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Actualités - Opinion

LE POINT Au grand jour

Sans l’avoir voulu peut-être, Syriens et Israéliens viennent d’apporter une réponse à la question que chacun se posait ces derniers temps : « De la Turquie ou de l’Iran, quel est aujourd’hui le pays appelé à devenir la superpuissance proche-orientale ? » Jusqu’à hier, on voyait dans la République islamique le nouveau « grand » de la région, en évoquant pour l’occasion l’appui apporté au Hamas à Gaza, à Moqtada Sadr en Irak, au Hezbollah au Liban. C’était ne prêter attention qu’au tapage savamment orchestré autour de cette irruption dans l’ancienne chasse gardée ottomane, devenue celle des États-Unis, par les héritiers de la Perse antique rêvant d’un accès à la Méditerranée. Et ignorer qu’à Ankara, on s’activait en silence, avec une infinie patience, à remettre sur le métier l’ouvrage défait lors du traité de Sèvres puis incomplètement reconstitué trois ans plus tard à Lausanne. C’était oublier aussi que les meilleurs connaisseurs en la matière restent les héritiers de ces sultans qui, à travers leurs représentants, ont gouverné, plus de six siècles durant, un immense empire s’étendant sur trois continents et jusqu’aux confins de l’actuelle Ukraine. Or parmi ces descendants, quels meilleurs interlocuteurs que les dirigeants issus d’une mouvance qui fut islamique mais se réclame, à l’heure de tous les extrémismes, d’une realpolitik de bon aloi ? Oh certes, la confirmation officielle, hier, de rumeurs insistantes sur les contacts entre Damas et Tel-Aviv n’aura surpris personne. On savait, à la faveur de la présence sur les bords du Barada de Recep Tayyip Erdogan, dans les derniers jours d’avril dernier, que des contacts préliminaires étaient en cours, entrepris par de discrets autant que vigilants diplomates, véritables soldats de l’ombre opérant avec efficacité sous l’égide du catalyseur turc. Bouthayna Chaaban croyait alors être en mesure d’annoncer que l’État hébreu était disposé à restituer le Golan, ce que le Premier ministre israélien se gardait bien d’infirmer, préférant se dire « intéressé » à faire la paix avec son voisin. Près d’un an plus tôt, son principal lieutenant au sein du cabinet, Haïm Ramon, confirmait l’existence de « messages secrets » entre les deux parties en prévision d’une reprise des pourparlers de paix. Enfin, la semaine dernière, le président du Conseil laissait échapper cette petite phrase, étouffée par les flonflons des cérémonies du soixantième anniversaire de la création de l’État sioniste : « Notre existence en tant que nation dépend de notre détermination et de notre capacité à nous défendre mais aussi de notre disposition à nous montrer conciliants. » Sur la ligne de départ, tous les partenaires du grand bazarlik à venir étaient désormais à leurs marques, attendant le coup de pistolet libérateur. Le « go » est venu de Washington, lors de la visite d’un George W. Bush définitivement revenu de ses illusions quant à une issue favorable à l’impasse palestinienne. On a vu ainsi – impensable il y a peu… – le chef de l’Exécutif US pousser ses interlocuteurs à prendre langue avec cette Syrie qualifiée la veille encore de véritable sanctuaire de tous les dinamiteros qui terrorisent la région. Une fois n’est pas coutume : le moment choisi était propice et idéale cette attaque « par la bande » tant il est vrai que si deux forces égales finissent par se neutraliser, deux partenaires faibles ont davantage tendance à faire montre de conciliation qu’à recourir au langage des armes. Les démêlés du successeur d’Ariel Sharon avec la justice sont pour beaucoup dans cette soudaine modération, de même que les pressions – internes autant qu’extérieures, et là on songe essentiellement à la question libanaise – exercées sur le régime damascène. Jimmy Carter estimait, le mois dernier, après avoir rencontré Bachar el-Assad, que « les divergences avaient été réglées à près de 85 %, y compris celles portant sur le tracé des frontières, le partage des eaux, l’établissement d’une zone de sécurité et la présence d’une force internationale d’interposition ». Le seul point en suspens, selon l’ancien président, était que les Israéliens refusaient toute médiatisation des contacts, alors que les Syriens insistaient pour que ceux-ci se déroulent au grand jour. Qu’ils aient obtenu satisfaction sur ce point, jadis capital aux yeux de l’adversaire, prouve combien les esprits sont maintenant mûrs pour aborder la phase ultime. Pour la coalition Kadima-travaillistes, le risque est minime de voir le tollé déclenché dès hier contre ce que l’opposition qualifie déjà de « capitulation » déboucher sur une crise menant à des élections anticipées dont nul pour l’heure ne semble vouloir vraiment, même pas les boutefeux du clan Netanyahu. La grande braderie peut donc commencer, avec quelque chance de succès. Mais aussi le risque d’un capotage de dernière minute qui serait l’œuvre, ici ou là, de l’une de ces parties, elles sont légion, qui y trouveraient leur intérêt. Christian MERVILLE
Sans l’avoir voulu peut-être, Syriens et Israéliens viennent d’apporter une réponse à la question que chacun se posait ces derniers temps : « De la Turquie ou de l’Iran, quel est aujourd’hui le pays appelé à devenir la superpuissance proche-orientale ? » Jusqu’à hier, on voyait dans la République islamique le nouveau « grand » de la région, en évoquant pour l’occasion l’appui apporté au Hamas à Gaza, à Moqtada Sadr en Irak, au Hezbollah au Liban. C’était ne prêter attention qu’au tapage savamment orchestré autour de cette irruption dans l’ancienne chasse gardée ottomane, devenue celle des États-Unis, par les héritiers de la Perse antique rêvant d’un accès à la Méditerranée. Et ignorer qu’à Ankara, on s’activait en silence, avec une infinie patience, à remettre sur le métier...