La finance est tout de même un monde bizarre ! Tout y est calculé et analysé. Rien n’est laissé au hasard et tout est fait pour renforcer cette impression de sérieux : les codes vestimentaires sont extrêmement stricts, les couleurs généralement sévères et les bureaux feutrés.
Dans ce temple du rationnel et du sérieux, il arrive pourtant que le poétique fasse de courtes incursions. Au détour d’un couloir, on entend parfois des expressions du genre : « La bulle a éclaté. » Malgré le ton extrêmement docte avec lequel cette remarque est proférée, on se prend à imaginer un garnement en train de piquer une bulle de savon. Bien sûr ce n’est pas le cas. Il ne s’agit que d’une référence à des bulles boursières qui grossissent, se dégonflent ou qui posent en douceur… ce qui arrive rarement à une bulle de savon.
Ces événements sont très sérieux. Ils sont commentés à grands renforts de formules mathématiques et d’analyse de ratio. Dans le cours de leurs démonstrations, les experts présentent leurs postulats. Ces derniers sont indispensables. En effet, les analystes doivent compiler tous les éléments en relation avec ces manifestations pour pouvoir les expliquer. Le problème est qu’ils sont incapables de le faire à cause de leurs limitations cognitives et de celles, plus techniques, des équipements qu’ils utilisent. Pour pallier cette situation, ils échafaudent des hypothèses et finissent par créer une sorte de monde idéal au sein duquel ils possèdent tous les éléments qui leur permettent d’expliquer le phénomène qui les intéresse. Ils se transforment ainsi en créateurs de mondes et le plus étonnant est que ça marche ! La théorie qui se dégage de ces calculs finit par être reprise, utilisée, transmise et par s’imposer comme étant la réalité vraie. En fait, plus ça marche et mieux ça marche.
Ce type de phénomènes n’est pas propre à la finance. Il peut se manifester à tous les niveaux de notre vie quotidienne dès que deux personnes entrent en interaction, établissent des règles de comportement et les transmettent. Celles-ci se transforment progressivement en « voici comment les choses doivent être ». Pour se convaincre de la réalité de ce processus, il suffit d’observer le comportement des « bandes » de jeunes ou les employés d’une même entreprise. Chacun à ses rites propres et gare aux membres qui ne s’y soumettent pas. Ce faisant, ils remettent en cause la réalité du monde du groupe et risquent purement et simplement l’exclusion.
C’est ainsi qu’il arrive aux hommes de mener des actions qu’ils interprètent ensuite comme ayant une réalité externe à eux-mêmes et qu’ils expérimentent comme quelque chose d’autre qu’un produit humain. Reste que l’homme est incapable de créer n’importe quel monde. Ses capacités sont entravées par les normes et les valeurs du contexte au sein duquel il opère.
L’entreprise est le lieu par excellence où hommes et femmes sont en interaction. Dans le cours de leur action, ils créent et recréent perpétuellement le monde au sein duquel ils opèrent. Le secret d’une organisation cohérente est de voir tous ces efforts aller dans le même sens sous peine de voir la firme éclater. La seule façon d’arriver à ce résultat est de créer un ensemble de normes et de valeurs claires et précises qui puissent encadrer le résultat des interactions. C’est là le rôle des fameuses visions et missions organisationnelles. Comme quoi, la culture organisationnelle n’est pas uniquement un effet de mode.
* Spécialiste en stratégie et théorie des organisations – Centre de recherche, d’études et de développement (CRED) de l’ESA.
La finance est tout de même un monde bizarre ! Tout y est calculé et analysé. Rien n’est laissé au hasard et tout est fait pour renforcer cette impression de sérieux : les codes vestimentaires sont extrêmement stricts, les couleurs généralement sévères et les bureaux feutrés.
Dans ce temple du rationnel et du sérieux, il arrive pourtant que le poétique fasse de courtes incursions. Au détour d’un couloir, on entend parfois des expressions du genre : « La bulle a éclaté. » Malgré le ton extrêmement docte avec lequel cette remarque est proférée, on se prend à imaginer un garnement en train de piquer une bulle de savon. Bien sûr ce n’est pas le cas. Il ne s’agit que d’une référence à des bulles boursières qui grossissent, se dégonflent ou qui posent en douceur… ce qui arrive rarement à une bulle de...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
Restez informés pour seulement 10 $/mois au lieu de 21.5 $, pendant 1 an.
Abonnez-vous pour 1$ et accédez à une information indépendante.
Dans votre abonnement numérique : la version PDF du quotidien L’Orient-Le Jour, des newsletters réservées aux abonnés ainsi qu'un accès illimité à 3 médias en ligne : L’Orient-Le Jour, L’Orient Today et L’Orient Littéraire.