Mètre par mètre, les promeneurs reconquièrent les sentiers littoraux de la Côte d’Azur, objet d’âpres batailles entre pouvoirs publics et propriétaires de domaines « les pieds dans l’eau », surtout lorsqu’ils s’appellent Roman Abramovitch ou sont membres de la famille royale d’Arabie saoudite.
Longer à pied les 128 km de rivage de Théoule-sur-Mer à Menton (Alpes-Maritimes) ne relève plus totalement de l’utopie : « C’est notre objectif à terme », assure Jean-Marie Carteirac, directeur départemental de l’équipement (DDE), fier de présenter la nouvelle doctrine de « reconquête du domaine maritime » par l’État. Les contraintes topographiques n’expliquent pas toutes les portions manquantes du sentier littoral : le chemin est souvent arrêté par un mur, un escalier privatif vers la mer, un ponton particulier, édifiés par des propriétaires sur une partie du domaine public maritime. Ces ouvrages ont généralement vu le jour grâce à une autorisation d’occupation temporaire (AOT) obtenue auprès des services de l’État pour une durée de cinq ans renouvelables. « Nous avons recensé 372 AOT dans le département. Nous avons décidé de ne plus en accorder de nouvelles. Et quand celles existantes arrivent à terme, nous refusons désormais de les renouveler ou bien nous exigeons des améliorations notables », affirme M. Carteirac.
Le discours devrait réjouir l’association de protection du littoral Cesam 06, en lutte depuis dix ans pour rendre les chemins maritimes aux promeneurs. Son combat le plus ancien – l’achèvement du sentier entre Nice et Villefranche-sur-Mer – devrait trouver son épilogue dans les prochains mois. Après d’interminables tractations, le franchissement d’une portion de littoral adossée au plus prestigieux palace niçois – ancienne résidence du poète Maurice Maeterlinck – va être réalisé.
Mais d’autres points noirs subsistent, note Jean Clary-Bousquet, président de Cesam 06, où la volonté affichée par les services de l’État semble céder face au poids des intérêts particuliers. À la pointe du Cap d’Antibes, l’Hôtel Eden Roc est ce havre de luxe où le Tout-Hollywood trouve refuge chaque année loin de l’agitation de la Croisette cannoise. « Le sentier doit contourner tout le domaine, alors même que la justice a prononcé en 2005 une ordonnance de démolition de 500 m2 d’ouvrages nautiques bâtis par l’Eden Roc sur le domaine maritime et dont l’AOT a expiré en 1983 ! » s’indigne M. Clary-Bousquet. Le DDE fait valoir qu’un « conciliateur » a été nommé sur ce dossier. « Une conciliation comme avec la famille royale d’Arabie saoudite ? » raille le président de Cesam 06. En juillet 2006, fut célébrée en grande pompe la décision de la monarchie saoudienne de financer à hauteur de 600 000 euros la réalisation d’un sentier public en bordure de la propriété de 6 000 m2 qu’elle possède à Golfe-Juan. « En échange, l’État ferme les yeux sur les constructions illégales de son domaine », affirme Jean Clary-Bousquet.
Un sentier littoral, c’est bien, avec vue sur la mer, c’est encore mieux : les nombreux couloirs bétonnés, passages souterrains et barbelés censés « protéger » les riverains le long du parcours n’ont pas fini de mobiliser les défenseurs de l’environnement.
Mètre par mètre, les promeneurs reconquièrent les sentiers littoraux de la Côte d’Azur, objet d’âpres batailles entre pouvoirs publics et propriétaires de domaines « les pieds dans l’eau », surtout lorsqu’ils s’appellent Roman Abramovitch ou sont membres de la famille royale d’Arabie saoudite.
Longer à pied les 128 km de rivage de Théoule-sur-Mer à Menton (Alpes-Maritimes) ne relève plus totalement de l’utopie : « C’est notre objectif à terme », assure Jean-Marie Carteirac, directeur départemental de l’équipement (DDE), fier de présenter la nouvelle doctrine de « reconquête du domaine maritime » par l’État. Les contraintes topographiques n’expliquent pas toutes les portions manquantes du sentier littoral : le chemin est souvent arrêté par un mur, un escalier privatif vers la mer, un...
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