Si la situation politique interne semble s’enliser, les développements dans la région paraissent au contraire s’emballer. Selon un diplomate libanais, le Moyen-Orient, et sans doute le monde en général, semblent entrer dans une période transitoire qui augure de grands changements. Ce diplomate chevronné estime que la tendance actuelle est à un apaisement provisoire au niveau de tous les dossiers chauds de la région, en attendant la mise en place d’une nouvelle administration américaine qui, elle, décidera du sort des problèmes en suspens. Selon ce diplomate, ce n’est pas un hasard si le Hamas et l’Autorité palestinienne ont amorcé un dialogue interne alors qu’une trêve de six mois a été conclue entre le Hamas et Israël, sous l’égide de l’Égypte. Dans le même temps, la situation semble s’être un peu calmée en Irak, où de nouvelles alliances semblent se dessiner. Au Liban, l’accord de Doha, en dépit du retard dans son exécution, s’inscrit dans ce cadre. Visiblement, estime ce diplomate libanais, l’administration américaine actuelle n’a plus les moyens de peser de façon significative sur les développements en cours et elle doit se contenter d’encourager des arrangements provisoires pour ne pas laisser à celle qui lui succédera un chaos inextricable.
Ce diplomate explique ainsi qu’au départ, l’administration Bush était opposée aux pourparlers indirects syro-israéliens sous l’égide de la Turquie. Elle ne s’est d’ailleurs pas privée de le faire savoir en les critiquant ouvertement, essayant même, précise le diplomate, de provoquer une crise politique interne en Turquie en encourageant les tentatives de retirer toute légalité au parti islamique au pouvoir. Mais le Premier ministre turc ne s’est pas laissé faire et les pourparlers se sont poursuivis, poussant l’administration américaine à les accepter à contrecœur. Le diplomate relève aussi le fait que la secrétaire d’État américaine tient désormais des propos hostiles à des accords séparés, alors que c’était son credo pendant des années. De même, l’administration américaine a soudainement choisi d’ouvrir ce qu’elle appelle « le dossier du nucléaire syrien », dans une tentative, selon le diplomate, de compliquer les négociations avec Israël.
Le diplomate libanais estime par ailleurs que ces pourparlers interviennent à un moment qui convient aux deux parties. D’une part, la Syrie a réussi par ce biais à sortir de l’isolement diplomatique dans lequel l’avait enfermée la communauté internationale depuis 2005. Ce qui lui permet de souffler un peu et de gagner un répit. D’autre part, le Premier ministre israélien a trouvé dans ces pourparlers le moyen de contourner le processus entamé à la conférence d’Annapolis et à sortir du blocage sur le volet palestinien pour ouvrir de nouvelles perspectives et sortir de ses problèmes internes.
Selon le diplomate libanais, deux versions circulent sur le cours de ces négociations indirectes. Dans le premier cas de figure, ces négociations auraient accompli des progrès importants et il ne resterait plus qu’à finaliser l’accord. Alors que dans le second cas de figure, ces négociations arrangent les deux parties, mais n’ont aucune chance d’aboutir à des résultats concrets au cours des prochains mois. Le diplomate avoue pencher pour la seconde version, affirmant que d’une part, la Syrie de Bachar el-Assad ne peut pas, dans les circonstances actuelles, remplir les conditions posées par Israël, à savoir la rupture de ses liens avec l’Iran, le Hamas et le Hezbollah. D’autre part, poursuit le diplomate libanais, le Premier ministre israélien Ehud Olmert est trop faible sur le plan interne pour faire accepter la restitution du Golan aux autres parties israéliennes. Ce serait perçu comme une concession qu’il n’est pas en mesure de faire avaliser. Pour ces raisons, le diplomate libanais estime que les négociations menées sous l’égide de la Turquie ne sont pas sur le point d’aboutir, mais elles permettent d’occuper positivement le temps qui reste avant de percevoir les orientations de la nouvelle administration américaine. Ce serait d’ailleurs la raison pour laquelle après avoir été plus ou moins irrité par ces négociations, l’Iran n’émet plus aucune réserve à leur sujet...
Selon le diplomate libanais, il ne faut pas croire que la région est, pour autant, en train de basculer dans le camp antiaméricain. Il relève ainsi que les pays qui mènent les négociations sont tous classés dans le camp des alliés des États-Unis, qu’il s’agisse de la Turquie (pour le dossier israélo-syrien), de l’Égypte (pour le dossier palestino-israélien) et du Qatar (pour l’accord de Doha). C’est juste, selon lui, le projet américain de l’administration Bush qui est en train de connaître un bémol et qui facilite l’installation d’un nouveau statu quo dans la région. Le diplomate rappelle que le président syrien lui-même l’a répété à plusieurs reprises, il souhaite que les négociations avec Israël se fassent sous l’égide des États-Unis lorsqu’elles deviendront directes. Autrement dit, Assad ne veut rien céder à l’actuelle administration, mais il sera prêt à faire des concessions dans un contexte différent. Selon ce diplomate, ce n’est donc pas encore l’heure des solutions, mais la région est en train d’entrer dans une phase d’attente et de gel des conflits. La situation au Liban devrait donc suivre la tendance générale...
Scarlett HADDAD
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