À la lecture des procès-verbaux des rencontres quadripartites place de l’Étoile, on s’aperçoit que les témoignages ultérieurs, drapés d’un écran de fumée, sont truffés de contre-vérités et d’imprécisions voulues. Bien que, finalement, l’on s’y retrouve grosso modo par rapport aux positions de base, toujours inconciliables. Les protagonistes se livrent donc là, sur le plan de la communication, à un jeu subtil du vrai et du faux. Chacun tentant d’imputer au camp adverse la responsabilité de l’impasse et de noyer le poisson vis-à-vis de l’opinion publique. Dénonçant ces pratiques, un professionnel relève que l’on aurait sans doute mieux fait de retransmettre les échanges à la télé et sur la radio, comme cela se fait pour certaines séances parlementaires. Ajoutant qu’à défaut d’un tel recours, le secrétariat de Amr Moussa, animateur des débats, aurait dû rendre publics les procès-verbaux en question. Il convient cependant de rappeler que le culte du flou remonte à loin. Hussein Husseini détient encore par devers lui, en refusant de les livrer à l’État, les minutes des séances de Taëf. Et Berry fait de même, pour ce qui est des travaux du comité national de dialogue qu’il avait dirigé. Cela à la demande de Nasrallah, alors que Hariri et Joumblatt avaient réclamé la diffusion de ces comptes-rendus.
Donc, le bras de fer interne reste au même point. Le 14 et le 8 Mars s’accusent réciproquement de blocage et d’être à la solde de la Syrie ou de l’Amérique. Moussa en a tiré une conclusion : le conflit libanais a sa source ailleurs, au-dehors. Dès lors, a-t-il indiqué, il faut intensifier les efforts en vue d’un rapprochement interarabe facilitant un dénouement positif au Liban.
Dans ce cadre, la présidentielle se trouve liée au sommet arabe. On sait que nombre de pays, Égypte et Arabie saoudite en tête, conditionnent leur participation à celle même du Liban, dûment représenté par un chef de l’État attitré. En d’autres termes, Ryad et Le Caire somment Damas, hôte du sommet, de donner son feu vert à la présidentielle libanaise, faute de quoi ils lui feraient faux bond. Point d’autant plus marquant que c’est Abdallah d’Arabie qui doit présider la séance inaugurale, pour passer le flambeau au président Assad, organisateur de l’édition 2008. Les boycotteurs potentiels seraient suivis par au moins la moitié des autres membres de la Ligue. Qui ne feraient sans doute pas tous acte d’absence, mais ne se feraient représenter qu’à un niveau inférieur. Et alors, Bye bye le rendez-vous au top, spectaculaire et revigorant, Bye bye aussi la crédibilité du régime syrien. Et la possibilité, pour lui, de sortir enfin de son isolement arabe ou international.
Manœuvre
Selon des informations qui se recoupent, certains pôles syriens influents tentent actuellement de jouer la carte de la détente. En faisant valoir l’importance du sommet pour Damas et les avantages qu’il pourrait en tirer. Ces cadres militent donc pour une présidentielle libanaise accélérée, en base du choix Sleimane. Et en base de la Lettre arabe publiée en deux temps, début et fin janvier. Ce qui induit que les prosyriens du cru laisseraient de côté, pour après, leurs conditions relatives à la composition du prochain gouvernement ou à la loi électorale. Cependant, il n’est pas encore certain que les tentatives de ces responsables syriens soient avalisées par le régime. On ne devra pas tarder à être fixé : l’élection libanaise est prévue pour le 11 et le sommet pour le 25.
Pour le moment, Damas et ses alliés maintiennent leurs exigences, qualifiées de totalement rédhibitoires par les loyalistes. L’opposition demande, entre autres pieds-de-nez à la Constitution, que la procédure de formation du prochain gouvernement ne soit entamée qu’une fois un accord détaillé conclu à ce sujet. Elle veut aussi que toute décision soit nécessairement prise à l’amiable, sans recourir à un vote en Conseil des ministres en cas de différend.
Toujours est-il que Damas s’efforce de sauver son sommet, tout en préservant ce qu’il appelle ses intérêts, entendre surtout son contrôle de la scène politique libanaise. En principe, il ne lui est pas difficile de mener de front ces deux objectifs. Il pourrait en effet laisser élire Sleimane, le faire venir au sommet sans qu’on n’ait eu le temps de remplacer le gouvernement Siniora. Puis faire rebondir la crise libanaise en entravant la formation d’un nouveau cabinet jusqu’à ce que ses alliés aient obtenu tout ce qu’ils réclament.
Mais il est douteux que les autres Arabes ou les Européens s’en laissent conter aussi facilement. Et selon nombre de sources informées, les uns et les autres envisagent d’entrer en ligne, sinon pour une médiation commune, du moins pour s’assurer que Damas n’utilisera pas de bombe à retardement au sujet de la crise libanaise. Dans ce contexte, il est question, selon ces sources, que Javier Solana visite sous peu la capitale syrienne, pour en obtenir de claires assurances.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À la lecture des procès-verbaux des rencontres quadripartites place de l’Étoile, on s’aperçoit que les témoignages ultérieurs, drapés d’un écran de fumée, sont truffés de contre-vérités et d’imprécisions voulues. Bien que, finalement, l’on s’y retrouve grosso modo par rapport aux positions de base, toujours inconciliables. Les protagonistes se livrent donc là, sur le plan de la communication, à un jeu subtil du vrai et du faux. Chacun tentant d’imputer au camp adverse la responsabilité de l’impasse et de noyer le poisson vis-à-vis de l’opinion publique. Dénonçant ces pratiques, un professionnel relève que l’on aurait sans doute mieux fait de retransmettre les échanges à la télé et sur la radio, comme cela se fait pour certaines séances parlementaires. Ajoutant qu’à défaut d’un tel...