L’Amérique serait-elle en mal de héros ? Apparemment, pour les trois derniers candidats engagés dans la course à la Maison-Blanche, la réponse est oui tant ils s’acharnent à trouver, dans leur caractère, leur carrière, voire leur famille, de quoi teinter leur personnalité d’un minimum d’héroïsme.
Pour le républicain John McCain, la tâche est relativement aisée. Militaire de carrière, prisonnier de guerre au Vietnam, blessé, torturé, lynché, refusant d’être libéré sans ses camarades, rentré au pays brisé, mais de nouveau aux commandes d’un avion quelques mois plus tard... « Il évoque un John Wayne insubmersible venant de l’ouest sauvage (il devient sénateur de l’Arizona en 1982) et refusant les conventions », souligne Sylvie Laurent, auteur d’un long portrait du candidat républicain publié dans la La vie des idées. Car, et c’est là un atout, McCain est un rebelle. Bagarreur dans sa jeunesse, surnommé « Punk » ou « McNasty » par ses copains du lycée, selon Sylvie Laurent, spécialiste des États-Unis, rechignant à accepter les ordres de ses supérieurs, tête brûlée, mais talentueux. N’en rajoutez plus, McCain est un héros d’appellation d’origine contrôlée.
En face, Hillary Clinton et Barack Obama, doivent racler les fonds de tiroir.
Pour la sénatrice de New York, le fait d’être femme et candidate à la magistrature suprême de la première puissance mondiale aurait déjà pu être suffisamment héroïque en soi. Mais étant femme dans un pays au passé de cow-boys, l’ex-First Lady a probablement voulu donner des garanties sur ses capacités à être commandante en chef. Pour ce faire, elle a sorti la Bosnie. Il y a quelques mois, Hillary racontait en effet sa descente d’avion à Tuzla « sous les tirs des snipers ». Les images d’archives des télévisions ont toutefois révélé que ce n’est pas des snipers qui attendaient Hillary à Tuzla, mais une petite fille chargée de réciter un poème à la Première dame. Si Hillary avait fait ses preuves en tant que « Wonder Woman » de la politique, pour le côté GI Jane, c’était raté.
Barack Obama, lui, aurait pu jouer sur son enfance difficile. Parents divorcés, père absent qui, après une brillante carrière, sombre dans l’alcoolisme et se tue dans un accident de voiture. Une famille qui vit grâce aux bons d’alimentation de l’aide sociale, des études réalisées grâce à une bourse... L’histoire aurait pu prendre, les Américains ayant un goût prononcé pour les self-made-men. Dans le cadre de la course à la présidentielle, il fallait toutefois frapper plus fort. Alors Barack a sorti le grand oncle du placard. À l’occasion du Memorial Day, date à laquelle les Américains rendent hommage aux anciens combattants, le candidat démocrate a rappelé que le frère de sa grand-mère avait participé à la libération du camp de concentration de Buchenwald, en tant que membre de la 89e division d’infanterie américaine. Barack faisait alors d’une pierre deux coups : un héros dans la famille et un bonus vis-à-vis de l’électorat juif. Petit problème, c’est le camp d’Auschwitz que le grand-oncle a contribué à libérer. Une erreur reconnue le lendemain. Les temps sont durs pour les apprentis héros.
« Malheureux les pays qui ont besoin de héros », disait Bertolt Brecht. D’autant plus malheureux les pays quand ils ont besoin de ce type de héros. Car les trois candidats à la Maison-Blanche tentent clairement d’ancrer leur supposé héroïsme dans un référent guerrier, la guerre du Vietnam, la Seconde Guerre mondiale, ou la guerre en ex-Yougoslavie. N’ont-ils pas compris que ce type d’héroïsme est pour le moins dépassé. La conquête de l’Ouest, c’est fini, et celle de l’Est a prouvé ses limites.
Le courage, aujourd’hui, n’est pas tant de larguer des bombes sur l’Iran, que d’interdire la production de bombes à sous-munitions, de prendre les mesures nécessaires à la lutte contre le réchauffement climatique, d’appeler ses alliés, au risque de les fâcher, à faire des concessions douloureuses mais indispensables à la paix.
Reste à espérer que le prochain président américain l’aura compris, et que les quatre ans à venir tiendront plus d’une politique d’ouverture que d’un « marvel comic ».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Amérique serait-elle en mal de héros ? Apparemment, pour les trois derniers candidats engagés dans la course à la Maison-Blanche, la réponse est oui tant ils s’acharnent à trouver, dans leur caractère, leur carrière, voire leur famille, de quoi teinter leur personnalité d’un minimum d’héroïsme.
Pour le républicain John McCain, la tâche est relativement aisée. Militaire de carrière, prisonnier de guerre au Vietnam, blessé, torturé, lynché, refusant d’être libéré sans ses camarades, rentré au pays brisé, mais de nouveau aux commandes d’un avion quelques mois plus tard... « Il évoque un John Wayne insubmersible venant de l’ouest sauvage (il devient sénateur de l’Arizona en 1982) et refusant les conventions », souligne Sylvie Laurent, auteur d’un long portrait du candidat républicain publié...