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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Torero(s) de salon

« Depuis 2006, je prends des antidépresseurs, et depuis le discours de Nasrallah, j’essaie d’obtenir un visa pour quitter ce pays » Iman, 51 ans, el-Hoch, Liban-Sud, citée par Jihad Siqlawi/AFP Huitième semaine de 2008. L’Arabie saoudite qui recommande à ses ressortissants d’éviter le Liban ; le Koweït qui conseille aux siens de différer d’éventuels voyages ; la France qui ferme momentanément deux de ses indispensables CCF de province ; des congrès, notamment médicaux, censés se tenir à Beyrouth et qui finissent par se retrouver à Damas ; des festivals et autres événements constamment annulés les uns après les autres : quelque chose est en branle. Sérieusement, délibérément en branle, et d’une façon irréversible : refaire du Liban un champ de batailles infinies ; un no man’s land vidé de tout poids politique, social, économique et culturel ; une arène aux lions, tous les lions, un tremplin pour la création d’une espèce de Reich dont la solution finale – la déshumanisation du Liban et une insensée volonté de rééquilibrage démographique dans toute la région arabo-musulmane – aurait glacé, par son fond et par sa forme, jusqu’aux plus grands architectes du hitlérisme. Soit. Hassan Nasrallah rêve de voir Israël détruit, démis, défait, et pas par n’importe qui ou n’importe où : il veut que l’État hébreu disparaisse sous les coups de boutoir de ses valeureux et héroïques boys et sur le territoire libanais. Soit. Et pour aussi improbable, utopique et pieu que soit ce vœu, il n’en reste pas moins très légitime : le patron du Hezb a consacré sa vie à la lutte contre Israël et sa famille a été touchée au cœur par les armes d’Israël. Soit. Pour cela, Hassan Nasrallah a deux choix – pas trois, deux ; deux et seulement deux : ou bien il prend ses combattants et ses armes et va s’installer de l’autre côté des frontières libanaises, sur le plateau du Golan ou dans les territoires palestiniens, et il y va à fond dans sa lutte ; ou bien, il se plie aux diktats, sublimes, de la démocratie, et à ceux, encore plus somptueux, du bon sens : quels Libanais, à part une certaine proportion de partisans du Hezbollah, une minorité à en croire les témoignages des habitants du Sud, littéralement épuisés, souhaitent que le Liban serve de champ de guerre(s) ? Les partisans du CPL veulent une open war avec l’État hébreu ? Ceux du mouvement Amal ? Les Marada ? Ceux de Omar Karamé ? Qui veut une guerre ouverte à partir du territoire libanais contre Israël ? Qui veut un Liban de jihadistes, un Liban autarcique, un Liban déserté, un Liban déchiqueté ? Qui ? Soit. Sauf que la mauvaise foi en politique a rarement atteint de tels niveaux : Hassan Nasrallah appelle au choc des rues, à la loi du nombre, à un décompte des partisans du 14 et du 8 Mars, en faisant comprendre que l’immense majorité des chiites, une partie des chrétiens, quelques sunnites et quelques druzes sont supérieurs en nombre à l’immense majorité de sunnites et de druzes, à une partie des chrétiens et à quelques chiites ; en demandant que l’on n’évoque pas les mânes de Rafic Hariri et en dénonçant les dollars dépensés par la majorité pour attirer les foules place des Martyrs le 14 février, oublieux certainement des 30 millions de dollars envoyés chaque mois par Téhéran. Soit. Mohammad Mehdi Chamseddine doit faire, une énième fois, des triples axels dans sa tombe. Parce qu’il avait compris, ce brillant imam, même un peu tard, la nature et la culture de ce pays – des concepts que Hassan Nasrallah, ultracautionné par Michel Aoun, n’acceptera jamais d’envisager, même pas de débattre. Que si le Liban doit être la patrie définitive de tous les Libanais, c’est une neutralité absolue qui doit être un jour inscrite en préambule et au cœur de la Constitution. Et encore : si seulement Hassan Nasrallah ne décidait pas de voir qu’une partie du problème. Aurait-il déclaré une guerre ouverte contre l’autre, le deuxième ennemi du Liban, la Syrie des Assad, au lieu de (se) mentir effrontément et de défendre un régime assassin et cannibale ; aurait-il déclaré une guerre ouverte pour venger le sang des Kamal Joumblatt, des Béchir Gemayel, des René Moawad, des Rafic Hariri et de tous ceux qui les ont suivis, qu’une très grande majorité de Libanais aurait réfléchi sept fois plutôt qu’une avant de le remercier pour sa sollicitude, sa solidarité, et de lui dire qu’elle préfère que la justice internationale, qui n’en a que faire de Meerab ou de Clemenceau, tranche, plutôt que les armes et le sang. Soit. Encore une fois : c’est de l’identité de ce pays qu’il s’agit, et tant qu’une définition unique et définitive de cette identité n’est pas trouvée puis sanctifiée, le Liban continuera d’être ce radeau de la Méduse, ce pays errant, en passe d’éclater comme du verre brisé. En attendant, Hassan Nasrallah continue de faire ce en quoi il est passé maître : fédéraliser les esprits, les cœurs, les tripes ; bétonner les infinis murs de Berlin dressés entre les Libanais. Les autres ont sans doute cessé de faire beaucoup d’efforts, sauf qu’ils n’appellent à aucune guerre ouverte, eux. Juste un échange de relations diplomatiques. Avec Damas, déjà… Ziyad MAKHOUL
« Depuis 2006, je prends des antidépresseurs, et depuis le discours de Nasrallah,
j’essaie d’obtenir un visa pour quitter ce pays »
Iman, 51 ans, el-Hoch, Liban-Sud, citée par Jihad Siqlawi/AFP

Huitième semaine de 2008.
L’Arabie saoudite qui recommande à ses ressortissants d’éviter le Liban ; le Koweït qui conseille aux siens de différer d’éventuels voyages ; la France qui ferme momentanément deux de ses indispensables CCF de province ; des congrès, notamment médicaux, censés se tenir à Beyrouth et qui finissent par se retrouver à Damas ; des festivals et autres événements constamment annulés les uns après les autres : quelque chose est en branle. Sérieusement, délibérément en branle, et d’une façon irréversible : refaire du Liban un champ de batailles infinies ; un no man’s land vidé de...