Rechercher
Rechercher

Actualités

Derrière la légende, l’homme

Vêtu d’un tee-shirt blanc (ce qui donna à ce vêtement en forme de T ses lettres de noblesse), l’œil sombre et la lèvre boudeuse, c’est ainsi qu’apparaît Marlon Brando dans A Streetcar Named Desire en 1950, la version cinéma d’Elia Kazan. «?Marquant une nette rupture avec la tradition anglo-saxonne, ce film est un brasier malséant qui mélange, dans un contexte social hyperréaliste, les névroses et les pulsions sexuelles?», dira-t-on. Ce film fera d’ailleurs de Brando une star. Fasciné par un processus créateur qui l’amène à travailler par introspection pour faire jaillir une émotion d’autant plus vraie qu’elle est issue de la mémoire la plus enfouie, des souvenirs les plus douloureux, Brando travaille selon les préceptes de l’Actor’s Studio. Deux personnages exerceront notamment sur lui une influence déterminante : Stanislavski, considéré comme le père de l’acteur moderne, et Stella Adler, qu’il rencontre dans un atelier d’art dramatique dans lequel elle enseigne. Avec cette dernière, c’est le coup de foudre réciproque, aussi profond que platonique : elle devine les extraordinaires potentialités de ce névrotique beau comme un dieu. Marlon Brando est un passionné. Il travaille avec acharnement. Par sa concentration poussée et sa persévérance, l’acteur apprend à rejeter les effets gratuits, les gestes inutiles, à être totalement habité par son personnage. Son instinct naturel est tel qu’il parvient en quelques semaines à maîtriser sa technique. Truman Capote écrira un jour : «?Marlon Brando est l’image idéale de la jeunesse américaine – cheveux blond foncé, yeux gris-bleu, teint basané, démarche athlétique –, la carte des États-Unis est gravée sur son visage.?» Avec Young Rebels, il exprime toute la révolte d’une génération en devenant Johnny, un motard rebelle. En 1954, il gagnera un Oscar pour On the Waterfront. Il est alors la star incontestée de Hollywood et tourne dans tous les registres, de la comédie musicale (Guys and Dolls) à la tragédie (Jules César), ou encore aux aventures maritimes (Mutiny on the Bounty), Brando brille. Alors pourquoi ce revirement?? Pourquoi l’acteur a fini par se lasser et s’est retiré du milieu progressivement?? Après des films tournés seulement pour le prestige (personnel), chaque apparition équivalent à un succès, Apocalypse Now, The Godfather (pour lequel il obtient un Oscar en 1972), Last Tango In Paris, refusant même les trophées et les honneurs, crachant presque sur le milieu de la profession, Brando se tourne vers les films alimentaires. Ce sont les déboires de son fils, qui investit dans la défense des Indiens et mène un train de vie démesuré, qui l’obligent à tourner pour l’argent, et pas toujours dans des succès financiers. Par ailleurs, ses problèmes avec sa fille Cheyenne qu’il adore, l’incarcération de son fils et puis la mort de ses deux enfants?; ce sont autant de facteurs qui auront eu gain de cause du grand acteur qui a fini par dépérir sous une masse corporelle et un laisser aller physique. Stanley Kowalski n’était plus ce jeune voyou rebelle qui a fait rêver tant de générations. Il n’était plus qu’un homme fini qui a avoué un jour aux médias que jouer ne l’intéressait plus. C’est ce qui fait dire que derrière la légende, il y a l’homme.
Vêtu d’un tee-shirt blanc (ce qui donna à ce vêtement en forme de T ses lettres de noblesse), l’œil sombre et la lèvre boudeuse, c’est ainsi qu’apparaît Marlon Brando dans A Streetcar Named Desire en 1950, la version cinéma d’Elia Kazan. «?Marquant une nette rupture avec la tradition anglo-saxonne, ce film est un brasier malséant qui mélange, dans un contexte social hyperréaliste, les névroses et les pulsions sexuelles?», dira-t-on. Ce film fera d’ailleurs de Brando une star. Fasciné par un processus créateur qui l’amène à travailler par introspection pour faire jaillir une émotion d’autant plus vraie qu’elle est issue de la mémoire la plus enfouie, des souvenirs les plus douloureux, Brando travaille selon les préceptes de l’Actor’s Studio. Deux personnages exerceront notamment sur lui une...