Éclaircie climatique, hier, mais le tableau politique reste assez sombre. À ce stade, beaucoup doutent que l’élection puisse avoir lieu le 26. Les positions restent en effet inconciliables. Cependant, il subsiste quelques bonnes raisons d’espérer. Et Amr Moussa, attendu le 24 venant d’Argentine, tentera de leur donner corps. Son assistant, Hicham Youssef, est déjà sur place pour y travailler.
Les incidents sécuritaires ont aggravé le conflit. On peut cependant croire qu’en dépit, ou à cause, du sang versé ainsi que du danger qui menace finalement tout le monde ici, la raison finira par prévaloir. D’autant plus logiquement que, comme ils l’ont montré il y a un an, Iraniens et Saoudiens sont tout à fait d’accord pour prohiber des heurts entre chiites et sunnites libanais, car cela ferait tache d’huile. D’où les récentes rencontres d’apaisement, à Beyrouth, entre cadres haririens, hezbollahis et amalistes.
En d’autres termes, l’escalade pourrait bien n’avoir qu’une portée prénégociatoire. Les surenchères signifieraient ainsi que les prosyriens et leurs alliés demandent un maximum pour obtenir un minimum de ce qu’ils appellent des garanties.
Selon un pôle de l’ex-comité national de dialogue, Moussa est porteur d’une feuille de route rénovée dans certains détails, mais toujours axée sur la nécessité d’une présidentielle libanaise dans les meilleurs délais pour prévenir un fiasco du sommet arabe prévu à Damas fin mars. Il réunira de nouveau loyalistes et opposants, dimanche, place de l’Étoile. Ses efforts bénéficient déjà du concours, loin des feux de la rampe, de Nabih Berry et de Michel Murr.
Réaction
Le nouveau étant que la formule des trois 10 se trouve révolue. En raison, notamment, de la détermination qu’affichent désormais les indépendantistes, dans la foulée de la grande manif du 14. Ils ne veulent plus, en effet, se laisser marcher sur les pieds, comme on dit familièrement, ni céder à un chantage sans fin. Dans ce contexte, les loyalistes notent que c’est Aoun lui-même qui a retoqué en pratique la formule de partage citée. En effet, en réponse aux questions de Moussa, le général, porte-parole de l’opposition, n’avait accepté la proposition de base qu’en l’assortissant de conditions aussi rocambolesques que rédhibitoires. Comme le veto opposé à Hariri et Siniora ou comme la répartition des portefeuilles. Dès lors, les majoritaires réagissent en s’accrochant à leurs droits arithmétiques, pour réclamer un 14 /10/6. Ils font valoir, de plus, que tout autre partage que le fifty-fifty islamo-chrétien prévu dans Taëf aboutirait tôt ou tard à une modification radicale du pacte national. C’est-à-dire qu’en commençant par diviser le morceau en trois au profit de la présidence de la République, on finirait tôt ou tard par le sectionner en trois au profit du tandem Hezbollah-Amal. Toujours est-il qu’il est actuellement question d’une formule restreinte, de 14 ou même de 6 ministres.
À noter que du côté opposant, les violons ne semblent plus si bien accordés. En effet, selon des sources fiables, de nettes divergences se sont manifestées lors de la réunion tenue mardi dernier au domicile de Omar Karamé. Des voix s’y sont élevées pour s’alarmer de la discorde et appeler à l’élection dès le 26, sans attendre la finalisation d’un accord sur le gouvernement. Ces modérés ont indiqué qu’on pourrait continuer à négocier et qu’au moins le cabinet Siniora ne remplacerait plus le président de la République. Ajoutant qu’il faut tenir compte de la conjoncture arabe, ainsi que du fait patent que la majorité n’accepte pas le tiers de blocage. Pour ces cadres, même Damas se montre désormais favorable à la présidentielle libanaise avant le sommet de mars. Et il n’y a donc pas de raison, à leur sens, de se montrer en quelque sorte plus royaliste que le roi, côté refus. Ils citent des propos tenus récemment par un haut dirigeant syrien, qui a laissé entendre qu’en organisant la présidentielle libanaise sous peu, on désamorcerait le risque de voir l’Égypte et l’Arabie saoudite bouder le sommet.
Mais les radicaux, loin de partager cet avis, y vont de plus belle dans leurs attaques contre Satterfield et contre Washington, accusés de torpiller l’initiative arabe par leur soutien à Siniora et aux thèses du 14 Mars. Ce à quoi les loyalistes répondent en relevant que le meilleur moyen de contrer le prétendu sabotage US, c’est encore de voter sans tarder pour Sleimane, candidat de consensus national.
Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Éclaircie climatique, hier, mais le tableau politique reste assez sombre. À ce stade, beaucoup doutent que l’élection puisse avoir lieu le 26. Les positions restent en effet inconciliables. Cependant, il subsiste quelques bonnes raisons d’espérer. Et Amr Moussa, attendu le 24 venant d’Argentine, tentera de leur donner corps. Son assistant, Hicham Youssef, est déjà sur place pour y travailler.
Les incidents sécuritaires ont aggravé le conflit. On peut cependant croire qu’en dépit, ou à cause, du sang versé ainsi que du danger qui menace finalement tout le monde ici, la raison finira par prévaloir. D’autant plus logiquement que, comme ils l’ont montré il y a un an, Iraniens et Saoudiens sont tout à fait d’accord pour prohiber des heurts entre chiites et sunnites libanais, car cela ferait tache d’huile....