : cela gêne. Voir l’unité druze quasiment consacrée : cela gêne. Voir que l’on fait tout pour éteindre mille et un foyers de troubles, mille et un réservoirs de TNT : Tripoli, Taalabaya, Saadnayel, peut-être, bientôt, un jour, Tarik Jdidé : cela gêne. Voir un Liban se reprendre, même maladroitement, en main : cela gêne. On le saura : dialogue et réconciliation sont deux concepts qui agacent énormément. Ici et outre-Masnaa.
Mais c’est vraiment jouer de malchance pour ces gens-là : dialogue et réconciliation sont les deux objectifs, affichés ou pas, cela ne change rien à la donne, de… Michel Sleiman. Et Michel Sleiman a les défauts de ses qualités : le monsieur trop précautionneux, trop frileux, trop hésitant, trop lent, trop circonspect devient un obstiné de première, encore une fois un bulldozer – lorsqu’il le décide. Et il a décidé : ce sera dialogue et réconciliation (et prérogatives). Et dans le cadre des institutions. Et en la mémoire des martyrs – de tous les martyrs. Et ce sera comme ça et pas autrement. Et qui ne veut pas, qui se sent morveux, eh bien qu’il reste chez lui, qu’il se mouche. Et na.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Seul le Premier ministre était dans la confidence – un Fouad Siniora avec qui le président commence visiblement à tisser, n’en déplaise à beaucoup, quelque chose de beau et de bon… Personne ne se doutait que Michel Sleiman allait profiter de l’iftar donné au palais présidentiel en présence de toute la République ou presque pour lancer officiellement, formellement et publiquement l’invitation aux Quatorze. La convocation plutôt : celle d’être à 11h00 précises, mardi 16 septembre, à Baabda, pour reprendre le dialogue là où ce slogan un peu grassouillet, un peu (trop) clinquant avait été laissé : à Doha. C’est-à-dire exactement là où le chef de l’État avait été reçu avec tambours et trompettes il y a une dizaine de jours.
Personne ; pas même le pourtant très potinier et toujours très...