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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Son livre de la jungle

Vingt-septième semaine de 2008. Pas pasionaria. Pas miraculée. Pas Mandela. Pas icône. Pas Monte-Cristo. Pas héroïne. Pas personnage d’un futur block-buster hollywoodien avec Angelina Jolie dans le rôle-titre ou d’un énième avatar de Gérard de Villiers, une nouvelle fois sauvée par SAS Malko aux yeux d’or. Pas reborn. Pas sainte Thérèse d’Avila. Pas petite mère du peuple (de Colombie en particulier et d’Amérique latine et de France en général). Non. Peu importe s’il y a eu paiement de rançon ou pas ; peu importe si Alvaro Uribe a abattu un supergagnant et royal straight flush ; peu importe si la CIA a un peu aidé, si le Mossad a conseillé, si le GIGN a inspiré, etc. : Ingrid Betancourt s’est imposée, en deux temps, trois mouvements, à peine, comme un incontestable, un planétaire modèle de femme (ou d’homme…) d’État. Un modèle définitivement à suivre. Pas seulement pour les individus, otages de leurs régimes : par exemple, entre autres, Aung San Suu Kyi en Birmanie, Michel Kilo et Anouar Bounni en Syrie, leurs compagnons d’infortune en Algérie, au Turkménistan, en Iran, en Belarus, à Cuba, au Zimbabwe, etc. Mais aussi, voire surtout, pour les collectifs, otages d’eux-mêmes, de leurs contradictions, de leurs avidités, de leurs calculs, de leurs intérêts personnels : par exemple, entre autres, le peuple libanais. Encore marquée au fer rouge par la cruauté, pire : l’indifférence, des miliciens des FARC – ses compatriotes ; encore inondée de larmes, celles qui n’ont jamais cessé de couler sur ses joues et celles qui n’ont jamais cessé de la noyer de dedans ; encore fiévreuse de ses mille et une maladies qui l’ont rongée comme des rats ; percluse des stigmates de six ans et demi de détention dans une impitoyable jungle ; perdue dans les immensités méandreuses de ces trous d’air, de ces trous d’âme dans lesquels elle a dû se réfugier pour rester vivante dans son corps et surtout dans sa tête, et à peine arrivée sur la base militaire des environs de Bogota, Ingrid Betancourt a utilisé trois ou quatre mots qui résonneront encore. Longtemps. Indéfiniment. Pratiquement pour l’histoire. C’est l’exhortation Betancourt : il faut faire la paix maintenant. Une exhortation, mais sous l’implacable forme d’un programme politique à la force d’airain, aux ailes immenses, adressé à l’ici : les Colombiens, les démocrates, les corrompus, les FARC, tous, et à l’ailleurs : le Venezuela, l’Équateur entre autres, c’est-à-dire les voisins de son pays, peu soucieux de démocratie, de respect et/ou de stabilité de l’autre. Il n’y a pas de hasard. Il n’y a que des correspondances. Effectivement otages souriants d’eux-mêmes, véritables petits cons, victimes d’un irréversible et foudroyant syndrome de Stockholm inversé, qu’ils alimentent constamment, qu’ils poussent au bout, parfois jusqu’à l’assassinat, en rêve ou en réalité, d’un très proche parent, d’un meilleur ami, les Libanais seraient bien inspirés de recevoir de plein fouet cette exhortation universelle. L’exhortation Betancourt. Tour à tour victimes puis bourreaux, victimes et bourreaux, ces Libanais n’ont pour l’autre, leur semblable, leur frère, leur geôlier, leur otage, que haine et rancœurs, qu’envies de tuer. Que besoins de revanches. Infinies revanches : historique, politique, sociale, religieuse, culturelle, idéologique, esthétique, économique… Il faut faire la paix maintenant. Ingrid Betancourt n’a rien inventé. D’autres, bien d’autres otages, l’ont martelé avant elle : le meilleur d’entre eux, celui que n’importe quel bipède rêverait de connaître, pour une heure, pour une vie, Nelson Mandela, ne s’est pas contenté de le dire. Il l’a fait – en instaurant cette Commission réconciliation et vérité que les Libanais continuent, dans une infinie sottise, d’occulter et de fuir, pensant que ces rachitiques rustine et aspirine dont ils abusent pourraient éviter à elles seules qu’un jour leur pays et leurs corps ne reflambent… Comme si un gouvernement d’union nationale, le poids de la photo Siniora-Aoun se rendant comme deux larrons en foire à Baabda pour annoncer, aux côtés de Michel Sleiman, avec la bénédiction, plus ou moins amère, des uns et des autres, ou une loi électorale moins inique que la précédente pouvaient effacer ces gargantuesques aversions qu’éprouvent, l’un pour l’autre, ces otages, ces geôliers, ces victimes, ces bourreaux, ces frères que sont les Libanais. Il faut faire la paix maintenant. Pourtant, même du plus profond de ses 27 années de Bastille, Nelson Mandela a vécu derrière des barreaux ; dans un trou sordide, mais dans un trou, entre quatre murs. Nelson Mandela n’a pas été l’otage, aussi, d’une jungle, dans la jungle, rongé par la jungle. Ingrid Betancourt, si. Ayant dû se battre contre les hommes et contre la nature, son exhortation, qu’elle concrétisera sans aucun doute un jour, par des centaines de gestes, d’actes politiques, n’en prend que plus d’ampleur. Elle écrira certainement un livre. Ce sera son livre vert. Elle pourrait venir le dédicacer au Liban : ici, les enseignements et autres conseils qui y seraient détaillés auraient, ne pourraient avoir, que valeur de Constitution (bis). Mais il n’est évidemment plus analphabètes, plus illettrés, que celles et ceux qui ne veulent ni lire ni apprendre. Ziyad MAKHOUL P-S : sans transition – mais toujours à propos d’otages : c’est bien beau de mourir de bonheur à l’idée de la libération de Samir Kantar. C’est légitime, quoi qu’on pense de l’homme. Et les prisonniers libanais en Syrie ? Des otages de troisième zone ? Sans doute, puisque le Hezbollah le pense.
Vingt-septième semaine de 2008.
Pas pasionaria. Pas miraculée. Pas Mandela. Pas icône. Pas Monte-Cristo. Pas héroïne. Pas personnage d’un futur block-buster hollywoodien avec Angelina Jolie dans le rôle-titre ou d’un énième avatar de Gérard de Villiers, une nouvelle fois sauvée par SAS Malko aux yeux d’or. Pas reborn. Pas sainte Thérèse d’Avila. Pas petite mère du peuple (de Colombie en particulier et d’Amérique latine et de France en général). Non. Peu importe s’il y a eu paiement de rançon ou pas ; peu importe si Alvaro Uribe a abattu un supergagnant et royal straight flush ; peu importe si la CIA a un peu aidé, si le Mossad a conseillé, si le GIGN a inspiré, etc. : Ingrid Betancourt s’est imposée, en deux temps, trois mouvements, à peine, comme un incontestable, un planétaire modèle de femme (ou...