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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE L’élection législative iranienne a-t-elle une importance ?

Par Karim Sadjadpour* Faut-il prendre au sérieux les élections législatives qui vont avoir lieu en Iran le 14 mars ? Ne s’agit-il pas tout simplement d’un semblant de vote pour une institution émasculée ? Paradoxalement, les élections iraniennes sont anormales tant pour un régime démocratique que pour un régime autocratique. Bien qu’elles ne soient ni libres ni justes, il existe de vraies différences entre les candidats, et les résultats sont souvent imprévisibles. Contrairement aux élections truquées dans lesquelles les vainqueurs sont prédéterminés, le système iranien permet d’avoir une véritable élection entre différents candidats présélectionnés. Personne, ou presque, n’aurait prévu la victoire du réformiste Mohammad Khatami à la présidentielle de 1997, et encore moins de personnes avaient vu venir la victoire du président Mahmoud Ahmadinejad, représentant de la ligne dure, en 2005. Pour ceux qui considèrent le système démocratique iranien comme un verre à moitié plein, les élections parlementaires du 14 mars, 28es élections nationales depuis la fondation de la République islamique en 1979, enracineront un peu plus au Moyen-Orient cette culture politique unique. Comme l’a dit l’intellectuel iranien Mohsen Milani : « C’est par ce système, en dépit de ses graves défauts, que l’on peut espérer voir des changements se produire dans la politique iranienne. » Toutefois, il y a aussi des raisons de voir le système démocratique iranien comme un verre à moitié vide. Les candidats jugés insuffisamment pieux ou pas assez loyaux envers la Constitution théocratique du pays ne peuvent pas participer. Cette année, des centaines de candidats réformistes ont été disqualifiés. Un petit-fils de l’ayatollah Khomeyni lui-même a abandonné la course après avoir été disqualifié, ses valeurs religieuses et sa loyauté politique ayant été remises en question. En outre, les 290 membres du Majlis (Parlement iranien) ne jouent qu’un rôle secondaire dans l’appareil politique iranien. De l’extérieur, c’est un Parlement comme n’importe quel autre, dont les membres rédigent des lois, ratifient les traités internationaux et votent le budget annuel de la nation. En théorie, le Majlis a même le pouvoir de congédier les ministres et de mettre en accusation le président en cas de mauvaise conduite. En pratique, toutefois, toutes les décisions du Majlis sont soumises à l’approbation du Conseil des gardiens, corps de douze juristes non élus (ils sont tous directement ou indirectement nommés par le guide suprême, l’Ayatollah Khamenei) qui a le pouvoir constitutionnel de contrôler tous les candidats aux élections et d’opposer son veto à toute législation du Parlement. Ainsi, en 2003, lorsque le Parlement réformiste a voté une loi destinée à limiter le pouvoir dudit Conseil des gardiens, ce dernier l’a bien entendu rejetée. Néanmoins, dans un système politique où les décisions se prennent par consensus, le Majlis peut jouer un rôle important en encadrant les débats nationaux. Le Parlement à dominante réformiste de 2000-2004 comptait parmi ses membres des alliés de M. Khatami, qui cherchaient à étendre le domaine des discours politiques acceptables, à défendre la démocratie et les droits de l’homme, et à encourager une approche plus conciliante de la politique extérieure. À l’inverse, le Parlement actuel, élu suite à une purge massive de réformistes, a commencé sa séance d’inauguration en psalmodiant « Mort aux États-Unis. » Ses membres adhèrent aux idées de conservatisme social de M. Ahmadinejad et partagent son aversion pour les compromis diplomatiques sur la question du nucléaire. Pour les prochaines élections du Majlis, la bataille entre conservateurs et réformistes a été supplantée par une autre, entre les sympathisants purs et durs de M. Ahmadinejad, et d’autres conservateurs plus pragmatiques et moins attachés à l’idéologie révolutionnaire. Ce dernier groupe s’est rassemblé sous la houlette de Ali Larijani, ancien négociateur en chef du nucléaire iranien, de Mohammad Bagher Ghalibaf, maire de Téhéran, et de Mohsen Rezaï, ancien commandant en chef des gardiens de la révolution. Considérés eux aussi comme des partisans de la ligne dure il y a trois ans, ces trois leaders paraissent aujourd’hui modérés, en comparaison avec M. Ahmadinejad. Le talon d’Achille des partisans de la ligne dure est la mauvaise gestion économique de M. Ahmadinejad. Les coupures de chauffage en plein milieu de l’hiver rigoureux de cette année ont fait plus de 60 morts. L’Iran est sans doute le seul grand producteur de pétrole dont la population affirme que les conditions économiques se sont détériorées en dépit du triplement du cours du pétrole. Cela devrait profiter aux conservateurs plus pragmatiques. Toutefois, les élections iraniennes restent notoirement imprévisibles pour deux raisons. Tout d’abord, il est difficile de connaître le point de vue de la population en dehors de la capitale. Bien que Téhéran soit le cœur et l’âme politique de l’Iran, son influence sur le reste du pays a diminué en raison de la faible participation des électeurs citadins mécontents. M. Ahmadinejad l’a bien compris. C’est pourquoi il se rend fréquemment dans les provinces faire moult promesses d’aides économiques. Ensuite, dans ce pays qui manque de partis politiques organisés, le rôle joué dans la campagne par les organisations paramilitaires et militaires loyales à l’Ayatollah Khamenei pourrait être décisif. En 2005, leur mobilisation massive avait contribué à la victoire de M. Ahmadinejad. Il est peu probable qu’une victoire des conservateurs plus pragmatiques ait un effet marqué sur la politique extérieure iranienne. Toutefois, ce serait un répit bienvenu pour les Iraniens et les membres de la communauté internationale qui s’inquiètent de voir le retour apparent de l’Iran vers le radicalisme révolutionnaire. Il serait prématuré d’écrire la nécrologie politique de M. Ahmadinejad en cas de défaite de ses alliés, mais leur victoire augmenterait les chances de le voir réélu en juin 2009. Pour cette raison seulement, l’élection à venir doit être prise au sérieux. * Karim Sadjadpour est membre de la Fondation Carnegie pour la paix internationale. © Project Syndicate, 2008. Traduit de l’anglais par Yann Champion.
Par Karim Sadjadpour*

Faut-il prendre au sérieux les élections législatives qui vont avoir lieu en Iran le 14 mars ? Ne s’agit-il pas tout simplement d’un semblant de vote pour une institution émasculée ?
Paradoxalement, les élections iraniennes sont anormales tant pour un régime démocratique que pour un régime autocratique. Bien qu’elles ne soient ni libres ni justes, il existe de vraies différences entre les candidats, et les résultats sont souvent imprévisibles. Contrairement aux élections truquées dans lesquelles les vainqueurs sont prédéterminés, le système iranien permet d’avoir une véritable élection entre différents candidats présélectionnés. Personne, ou presque, n’aurait prévu la victoire du réformiste Mohammad Khatami à la présidentielle de 1997, et encore moins de personnes avaient...