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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE Mettons fin à l’isolement de Taïwan Charles TANNOCK*

Alors que les protestations contre la Chine font rage au Tibet et que le débat sur la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo continue à déranger, l’injustice de l’isolement international de Taïwan suscite à peine une once d’intérêt, alors que les élections présidentielles et le référendum sur l’adhésion aux Nations unies s’y sont tenus récemment. Ce manque d’intérêt n’est pas seulement irréfléchi, il peut s’avérer dangereux. Ce traitement apparemment inégal s’explique en partie par un sentiment de culpabilité : la majeure partie de l’Occident a accepté l’indépendance du Kosovo pour soulager sa conscience, car elle n’a pas empêché la campagne d’épuration ethnique de Slobodan Milosevic. De même, une grande partie du monde se range aux côtés du Tibet car des millions et des millions de personnes ont pu témoigner de l’étouffement de la culture tibétaine par la Chine. En revanche, Taïwan n’attire pas l’attention car sa situation est stable et son économie florissante. L’île est régie par le gouvernement chinois depuis moins d’un siècle – en fait, depuis qu’elle a été conquise par le Japon à la fin du XIXe siècle –, mais n’a jamais fait partie de la République populaire de Chine. Taïwan est de fait un État indépendant non reconnu jouissant d’une démocratie vigoureuse et de normes élevées de droits de l’homme. Taïwan ne s’est pas autorisée à devenir une victime : par conséquent, le monde ne culpabilise pas à son égard et l’ignore tout simplement. Mais peut-être devrions-nous nous sentir coupables. On devrait accorder à Taïwan quelque crédit pour être restée fidèle à ses principes, malgré l’isolement international auquel on l’a condamnée. La Chine l’empêche de trouver sa place dans l’arène internationale, que ce soit par l’Organisation mondiale du commerce, les Jeux olympiques ou les agences spécialisées des Nations unies, notamment l’Organisation mondiale de la santé. La Chine devrait avoir honte d’empêcher Taïwan d’adhérer aux organisations internationales, en particulier celles consacrées aux préoccupations urgentes de santé publique. Le petit nombre de pays qui a reconnu Taïwan sur le plan diplomatique diminue constamment, compte tenu d’un ensemble de pressions et de flatteries de la part de la Chine. Par-dessus tout, les 22 millions de Taïwanais vaquent à leurs occupations quotidiennes sachant que des milliers de missiles chinois sont prêts à déferler sur eux à tout moment. Ce n’est pas à moi de dire que Taïwan devrait être reconnue en tant que pays indépendant. L’île est déjà pratiquement indépendante, même si ce n’est pas officiel. De même, nombre de Taïwanais souhaiteraient que leur île soit réunifiée avec la Chine, en particulier parce que cette dernière se démocratise et cesse d’être une dictature communiste à parti unique. Nul ne peut nier que les Taïwanais se voient injustement refuser leur place dans le monde. La communauté internationale devrait redoubler d’efforts pour intégrer Taïwan dans le courant dominant international. Les puissances occidentales ont toujours été des championnes des droits de l’homme et de l’autodétermination dans les limites du droit international. Les campagnes menées par l’Occident dans les années 1980 par solidarité avec les forces démocratiques d’Europe de l’Est sous le joug soviétique ont permis de mettre un terme à la domination communiste. Un engagement similaire envers les droits démocratiques des Taïwanais pourrait avoir des effets salutaires en Chine. Qui plus est, Taïwan est l’alliée naturelle de tout parti épousant les valeurs de la politique pluraliste, de l’économie de marché et des droits de l’homme. Il semble particulièrement peu clairvoyant, pour ne pas dire hypocrite, de la part des États-Unis et du Royaume-Uni de chercher à répandre la démocratie et les droits de l’homme dans le monde alors qu’ils sont incapables de donner du crédit aux Taïwanais – peuple qui a embrassé ces notions sans réserve – et de les récompenser. Le message envoyé par la reconnaissance inconditionnelle d’« une seule Chine » est que l’on préfère les grands dictateurs communistes aux petites démocraties multipartites. Pour mémoire, il existe des précédents de pays divisés qui, dès lors qu’ils entrent aux Nations unies, finissent par se réunir, comme l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est, le Nord et le Sud du Yémen, et peut-être un jour les deux Corées. Au bout du compte, il importe que Taïwan et la Chine décrispent et normalisent leurs relations. Les deux entités montrent déjà des signes positifs de détente bilatérale alors qu’un nouveau gouvernement se prépare à entrer en scène à Taïwan et prévoit des négociations de haut niveau entre Hu Jintao, président chinois, et Vincent Siew, vice-président élu de Taïwan. Le monde démocratique se doit d’encourager ce processus – d’une part parce que Taïwan mérite de recevoir son soutien, d’autre part parce que tendre la main à Taïwan est potentiellement un moyen de pression considérable pour amorcer davantage de changements en Chine. *Charles Tannock est le porte-parole pour les Affaires étrangères du Parti conservateur britannique, et le rapporteur européen sur la dimension orientale de la PEV. © Project Syndicate, 2008. Traduit de l’anglais par Magali Adams.
Alors que les protestations contre la Chine font rage au Tibet et que le débat sur la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo continue à déranger, l’injustice de l’isolement international de Taïwan suscite à peine une once d’intérêt, alors que les élections présidentielles et le référendum sur l’adhésion aux Nations unies s’y sont tenus récemment. Ce manque d’intérêt n’est pas seulement irréfléchi, il peut s’avérer dangereux. Ce traitement apparemment inégal s’explique en partie par un sentiment de culpabilité : la majeure partie de l’Occident a accepté l’indépendance du Kosovo pour soulager sa conscience, car elle n’a pas empêché la campagne d’épuration ethnique de Slobodan Milosevic. De même, une grande partie du monde se range aux côtés du Tibet car des millions et...