Par le Dr Sophie NIVOIX*
Le financement des petites et moyennes entreprises innovantes soulève un problème auquel peu de pays ont pu apporter une réponse durable. Si, comme toutes les firmes, les entreprises innovantes peuvent panacher leurs sources de financement entre les apports de leurs actionnaires actuels, leur autofinancement et les emprunts bancaires, elles se heurtent à une difficulté supplémentaire. Celle-ci tient à la nécessité de financer des dépenses de recherche et développement, sans lesquelles elles accusent rapidement un retard technologique difficilement rattrapable. Il s’agit donc de trouver des financements élevés, pour des projets risqués mais potentiellement très rémunérateurs, et ceci de façon répétée.
Lors de la création de l’entreprise, le capital-risque puis le capital-investissement peuvent résoudre ce problème de manque de fonds. Mais rapidement les montants nécessaires dépassent les capacités d’un petit groupe d’investisseurs, et l’entreprise doit pouvoir solliciter des fonds de façon plus large. C’est là qu’un maillon crucial de la chaîne de financement intervient : l’introduction sur le marché boursier.
Il apparaît en effet vital pour certaines entreprises de pouvoir accéder à la cotation, non seulement pour compléter un financement insuffisant par ailleurs, mais également pour permettre aux investisseurs en capital-risque de sortir de l’entreprise. Ces investisseurs ont vocation à accompagner la phase de création, mais ont besoin de revendre leurs actions après quelques années afin de pouvoir financer de nouvelles entreprises. Et sans un marché financier suffisamment liquide, c’est l’ensemble du cycle de financement qui risque d’être ralenti. Si le principe est clair, la mise en place d’un compartiment du marché des actions accessible aux petites et moyennes entreprises innovantes pose un double problème, de taille et de liquidité.
Ainsi, voulant s’inspirer du succès du célèbre Nasdaq américain, antichambre de la cotation sur le premier compartiment du marché et prélude pour certaines valeurs à l’entrée dans un grand indice, les Bourses européennes ont créé des segments de cotation de ce type. En France, le second marché a vu le jour en 1983, remplacé par le nouveau marché en 1996, lui-même accompagné de compartiments identiques sur les Bourses de Francfort, Amsterdam, Bruxelles ou Milan. Malheureusement, ceux-ci ont rencontré un écueil récurrent, particulièrement sensible après l’éclatement de la bulle Internet de 2000, qu’est le manque de liquidité. Ce manque provoque un tarissement des fonds destinés au capital-risque, qui entraîne à son tour un manque de sociétés venant se faire coter. La dernière réponse en date à ce problème a été la création d’Alternext en 2005 sur Euronext Paris, qui vise à devenir le compartiment de référence de la zone euro pour la cotation des valeurs moyennes. Fort de 111 valeurs fin 2007, de 5 milliards d’euros de capitalisation et de 10 millions d’euros échangés par jour, Alternext est encore loin de son homologue britannique AIM (Alternative Investment Market) avec 1 700 sociétés cotées et 150 milliards d’euros de capitalisation. Celui-ci a résolu à la fois son problème de liquidité et de taille critique, avec il est vrai plusieurs centaines de valeurs non britanniques et une forte proportion d’investisseurs américains. Souhaitons à Alternext de tirer pareil bénéfice de l’alliance d’Euronext avec le NYSE, et de l’intégration des nouveaux pays de l’Union européenne.
* Spécialiste de finance à l’Université de Poitiers, professeur à l’ESA.
En coopération avec l'ESA
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