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Actualités - Opinion

Tirs de « joie », symptômes de délinquance Mahmoud HARB

Les tirs de « joie » sont devenus un phénomène récurrent et habituel auquel on assiste systématiquement à chaque intervention télévisée d’un leader de la majorité et de l’opposition. Ils se sont même mués en traits de la vie quotidienne, en habitude pavlovienne : dès que l’on entend des détonations, la question de savoir qui parle sur le petit écran se pose automatiquement. Et au terme d’un bref zapping, c’est l’image télévisée d’un leader qui répond infailliblement à l’interrogation. Saad Hariri prône-t-il l’édification d’un État de droit devant la caméra de la Future TV ? Les quartiers sunnites de la capitale, depuis Tarik Jédidé et jusqu’à Aïcha Bakkar, s’embraseront, au vu et au su des forces de l’ordre qui sont censées monopoliser l’usage de la violence. Hassan Nasrallah lâche-t-il quelques divines flèches verbales contre Israël ? Ses partisans se déchaîneront contre l’espace aérien libanais que le parti de Dieu prétend vouloir protéger contre les incursions des chasseurs israéliens. Nabih Berry, qui rechigne à s’exprimer depuis sa tribune de président du Parlement, accorde-t-il une interview-fleuve à telle ou telle chaîne ? Nous voilà partis pour trois heures de célébrations explosives. Le phénomène touche tous les partis politiques monolithiques, sans exception aucune. Néanmoins, l’apport fondamental, l’innovation ingénieuse des partisans de l’opposition dans ce domaine consiste en l’utilisation des gros calibres pour manifester leur euphorie face aux paroles éloquentes de leurs chefs. Ou autrement dit, les tirs issus de chaque rue sont proportionnels à l’arsenal dont dispose la formation qui la domine. Là où les supporteurs de Saad Hariri utilisent un pistolet, les zélateurs de Hassan Nasrallah ont recours aux armes automatiques. Là où les fans du Courant du futur appuient sur les gâchettes de leurs kalachnikovs, les adeptes du parti de Dieu et leurs confrères d’Amal épaulent leurs RPG et leurs autres instruments à feu qu’un dilettante du lexique militaire ne saurait désigner que par « ces-machins-qui-provoquent-des-détonations-sourdes-profondes-et-terrifiantes ». En tout état de cause, le problème ne réside évidemment pas dans la lourdeur du calibre mais dans la pratique primitive en elle-même, d’autant que ces agissements tendent à être érigés en coutumes « politiques ». Au-delà du dérangement occasionné aux riverains en terme de bruit et en terme d’évocation des souvenirs de la guerre civile, les tirs en l’air sont des symptômes de la dégénérescence d’une culture populaire, en terme de banalisation de l’usage des armes, de mépris de la loi et d’institutionnalisation de la violence. Les tirs de joie ne sont bien évidemment pas des démonstrations d’un bonheur irrésistible et intempestif. Il est même fort à douter que ceux qui bombardent le ciel de Beyrouth aient écouté auparavant le débit de leur chef. La salve est devenue un moyen d’expression identitaire, une façon primaire pour les inconditionnels de telle ou telle collectivité de dire : « Nous sommes là, nous resterons ici et gare à celui qui songerait à nous déloger ou à nous imposer son hégémonie. » L’on a en effet brisé tous les tabous. La majorité a osé franchir la barre en qualifiant le Hezbollah de « milice ». Le parti de Dieu n’a pas hésité à taxer en retour les pôles du 14 Mars d’« agents sionistes ». Le verbe a donc perdu son pouvoir de nuisance. Et la balle a pris le relais de la parole. Le discours politique a désormais besoin d’être relayé par les décharges qui, tout en partant de canons orientés vers les nues, finissent par toucher la pratique politique en elle-même, c’est-à-dire les fondements de l’organisation sociétale. Beaucoup plus qu’un acte commis par des éléments indisciplinés, et bien plus qu’une habitude ponctuelle et éphémère, il s’agit avant tout d’un signe de délinquance sociale généralisée. D’un réveil des instincts miliciens, d’un retour aux modes d’expression claniques et tribaux, qu’il faut étouffer dans l’œuf. Car si le phénomène continue de prendre de l’ampleur, il n’est pas impossible qu’un de ces tristes jours, il n’y ait plus d’images de leaders à la télévision pour justifier les tirs que l’on aurait entendus.
Les tirs de « joie » sont devenus un phénomène récurrent et habituel auquel on assiste systématiquement à chaque intervention télévisée d’un leader de la majorité et de l’opposition. Ils se sont même mués en traits de la vie quotidienne, en habitude pavlovienne : dès que l’on entend des détonations, la question de savoir qui parle sur le petit écran se pose automatiquement. Et au terme d’un bref zapping, c’est l’image télévisée d’un leader qui répond infailliblement à l’interrogation.
Saad Hariri prône-t-il l’édification d’un État de droit devant la caméra de la Future TV ? Les quartiers sunnites de la capitale, depuis Tarik Jédidé et jusqu’à Aïcha Bakkar, s’embraseront, au vu et au su des forces de l’ordre qui sont censées monopoliser l’usage de la violence.
Hassan Nasrallah...