Dans ces mêmes colonnes, reprenant l’expression d’un grand romancier, nous écrivions il y a deux ans : « Nos actes nous suivent. » Hélas, cela ne s’est que trop vérifié dans notre histoire.
La révolution du Cèdre, au printemps 2005, fut un événement dépassant toutes les espérances, une unanimité surgie spontanément, les Libanais ayant senti dans leur âme qu’ils formaient vraiment une nation. Pour la première fois dans l’histoire, sunnites, druzes et chrétiens adoptaient le slogan unique : « Liban d’abord ».
Or, une première faute fut commise en laissant les élections législatives se faire selon la loi de 2000 votée sous le régime de la tutelle. Faute cependant non désastreuse, puisqu’elle n’a pu empêcher la victoire d’une majorité confortable aller à l’alliance appelée désormais le « 14 Mars ».
Mais c’est à partir de là que commence la série de fautes :
1- Accepter le retour de Nabih Berry à la présidence de la Chambre pour la quatrième fois. Il aura ainsi joui de ce poste seize années de suite. C’est une chose incroyable, inouïe dans l’histoire mondiale. De plus, M. Berry est l’un des personnages qui étaient les plus en vue sous la poigne de la tutelle. Les responsables du 14 Mars auraient dû à n’importe quel prix repousser cette nomination.
2- La résolution de l’ONU n° 1 559, grâce à laquelle le pays a recouvré sa « seconde indépendance », contient une clause disant que l’État doit avoir l’exclusivité de la force armée. Par égard pour le Hezbollah, les responsables ont déclaré que cette question, étant d’ordre intérieur, ferait l’objet d’un dialogue séparé. Conséquemment, parmi les problèmes majeurs à traiter, le ministère devra lui-même organiser un tel dialogue avec le Hezbollah, tout en continuant à vaquer au gouvernement du pays.
Mais ne voilà-t-il pas que Berry devance le gouvernement, et qu’agissant de son propre chef, outrepassant ses attributions, il proclame la convocation d’un « dialogue national » ? Le 14 Mars n’ose pas refuser sous risque d’accusations d’absolutisme. Et le dialogue commence, toutes affaires normales restant entravées, pour discuter des problèmes les plus épineux, laissant toutefois celui du désarmement du Hezbollah pour la fin. Il traîne en longueur autant que le Congrès de Vienne, jusqu’à ce qu’éclate la guerre de juillet 2006.
3- Le désastre de la guerre et les propos échappés à Nasrallah (« Si je savais que l’ennemi allait réagir de cette manière, je n’aurais pas kidnappé les deux soldats ») ont fait qu’il a d’abord adopté un profil bas. Mais il n’a pas tardé à reprendre son souffle, et, passant outre à tous les problèmes tragiques issus de la guerre, il s’est relancé dans l’opposition la plus farouche, s’assurant la couverture chrétienne avec le CPL, plus quelques mécontents, réclamant rien moins que la chute immédiate du gouvernement (« Vous allez déguerpir au moment où vous vous y attendiez le moins », lançait le général Aoun à Siniora).
4- On a maintenant, depuis un an, le spectacle suivant : alors que l’opposition se vantant de démocratie, devrait traîner le gouvernement devant la Chambre et dénoncer publiquement les torts qu’elle a contre lui, elle réclame une place dans ce même gouvernement, se prévalant du principe de « partage » (charâkat)… Et que fait-elle pour cela ? Les sit-in et les manifestations, en annonçant une escalade prochaine. On peut alors se poser la question suivante : le Hezbollah a soi-disant rassuré les Libanais en proclamant qu’il ne dirigerait pas ses armes contre eux. Or, s’il ne se vantait pas bruyamment de disposer de milliers de missiles et autres engins redoutables, est-ce que l’opposition aurait osé envahir le centre-ville avec une forêt de tentes, que les forces de l’armée pourraient balayer en quelques heures ?
5- On assiste aussi, dans cette démocratie, à quelque chose d’aussi étrange : les porte-parole de l’opposition, siégeant aux réunions du « dialogue national », déclaraient en cours de discussions, sans aucun état d’âme, qu’ils allaient consulter leurs amis de Damas, tandis que, de l’autre côté de la frontière, Farouk el-Chareh disait avec satisfaction aux journalistes : « Nos amis au Liban sont les plus forts. » Sans être gênés par cette allégeance syrienne, ces mêmes « amis » clament contre le gouvernement sa soumission aux ordres de l’Occident.
C’est ça, la démocratie à la libanaise, une démocratie des plus « spéciales ».
Albert SARA
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La révolution du Cèdre, au printemps 2005, fut un événement dépassant toutes les espérances, une unanimité surgie spontanément, les Libanais ayant senti dans leur âme qu’ils formaient vraiment une nation. Pour la première fois dans l’histoire, sunnites, druzes et chrétiens adoptaient le slogan unique : « Liban d’abord ».
Or, une première faute fut commise en laissant les élections législatives se faire selon la loi de 2000 votée sous le régime de la tutelle. Faute cependant non désastreuse, puisqu’elle n’a pu empêcher la victoire d’une majorité confortable aller à l’alliance appelée désormais le «...