Tout doux, tout doux, douce France : l’Orient est chose trop compliquée pour qu’on y abatte toutes ses cartes d’un seul coup en se fiant à sa bonne étoile, tout comme à la parfaite régularité d’une partie faisant place pourtant à des tricheurs testés, prouvés, patentés...
Doucement, je suis pressé, commandait Talleyrand à son cocher. Le président Sarkozy lui aussi est un homme pressé, mais peu soucieux apparemment de ménager son attelage. Prompt à balayer d’un revers de main la politique chiraquienne d’isolement visant la Syrie, il fut tout aussi prompt à le regretter, à freiner en catastrophe l’ouverture pratiquée en direction de Damas. Le voilà non moins prompt à repartir en avant toute, allant même – au diable les demi-mesures ! – jusqu’à dérouler le tapis rouge pour le président Bachar el-Assad. Convié au sommet méditerranéen de Paris, le chef de l’État syrien prendra part le lendemain aux célébrations officielles du 14 Juillet.
Toutes ces cabrioles, nous assure-t-on, n’ont d’autre motivation que la sauvegarde des intérêts du Liban. Cela, on le croit sans l’ombre d’une hésitation, si particulière en effet est la place qu’occupe notre pays dans le cœur des Français, tous les Français. C’est de la France politique tout entière d’ailleurs que Nicolas Sarkozy, dans un geste absolument sans précédent, avait tenu à se faire accompagner lors de sa visite-éclair de samedi dernier à Beyrouth. Et si cette belle unanimité tricolore a volé en éclats, si l’embarras a même gagné une partie de la sarkozie, c’est parce que beaucoup trop vient d’être donné au régime baassiste – beaucoup trop tôt, de surcroît – en récompense de prestations au Liban, beaucoup trop fragmentaires et insuffisantes.
Pour le Premier ministre François Fillon, Damas a tenu ses engagements en permettant l’élection d’un président libanais. En permettant : on a bien lu la maladroite formule impliquant – bien involontairement, persiste-t-on à espérer – une plate reconnaissance du droit de regard syrien en la matière, un droit dont la Syrie aurait eu la magnanimité de se dessaisir, du moins pour cette fois. Et puis, il y a tout de même autre chose que l’élection autorisée de Michel Sleiman, autre chose que ce tribunal international sur lequel Matignon se félicite un peu bizarrement d’avoir tenu bon. Parlant d’engagements tenus, ce que l’on attend de la Syrie, c’est en effet qu’elle cesse de poser des conditions – de nature intimement libanaises, de surcroît – à un échange d’ambassades, comme à une délimitation de sa frontière avec le Liban ; c’est qu’elle renonce à s’immiscer dans ses affaires intérieures, qu’elle cesse d’y envoyer armements, combattants de tout poil et terroristes de tout acabit.
D’autant plus malencontreuse est cette affaire qu’elle a pour toile de fond l’ambitieux – et fort louable, au demeurant – projet d’Union pour la Méditerranée, avancé par l’Élysée et qui est l’objet d’une controverse plus vaste encore. Des Européens du Nord réticents, des Turcs qui auraient préféré qu’on les entretienne d’Union européenne plutôt que méditerranéenne, des Arabes affectant de se faire prier pour admettre la participation d’Israël au prochain sommet de Paris ; et plus loin, une Amérique décontenancée par les dernières ouvertures françaises et un Iran reprochant au contraire à la France de coller de trop près à l’Amérique : une telle collection de remous ne fera sans doute que convaincre l’anticonformiste Nicolas Sarkozy qu’il est sur la bonne voie.
Reste à vérifier enfin le bien-fondé des vertus thérapeutiques que semble prêter l’Élysée au culte de Marianne, auquel ont été courtoisement conviés les congressistes de Paris. La démocratie et les droits de l’homme, cela s’attraperait-il par hasard comme un coup de soleil de juillet ?
Issa GORAIEB
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Doucement, je suis pressé, commandait Talleyrand à son cocher. Le président Sarkozy lui aussi est un homme pressé, mais peu soucieux apparemment de ménager son attelage. Prompt à balayer d’un revers de main la politique chiraquienne d’isolement visant la Syrie, il fut tout aussi prompt à le regretter, à freiner en catastrophe l’ouverture pratiquée en direction de Damas. Le voilà non moins prompt à repartir en avant toute, allant même – au diable les demi-mesures ! – jusqu’à dérouler le tapis rouge pour le président Bachar...