Le boycott par le gouvernement libanais du sommet de Damas a touché le régime syrien en plein dans le mille. La nervosité perceptible sur le visage de Walid Moallem hier en dit long sur le sujet. D’autant qu’au rejet par le Liban de l’invitation syrienne s’ajoute l’absence des principaux chefs d’État arabes, qui a dû faire mal, très mal, au Baas des Assad qui caressait le rêve d’une réhabilitation arabe générale, pour échapper à l’isolement drastique dans lequel il est actuellement confiné. Bienveillance iranienne à part, bien entendu.
En effet, le régime syrien n’a jamais été aussi mal en point, en dépit des nombreuses cartes qu’il détient dans la région, de Gaza jusqu’à Fallouja, sans oublier les sentiers divins de Haret Hreik. Et seule une attitude arabe bienveillante, conciliante, aurait pu le soustraire aux affres du tribunal international, de sa marginalisation par l’Occident… et du refus israélien de négocier avec lui (en dépit des nombreux appels qu’il a lancés en ce sens à Tel-Aviv). Et si le monarque saoudien avait accepté de serrer la main à son homologue syrien, à Damas même, c’est une véritable bouée de sauvetage qu’aurait offerte, dans sa paume ouverte, Abdallah ben Abdel-Aziz à l’homme fort de la Syrie.
Mais Bachar el-Assad a commis l’erreur que son paternel prédécesseur avait soigneusement évitée tout au long de ses trois décennies de règne. À savoir, brûler les ponts avec l’Arabie saoudite, et derrière elle l’Égypte. Le chef wahhabite a alors préféré serrer le poing – une attitude que le Liban attend depuis les années 1970 – entraînant avec lui le président égyptien, le souverain marocain, le président palestinien, le roi jordanien, etc. Et Damas a non seulement été privé d’accueillir ses principaux invités arabes, mais il a été également boudé par ce même Liban qui a été gouverné par ses officiers de longues années durant.
Ostracisé par le monde arabe, le régime du Baas a préféré s’enfoncer davantage dans cette même position qui l’a placé dans le pétrin actuel. Ainsi, alors que l’ambassadeur syrien auprès de la Ligue accusait le Premier ministre libanais d’être « inféodé à Washington », l’amphitryon du sommet a refusé de permettre au Premier ministre Siniora de s’exprimer par voie satellitaire lors de la réunion. Tout comme la Syrie, par l’intermédiaire d’Émile Lahoud, avait privé l’ancien président palestinien Yasser Arafat de prendre la parole au sommet de Beyrouth, alors qu’il était assiégé dans sa mouqataa de Ramallah.
De plus, tentant de renvoyer la patate chaude libanaise dans les mains des Saoudiens, Walid Moallem a appelé hier Ryad à « user de son influence sur la majorité pour permettre le dénouement de la crise ». Ces propos accusent en filigrane le royaume pétrolier et le 14 Mars d’être à l’origine de l’impasse politique, ce qui ne laisse présager aucun adoucissement à court terme des positions de Damas et de l’opposition.
Cette même opposition a dénoncé hier, par la voix de plusieurs de ses ténors, la décision de boycott qu’a adoptée le gouvernement, avertissant, un brin menaçant, que « cette attitude ne fera qu’exacerber la crise ». De ce discours ressortent deux éléments fondamentaux. En premier, la condamnation par l’opposition de l’absence du cabinet au sommet montre que Damas aurait été ravi d’accueillir un émissaire gouvernemental libanais. De plus, cette position met en relief un paradoxe ostentatoire dans le discours du 8 Mars qui taxe le gouvernement d’« illégitimité », tout en lui demandant de représenter le Liban, majorité et opposition incluses, lors d’une conférence étrangère.
Par ailleurs, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah a implicitement reconnu que Damas est responsable de l’obstruction de l’application des décisions du « dialogue national » libanais. Mohammad Raad s’est en effet interrogé sur le fait de savoir si « l’absence du Liban au sommet accroîtrait les pressions sur la Syrie afin qu’elle donne une suite favorable aux décisions du dialogue national portant sur le tracé des frontières, et le règlement du dossier des détenus et disparus libanais en Syrie », pour répondre ensuite à cette question par la négative.
Ces propos contiendraient-ils un message implicite adressé à la Syrie ? L’assassinat de Imad Moghniyé, à Damas même a-t-il généré un différend entre le parti de Dieu et son principal allié arabe ?
Cette interrogation est d’autant plus légitime que le Hezbollah a accusé Israël d’être derrière l’assassinat de son haut responsable sécuritaire, alors que le régime syrien a rechigné à pointer l’État hébreu du doigt. L’affaire Moghniyé semble donc embarrasser le Baas syrien dont l’enquête « sérieuse » dans ce dossier n’a toujours pas abouti à des résultats tangibles. Ou du moins ces résultats n’ont pas été rendus publics.
Néanmoins, certains médias locaux ont affirmé, au cours des derniers jours, que, suite au boycott saoudien du sommet, Damas pourrait publier des informations « troublantes » pour Ryad, au sujet de l’assassinat de Imad Moghniyé. Tout comme ces mêmes médias avaient accusé les Hariri et l’Arabie saoudite d’avoir financé Fateh el-Islam…
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En effet, le régime syrien n’a jamais été aussi mal en point, en dépit des nombreuses cartes qu’il détient dans la région, de Gaza jusqu’à Fallouja, sans oublier les sentiers divins de Haret Hreik. Et seule une attitude arabe bienveillante, conciliante, aurait...