Les proches du président Nabih Berry accusent la majorité de torpiller l’initiative arabe, en rejetant les trois 10. Berry lui-même avoue à ses visiteurs qu’à ses yeux les choses n’évoluent pas bien. Ajoutant que les déclarations en flèche de certains pôles de la majorité n’augurent rien de bon et critiquant nommément le président Siniora pour qui les trois 10 constituent un sabotage de Taëf. Le chef d’Amal n’épargne pas non plus Saad Hariri, qui a déclaré en Arabie saoudite que la formule précitée a été fabriquée à Damas, alors que pour sa propre part, Berry considère les trois 10 comme une parfaite illustration de la devise « ni vainqueur ni vaincu ». Ajoutant, magnanime, qu’il rouvrirait la Chambre et irait voter avec son bloc pour Sleimane dès l’instant où cette solution arithmétique serait adoptée, en précisant qu’il ne poserait alors aucune autre condition. Contrairement donc à Michel Aoun, qui garde cependant, de son côté, l’avantage de rester le négociateur désigné par le front opposant, Hezbollah en tête. Encore qu’à entendre Berry, nombre de députés membres du Bloc du changement et de la réforme que dirige Aoun sont tout aussi disposés que lui à assurer l’élection, une fois l’arrangement sur les trois 10 conclu.
Les visiteurs de Aïn el-Tiné en repartent donc pessimistes, sinon déprimés, en se demandant même s’il est bien utile que Amr Moussa revienne à Beyrouth et en estimant que nul ne veut vraiment l’élection pour le moment. À leur avis, la solution est encore loin d’être prête et le 26 ne serait qu’un rendez-vous manqué de plus.
Le monde à l’envers : revenant à la charge, les prosyriens accablent la majorité, en répétant qu’elle obéit à des directives obstructionnistes saoudo-américaines ! Pour eux, les déclarations de Satterfield soutenant le pouvoir légal libanais en place ne sont qu’un désaveu de la solution arabe. À les en croire, le communiqué arabe qui a suivi la réunion du 27 janvier aurait fortement indisposé Washington ainsi que Ryad et même Le Caire. Pourquoi ? Parce que, répondent les alliés de Damas, ce texte recommandait aux parties libanaises de se baser sur les lignes directrices de la déclaration ministérielle du présent cabinet. Ce qui signifierait, toujours selon les opposants, qu’il faudrait respecter l’engagement pris alors à l’égard de la Résistance et de son armement. Donc à ne pas tenir compte de la 1701 ou de la 1559 qui récusent cet armement. Les opposants soutiennent en outre que le Conseil de la Ligue aurait désapprouvé l’interprétation Moussa du document arabe initial. Dans ce sens, toujours à leur avis, que le Conseil se serait prononcé pour un cabinet libanais d’union nationale avec garanties à tous. Entendre avec tiers de blocage ou, à tout le moins, avec partage à égalité des sièges ministériels en trois. Selon les prosyriens, ce serait donc Damas qui serait parvenu à entraîner le Conseil de la Ligue dans son sillage, au détriment des Arabes proaméricains.
À tout cela, les loyalistes répondent que le blocage de la présidentielle n’est évidemment dû qu’aux conditions préliminaires, rédhibitoires et téléguidées de l’opposition. Ils estiment que les prosyriens ne veulent tout simplement pas du général Sleimane, car il est trop indépendant de Damas et ne convient guère au régime syrien. Ils soulignent que les opposants, dans leur course effrénée au sabotage, n’hésitent pas à contrer leurs propres propositions. Ainsi en est-il de la candidature Sleimane. Comme d’ailleurs des trois 10 que Aoun, interrogé par Amr Moussa, a clairement rejetés.
Il reste cependant un espoir, dans la mesure où Damas voudrait assurer la tenue, sinon le succès, du sommet arabe qu’il héberge fin mars. Sommet que l’Arabie saoudite et l’Égypte bouderaient si un président libanais n’y est pas présent.
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