Ce n’est pas tous les jours que les Libanais qui, d’ordinaire, ne s’entendent sur rien ou presque, se retrouvent unanimes à soutenir un même candidat à la présidence de la République : unanimité de façade parfois, il est vrai, unanimité de nécessité souvent mais que veut-on, unanimité quand même. Ce n’est pas tous les jours non plus que les pays de la Ligue formulent de concert, publiquement, solennellement, leur appui non moins unanime à ce même candidat, et que la communauté internationale approuve vigoureusement.
Mieux encore, c’est la toute première fois que la Ligue entreprend de redonner poids et consistance à une présidence libanaise qui se trouve être, par tradition, la seule non musulmane dans tout le monde arabe. Sacré avant l’heure chez lui et au-dehors, croulant sous tant d’honneurs, le général Michel Sleimane n’a pas fini pourtant de ronger son frein, en attendant que soient clarifiées bien des choses, que soit explicitée l’initiative arabe, que soient infirmées les exégèses abusives auxquelles elle a pu donner lieu. Car si le diable est dans les détails, son terrain de prédilection reste le vague, le flou, l’ambigu, le malentendu. Le secrétaire général de la Ligue Amr Moussa le sait mieux que quiconque, qui s’est épuisé à la tâche tout au long de l’année dernière et qui va s’efforcer dès aujourd’hui de finaliser, sur place, le projet interarabe en trois volets (scrutin présidentiel immédiat, formation d’un gouvernement d’union, élaboration d’une nouvelle loi électorale) intervenu samedi dernier au Caire.
Si toutefois celui-ci promet de revêtir une portée historique, c’est surtout parce qu’il (re)fait véritablement, effectivement du président de la République, dessaisi d’une bonne part de ses prérogatives par l’accord de Taëf, l’arbitre suprême de la vie étatique libanaise. Aux rassemblements du 14 comme du 8 Mars, ce plan ôte en effet toute capacité d’imposer ou, au contraire, de torpiller une quelconque décision en Conseil des ministres. C’est au bénéfice du chef de l’État (et de la portion de gouvernement qui lui est dédiée) que le premier se désisterait de l’avantage découlant de sa situation majoritaire et le second du droit de blocage et de veto qu’il revendiquait à cor et à cri. Et c’est le groupe présidentiel qui, au coup par coup, ferait pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. Quel dosage sera-t-il convenu, quel scénario sera-t-il finalement retenu pour l’amendement de la Constitution qu’exige l’élection du général Sleimane, voilà de quoi remplir copieusement rencontres, discussions, conciliabules et navettes qui attendent Amr Moussa à Beyrouth.
Pour nécessaire cependant que soit la réhabilitation, en termes d’influence, d’une charge présidentielle laissée en ruines par son dernier titulaire, pour salutaire que soit ce come-back des chrétiens dans un paysage politique libanais dominé par la sourde rivalité opposant les deux branches maîtresses de l’islam, le plus important est ailleurs : il réside surtout dans le rôle de fédérateur, de rassembleur des tribus libanaises qui est dévolu avec tant d’évidence et d’éclat (et entraînant d’aussi écrasantes responsabilités) au futur président maronite.
Car il ne va pas s’agir seulement, pour Sleimane, de garantir l’équilibre intercommunautaire en œuvrant, dans le même temps, à réunifier une communauté maronite – la sienne – actuellement déchirée. Nommé commandant de l’armée au plus fort de la tutelle syrienne, premier président néanmoins à être élu après la fin de l’occupation, le général devra, à chaque tournant d’une vie politique en constante ébullition du fait de l’instabilité régionale, s’efforcer de concilier les impératifs de souveraineté et les exigences de la realpolitik : cela sur des dossiers aussi brûlants que la stratégie de défense face à Israël, les tirs de roquettes irresponsables sur la Galilée, la subversion – souvent armée – venue de Syrie, le terrorisme qui a sévi à nouveau hier contre la Finul comme pour saluer l’initiative arabe, le tribunal Hariri, et on en oublie...
Alors, un funambule au palais dépeuplé de Baabda ? Un magicien, plutôt.
Issa GORAIEB
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Mieux encore, c’est la toute première fois que la Ligue entreprend de redonner poids et consistance à une présidence libanaise qui se trouve être, par tradition, la seule non musulmane dans tout le monde arabe. Sacré avant l’heure chez lui et au-dehors, croulant sous tant d’honneurs, le...