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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE Protégeons le Zimbabwe Par Desmond TUTU et Aryeh NEIER*

Alors que le bateau chinois qui devait livrer des armes au Zimbabwe, le An Yue Jiang, a fait semble-t-il demi-tour, on ne sait pas vers qui d’autre les forces militaires et paramilitaires du président Mugabe peuvent se tourner pour leur armement. La répression violente ne fait que s’accroître contre le Mouvement pour un changement démocratique (MDC) qui s’oppose à Mugabe et tous ceux qui l’ont aidé à arriver en tête de l’élection présidentielle dont les résultats n’ont pas encore été annoncés, quatre semaines après le scrutin. C’est pourquoi il faut décréter un embargo international sur les ventes d’armes au Zimbabwe. Par ailleurs, nous appelons l’Union africaine à envoyer une mission d’enquête au Zimbabwe avec l’aide de l’ONU, afin de déterminer des mesures supplémentaires qui pourraient être mises en œuvre pour répondre à la « responsabilité de protéger », un principe reconnu au plan international. Le concept de la « responsabilité de protéger » a été adopté à l’unanimité lors du sommet mondial de l’ONU en 2005. Il reste cependant controversé, car on croit souvent qu’il implique l’emploi de la force militaire dans un but humanitaire. Nous pensons, ainsi que cela a été reconnu lors du sommet mondial de l’ONU, que la force militaire ne doit être que l’ultime recours pour empêcher ou arrêter des pertes de vies humaines à grande échelle. La première étape consiste à réunir des informations sûres de manière à déterminer les mesures à adopter au niveau international pour prévenir un désastre. Dans le cas du Zimbabwe, ces informations sont extrêmement difficiles à obtenir. Le régime de Mugabe a systématiquement fermé les médias indépendants, s’en est pris aux organisations indépendantes de la société civile, a refusé d’accorder des visas aux journalistes étrangers et a arrêté et battu ceux d’entre eux qui sont néanmoins parvenus à entrer dans le pays. Des observateurs étrangers étaient présents lors du scrutin au Zimbabwe le 29 mars, leur présence a permis un vote sans violence. Mais ils ont quitté le pays depuis longtemps, et d’après les informations qui ont filtré, dans certains endroits, les opposants de Mugabe subissent une véritable terreur. Selon l’article 4 de l’Acte constitutif de l’Union africaine, l’Union a le droit « d’intervenir dans un État membre sur décision de la Conférence, dans certaines circonstances graves, à savoir : les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l’humanité [ainsi que dans le cas d’une menace grave contre l’ordre légitime] ». Ici encore, une intervention militaire n’est que l’ultime recours. Ainsi, dans le cas du Zimbabwe, il est possible que l’envoi d’observateurs sans armes en provenance d’autres pays africains suffise. Leur simple présence et le fait qu’ils puissent transmettre des informations fiables permettrait peut-être de mettre fin à la violence de ces dernières semaines ou à tout le moins d’éviter qu’elle n’atteigne le point qui nécessiterait une intervention militaire. Des observateurs sans armes pourraient aussi veiller à ce que l’aide alimentaire d’urgence de la communauté internationale dont dépend la survie d’une grande partie de la population du Zimbabwe soit distribuée équitablement, indépendamment de la tendance politique des bénéficiaires. Au début de l’année, grâce aux bons offices de Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU, l’Union africaine a évité une catastrophe au Kenya après que des élections contestées eurent conduit à une flambée de violence à travers le pays. Le risque est du même ordre au Zimbabwe. Ici aussi, épaulée par l’ONU, l’Union africaine doit prendre l’initiative et montrer que l’Afrique a les moyens et la volonté de résoudre une crise de grande ampleur et de soulager les souffrances de la population africaine. *Desmond Tutu est prix Nobel de la paix. Aryeh Neier est président de l’Open Society Institute. © Project Syndicate, 2008. Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz.
Alors que le bateau chinois qui devait livrer des armes au Zimbabwe, le An Yue Jiang, a fait semble-t-il demi-tour, on ne sait pas vers qui d’autre les forces militaires et paramilitaires du président Mugabe peuvent se tourner pour leur armement. La répression violente ne fait que s’accroître contre le Mouvement pour un changement démocratique (MDC) qui s’oppose à Mugabe et tous ceux qui l’ont aidé à arriver en tête de l’élection présidentielle dont les résultats n’ont pas encore été annoncés, quatre semaines après le scrutin. C’est pourquoi il faut décréter un embargo international sur les ventes d’armes au Zimbabwe.
Par ailleurs, nous appelons l’Union africaine à envoyer une mission d’enquête au Zimbabwe avec l’aide de l’ONU, afin de déterminer des mesures supplémentaires qui pourraient...