La concurrence entre le Premier ministre, Fouad Siniora, et le président de la Chambre, Nabih Berry, est arrivée à son paroxysme, à tel point que les deux hommes se font la course pour arriver chacun avant l’autre au Caire, à Amman ou dans toute autre capitale arabe capable de jouer de son influence pour aider à la résolution de la crise libanaise. Cette course coïncidait hier avec la 33e commémoration de la guerre civile libanaise. Une guerre que les Libanais ont commencé par mener contre les Palestiniens et qui s’est ensuite retournée contre eux pour se transformer en une guerre civile qui a causé des centaines de victimes, des milliers de disparus et de handicapés.
Un ambassadeur européen en poste à Beyrouth a pour sa part qualifié cette concurrence de « ridicule » et qui ne se suffit pas de la scène interne, mais s’exporte aujourd’hui sur la scène régionale, entre Le Caire, Riyad, Amman, Doha, Abou Dhabi et Koweït City.
« La différence entre les deux hommes, c’est que l’un a inauguré sa tournée arabe en visitant Damas alors que l’autre se refuse toujours à y aller en dépit des trois invitations qu’il a reçues en ce sens », a souligné le diplomate précité, avant d’ajouter que M. Siniora a, « à chaque fois, invoqué des prétextes différents » pour ne pas se rendre en Syrie, « ce qui pousse ce pays et l’opposition libanaise à le critiquer très durement ». L’ambassadeur a aussi appelé les parties libanaises à « libaniser la solution et à assumer les responsabilités qui leur incombent après l’échec des initiatives française et arabe, ou du moins l’impossibilité de les appliquer jusqu’à présent ».
Des sources ministérielles ont par ailleurs indiqué que la visite du président de la Chambre en Égypte est la deuxième étape après la Syrie, mais celle-ci n’a pas eu de résultats directs car le président égyptien Hosni Moubarak n’a pas manqué de faire savoir à Nabih Berry que lui-même et le roi d’Arabie saoudite Abdallah ben Abdel Aziz sont pour le dialogue au Liban, mais après l’élection du commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane, à la présidence de la République. Ce dernier étant un candidat consensuel, son élection correspond à l’application de la première clause de l’initiative arabe qui a été approuvée à l’unanimité, y compris par la Syrie. C’est seulement après l’élection de M. Sleimane que M. Berry pourra prendre en charge la tenue d’un nouveau round de dialogue sur les autres points à résoudre : la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’amendement de la loi électorale, ainsi que l’assainissement des relations libano-syriennes. Sur ce dernier point, M. Berry pourra bénéficier des bonnes relations qu’il entretient avec les responsables syriens, et le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, pourra aussi jouer un rôle efficace dans ce contexte. Les sources précitées ajoutent que Hosni Moubarak « n’a pas été convaincu par l’exposé de Nabih Berry concernant son initiative car celle-ci n’est pas nouvelle et ne comporte pas de garanties qui puissent assurer son succès ». « Les propositions de M. Berry n’impliquent pas que tous les pôles de l’opposition y adhèrent, à l’instar de Michel Aoun dont les positions ont poussé Amr Moussa à quitter Beyrouth après qu’il se fut rendu compte que ses efforts avaient été pris dans un cercle vicieux », ont aussi mis en avant les sources précitées. Celles-ci ont aussi indiqué que le président Moubarak estime que la crise libanaise ne pourra pas être résolue en l’absence d’un accord entre l’Arabie saoudite et la Syrie. Toutefois, les désaccords entre ces deux pays restent toujours aussi importants en dépit de l’élargissement des contacts régionaux tendant à assainir les relations entre eux. Cette position affichée par M. Moubarak ne signifie pas qu’il soit contre le dialogue entre les différentes parties libanaises, mais pour lui, précisent ces mêmes sources, l’important est de « déterminer son plafond et ses chances de réussite, ainsi que la souplesse que l’opposition est prête à consentir à cet égard pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale ou pour discuter des circonscriptions électorales ».
Pour ces sources, M. Berry a déjà dit plusieurs fois que l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Syrie détiennent la clé de la solution au Liban, même s’il n’a toujours pas réussi à décrocher un rendez-vous en Arabie saoudite. Il a néanmoins dormi hier à Ryad et s’est réuni avec le chef des services de renseignements égyptiens Omar Sleimane qui se trouvait également dans la capitale saoudienne.
Du côté du Premier ministre, ses discussions avec le roi de Jordanie Abddallah II ont été axées sur la manière de surmonter l’impasse qui sévit aujourd’hui au Liban sur le plan politique, surtout que de nouvelles échéances approchent, ce qui sera d’ailleurs de nature à compliquer encore plus la situation si l’initiative arabe ne trouve toujours pas d’application. Le risque le plus concret, selon les sources précitées, c’est que le Liban se retrouve sans Parlement, le mandat de l’Assemblée prenant fin dans un an environ.
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Un ambassadeur européen en poste à Beyrouth a pour sa part qualifié cette concurrence de « ridicule » et qui ne se suffit pas de la scène interne,...