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Actualités - Opinion

IMPRESSION La folle…

À peine essoufflée la dernière tempête, explosion rose dans les bougainvillées. Cette plante indomptable a fait de Beyrouth son terreau d’élection. Pas une vieille enceinte, pas un mur moussu, pas un balcon, pas un jardin promis aux pelleteuses qui n’abrite sa « folle », son « infernale », sa pieuvre barbelée, sa mangeuse de sycomore, son écorcheuse de magnolia, son étouffe-jasmin. Le somptueux roncier habillé de fleurs sèches décline ses pourpres à qui veut les voir. C’est la ville qui l’envahit. Il était là le premier. Il lui faut jouer des épines et des bois, bramer au premier rayon, marquer son territoire quitte à céder ses atours aux premières giboulées. Il est paraît-il des terres qui sécrètent leur propre violence. Le Liban fait partie de cette triste espèce. Plus que la plante de Beyrouth, la bougainvillée en est le symptôme. Partout les conflits ont des raisons économiques et sociales, alimentées par des sentiments d’injustice et de frustration. Chez nous il faut y ajouter l’orgueil, ce mélange de vanité et de testostérone qui pousse à la démesure. Croissance anarchique, nature envahissante, susceptible, égotique, tenace et griffue, le Libanais est à manipuler avec précaution. Il suffit d’un rien, une divergence de vues. Alors la bougainvillée en lui pousse ses tentacules, darde ses épines, s’enroule, maléfique, autour du tronc rival et noue entre ses branches des joncs échevelés. Elle est prête à fleurir. Elle fleurit. Contre toute attente, qu’il pleuve ou que la soif gerce le sol, la bougainvillée fleurit. Une fois plantée, elle sait survivre. Rien, ni températures, ni climats, ni pauvreté du terreau ne la rebute. Ni les guerres, ni la précarité, ni les rumeurs qui enflent, ni les conflits qui grondent, ni les attentats, ni les bruits de bottes ne nous découragent. Par moments la peur nous fige. Puis elle nous couvre d’une nouvelle couche de peau. En coupe transversale, un Libanais devrait présenter des cercles concentriques qui permettraient de calculer son âge en nombre de terreurs et de tragédies vécues. On dit que ces choses renforcent. En tout cas, elles n’empêchent pas de pousser sa charrue. Si nous n’avions pas connu des plages de paix, nous nous serions laissés posséder par la guerre. Elle nous aurait été une autre nature. Mais c’est à la refuser, à la repousser, à la conjurer que s’épuisent nos énergies. Son spectre n’est jamais loin. Il est ce double malin qui attend notre désenchantement pour prendre forme. Tombent alors le fer et le feu, nous pousserons à nouveau nos épines. Fifi ABOU DIB
À peine essoufflée la dernière tempête, explosion rose dans les bougainvillées. Cette plante indomptable a fait de Beyrouth son terreau d’élection. Pas une vieille enceinte, pas un mur moussu, pas un balcon, pas un jardin promis aux pelleteuses qui n’abrite sa « folle », son « infernale », sa pieuvre barbelée, sa mangeuse de sycomore, son écorcheuse de magnolia, son étouffe-jasmin. Le somptueux roncier habillé de fleurs sèches décline ses pourpres à qui veut les voir. C’est la ville qui l’envahit. Il était là le premier. Il lui faut jouer des épines et des bois, bramer au premier rayon, marquer son territoire quitte à céder ses atours aux premières giboulées. Il est paraît-il des terres qui sécrètent leur propre violence. Le Liban fait partie de cette triste espèce. Plus que la plante de Beyrouth, la...