Les impasses éternelles, cela n’existe pas en politique car tout pourrissement porte inévitablement en lui les germes d’une nouvelle donne. Des bulles finissent toujours par crever la surface des eaux que l’on croyait mortes ; et quand prolifèrent les bulles, c’est un bouillonnement que l’on a. Même le déjà-vu – ou entendu – revêt alors des couleurs inédites.
Il n’est pas question d’un quelconque marché dont ferait les frais le tribunal Hariri (et avec lui, bien évidemment, le Liban) : ce genre d’assurances n’est pas vraiment chose nouvelle dans la bouche des responsables américains. C’est bien la première fois en revanche qu’une Condoleezza Rice, déposant mercredi devant le Congrès, exclut tout arrangement visant à épargner non plus à la Syrie, non plus au régime de Damas, mais très explicitement à la famille Assad, les graves retombées judiciaires de cette affaire. La nuance est de taille certes ; la nouveauté ne s’arrête pas là cependant.
Car si tant de dénégations officielles s’avèrent périodiquement nécessaires, c’est que l’idée d’un tel troc est bel et bien dans l’air, qu’elle ne hante pas seulement les cauchemars des Libanais, qu’elle est marketisée par plus d’un entremetteur, qu’elle circule sous le dôme même du Capitole. Ainsi, la secrétaire d’État US ne faisait que répondre au sénateur républicain de Pennsylvanie Arlen Specter, qui suggérait précisément des pourparlers sur d’éventuelles indulgences du tribunal international en échange : une piste méritant peut-être d’être explorée, ajoutait-il, citant à ce propos le roi Abdallah de Jordanie qui se serait fait l’écho des lancinants soucis du président syrien.
En réalité, Specter eut très bien pu se passer du royal parapluie pour avancer son indécente proposition : membre éminent du lobby pro-israélien, le sénateur s’est beaucoup dépensé aussi, ces dernières années, pour promouvoir un règlement de paix avec la Syrie, le dernier en date de ses nombreux séjours à Damas remontant au mois de décembre dernier. Tout s’explique, on le voit ; il est probable que toutes ces bonnes âmes ne se le tiendront pas pour dit et, tout compte fait, il faut espérer que l’Administration américaine ne se lassera jamais de nous rebattre les oreilles avec ses protestations d’attachement à l’intégrité du tribunal.
Profusion de bulles, de même, dans la mare domestique, après une longue période d’immobilisme. Au sein du 8 comme du 14 Mars, l’uniformité du ton a fait place à des avis singuliers, sinon discordants. De plus en plus, les offres et suggestions des uns suscitent des réactions diverses auprès des autres, au point que l’on ne sait plus très bien parfois qui parle pour qui... et à qui. De tous ces développements, le plus notable est la rupture intervenue entre le député Michel Murr et le Courant patriotique libre du général Aoun, et dont les conséquences politiques et électorales sont évidentes.
Ce divorce, on le voyait venir depuis quelque temps, certes. Mais dans un pays où les retournements de veste ne sont guère chose exceptionnelle, celui-ci ne laisse pas de faire figure de bombe à retardement, de déflagration longue. Lors du séisme de 2005, Murr s’est bien gardé de renier ses anciens protecteurs syriens et de rejoindre, comme tant d’autres, le camp souverainiste. Mais ce professionnel de la survie politique dont le propre fils, le ministre de la Défense Élias Murr, n’a pas été épargné par la criminelle campagne terroriste, ne s’est pas rallié non plus aux thuriféraires de la Syrie : il s’est seulement allié à l’allié des alliés de celle-ci. Ce n’est pas son dernier avatar qui surprend (et fort agréablement, pourrait-on ajouter), c’est l’explication qu’il en livre : à savoir la totale soumission du grand démocrate qu’il est, comme tout le monde sait, à la pressante et irrésistible volonté d’un peuple que l’on s’obstine à priver de président. On peut naturellement croire ou non à ce beau discours. Reste le fait que même lorsqu’elle sert d’alibi pour les plus spectaculaires des sauts de carpe, il est bon d’en entendre parler, cette malheureuse vox populi, couverte jusqu’à l’écrasement par les vociférations des politiques.
Autre bulle de réconfort, qui n’a rien à voir avec ce qui précède : c’est l’admirable, la généreuse, l’intelligente offre de dialogue faite par l’ayatollah Mohammad Hussein Fadlallah au député néerlandais ultra Geert Wilders, auteur du film très controversé Fitna qui prétend illustrer le rôle prépondérant de la violence dans les conflits entre musulmans. Point d’appel à quelque protestation de rue ou boycottage de la part de cet homme dont les lumières lui ont valu la défiance des mollahs d’Iran, mais seulement une sereine disponibilité pour l’explication, Livre saint à l’appui. En ces temps de délires fanatiques, le fait mérite d’être salué.
Issa GORAIEB
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Il n’est pas question d’un quelconque marché dont ferait les frais le tribunal Hariri (et avec lui, bien évidemment, le Liban) : ce genre d’assurances n’est pas vraiment chose nouvelle dans la bouche des responsables américains. C’est bien la première fois en revanche qu’une Condoleezza Rice, déposant mercredi devant le Congrès, exclut tout arrangement visant à épargner non plus à la Syrie, non plus au régime de Damas, mais très...