Rechercher
Rechercher

Actualités

La sinisation du Tibet, un boomerang pour Pékin

Si la Chine vante la réussite économique au Tibet ces dernières années, nombre de Tibétains et leurs défenseurs dénoncent une « colonisation » qui nourrit une haine antichinoise. Pour Pékin, les chiffres et les faits parlent d’eux-mêmes : la croissance a progressé de 15 % en 2007, plus que la moyenne nationale, le niveau de vie moyen augmente et les investissements affluent. Il est vrai qu’aux yeux des voyageurs étrangers, Lhassa ressemble déjà à n’importe quelle ville de Chine moderne, gratte-ciel en moins. Les commerces, les hôtels, les restaurants et concessionnaires automobiles abondent. Les bordels aussi. « Lhassa est totalement méconnaissable, c’est véritablement une colonisation semblable à l’expansion coloniale britannique ou française qu’on a connue dans le passé, cela y ressemble comme deux gouttes d’eau », estime Claude Levenson, écrivain et spécialiste du Tibet. L’économie crée certes des emplois pour certains Tibétains, mais elle profite essentiellement aux Chinois qui sont de plus en plus nombreux à Lhassa, notamment grâce au train qui relie la région au reste de la Chine depuis 2006. Des passagers qui débarquent en gare de Lhassa, la majorité sont des Chinois hans, commerçants et fonctionnaires. « La Chine a inondé le Tibet de colons chinois, elle déverse de l’argent dans de mégaprojets comme le train qui accroît son contrôle, elle attaque brutalement la culture tibétaine et la religion », affirme Tenzin Dorjee, vice-directeur de l’organisation Students for a Free Tibet. « Alors que le monde entier a les yeux tournés vers Pékin et les Jeux olympiques, cette frustration qui explose est la conséquence naturelle de cette politique », ajoute-t-il. Selon la représentation de l’ONU à Pékin, les trois quarts des habitations du quartier historique tibétain de Lhassa ont été détruites depuis cinq ans. Le gouvernement avance que les Tibétains représentent 93,5 % de la population dans la région et 87 % à Lhassa. Les Tibétains exilés crient à la supercherie. Comme pour apporter de l’eau à leur moulin, les autorités locales admettent que ces statistiques ne prennent pas en compte la « population flottante ». « C’est véritablement des déplacements de population, car les conditions faites aux Chinois qui partent au Tibet sont meilleures que celles qu’ils connaissent chez eux. Avec le train inauguré en 2006, les communications sont plus faciles et on fait miroiter le Tibet comme un eldorado, un Far West, aux Chinois pauvres », explique Mme Levenson qui parle du « ras-le-bol » des Tibétains. À ceux qui, comme le dalaï-lama, dénoncent le « génocide culturel » au Tibet, le gouvernement chinois donne une leçon d’histoire. « Si quelque chose a été détruit au Tibet, ce n’est pas la culture tibétaine, l’environnement ou la religion, mais plutôt le système féodal qui a été détruit pour de bon », déclarait mardi dernier Qing Gang, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Si la Chine vante la réussite économique au Tibet ces dernières années, nombre de Tibétains et leurs défenseurs dénoncent une « colonisation » qui nourrit une haine antichinoise.
Pour Pékin, les chiffres et les faits parlent d’eux-mêmes : la croissance a progressé de 15 % en 2007, plus que la moyenne nationale, le niveau de vie moyen augmente et les investissements affluent. Il est vrai qu’aux yeux des voyageurs étrangers, Lhassa ressemble déjà à n’importe quelle ville de Chine moderne, gratte-ciel en moins. Les commerces, les hôtels, les restaurants et concessionnaires automobiles abondent. Les bordels aussi. « Lhassa est totalement méconnaissable, c’est véritablement une colonisation semblable à l’expansion coloniale britannique ou française qu’on a connue dans le passé, cela y ressemble comme...