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Actualités - Opinion

L’accord du Caire ? Ziyad MAKHOUL

Hassan Nasrallah a beau répéter devant les micros et les caméras que le Hezbollah ne reçoit de directives de personne, personne justement n’est dupe : après la brève et dense escale damascène de Ali Larijani (plus fort que jamais depuis son éviction officielle de l’appareil Ahmadinejad ?), après la petite sauterie dînatoire très Hernani dans la capitale égyptienne, chez Amr Moussa, de quelle marge de manœuvre personnelle disposent désormais le parti de Dieu (et ses satellites, à commencer par le CPL) ? Pratiquement aucune. Absolue ironie du sort : pour s’émanciper du tandem syro-iranien, aux intérêts pas toujours convergents, le Hezb n’a que le seul, l’unique, le somptueux choix de la libanisation définitive, du Sinn Féin made in Lebanon. À supposer donc que la Syrie et l’Iran, pour mille et une raisons et en fonction de mille et un calculs et mille et un fantasmes (certes, pas toujours très blancs), aient véritablement décidé de la jouer propre, Nabih Berry ne s’y sera pas trompé. Pour une fois, l’excommunié de Aïn el-Tiné, à qui la famille Assad et ses alliés libanais ont dernièrement interdit de négocier en leur nom, ne semble pas voir de diablotins cachés au creux de quelque détail : l’initiative de ces chers Arabes réunis le week-end dernier dans la capitale égyptienne pourrait effectivement s’avérer historique. Il importe peu, pour l’instant, de savoir ce qui a poussé Damas à plier, à apprendre les vertus du oui : la menace saoudo-égyptienne de boycotter le prochain sommet arabe, censé se tenir cette année en terre syrienne, est loin d’être suffisante ; peut-être ne faudrait-il pas oublier le tribunal international, ni les menaces françaises, et/ou les pressions iraniennes/qataries, et/ou le déplacement proche-oriental du finissant Bush… Ne prime, aujourd’hui, que ce très drôle revirement des Syriens, persuadés il y a plus de deux semaines que Michel Sleimane a conclu un deal avec le tandem Geagea-Hariri, mais convaincus maintenant, autre rictus de l’histoire, que le commandant en chef de l’armée est le seul à pouvoir endiguer (entre autres mais d’abord) les velléités d’un superpower sunnite. Historique, cela pourrait – à plusieurs niveaux. Un : une délégation commune Amal-Hezb aura beau faire, dans les 24 ou 48 heures, son Canossa à Yarzé chez Sleimane, l’initiative arabe aura concrétisé dans l’amertume, le silence, la componction et l’hyperprudence les divisions au sein du 8 Mars. Deux : elle aura signifié au monde en général, au public de l’opposition en particulier, l’impossibilité patente pour une communauté, à moins d’un big bang général duquel personne ne sortirait intact, de prétendre seule présider aux destinées du Liban. Trois : l’initiative arabe aura confirmé que ce concept auquel le 14 Mars avait fini, bon gré, mal gré, d’adhérer il y a plus d’un an, est le seul à même de gérer la praxis politique libanaise : le ni vainqueur ni vaincu, traduit à l’époque par une formule mathématique de laquelle on continuait jusqu’à il y a quelques heures, de Rabieh jusqu’à la banlieue sud, de se gausser : le fameux 19+10+1. La capacité des Libanais en général, des mauvais perdants (notamment aux élections) en particulier, à perdre un temps fou est inouïe : au lieu de ce ministre-roi qui n’a jamais vu le jour, c’est avec un président-roi (telet) qu’ils vont avoir affaire. Qui a dit que l’histoire – ou le sort – ne sont pas gueux ? Parce que c’est bien là que l’initiative arabe fait fort : dans ce qu’elle ne dit pas, dans ce qui repose entre les lignes et que l’opposition attend de lire sur les lèvres de Amr Moussa avant de se prononcer – personne n’est aussi fort que Nabih Berry pour, quand cela l’arrange, ne pas voir Belzébuth qui lui tire la langue d’entre les lignes. Le texte dit en substance que le futur gouvernement doit être composé de façon à ce qu’aucune partie n’ait la possibilité de faire adopter seule une décision ou, seule, de la bloquer. En gros, cela veut dire que le futur président de la République aura le bon plaisir, l’immense loisir de faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre. C’est énorme : tous ceux qui rêvaient d’enterrer Taëf, de l’amender dans sa chair, en avalent leur chapeau ou leur turban : c’est une révision orale inédite et tonitruante de la Constitution, qui risque d’entrer en vigueur bientôt, et cela, les apprentis sorciers de tous poils s’étaient bien gardés de le prévoir : le président de la République pourrait bénéficier d’un sacré pouvoir – celui d’arbitre : rien finalement de pas naturel, d’illégitime. Ce nouvel accord du Caire, aussi éventuellement prometteur que le premier, cuvée 69, était sinistre, a ceci de particulièrement intéressant qu’il constitue une sérieuse mise en garde morale à l’adresse de Michel Sleimane. Si majorité et opposition se retrouvent obligées maintenant d’apprendre à faire confiance au futur locataire de Baabda, celui-ci doit apprendre, à son tour, à faire oublier à une majorité de Libanais qu’ils haïssent l’uniforme lorsque l’uniforme n’est pas à sa place. L’accord du Caire 08 oblige Michel Sleimane : ce n’est pas si mal… Le sort ricane.
Hassan Nasrallah a beau répéter devant les micros et les caméras que le Hezbollah ne reçoit de directives de personne, personne justement n’est dupe : après la brève et dense escale damascène de Ali Larijani (plus fort que jamais depuis son éviction officielle de l’appareil Ahmadinejad ?), après la petite sauterie dînatoire très Hernani dans la capitale égyptienne, chez Amr Moussa, de quelle marge de manœuvre personnelle disposent désormais le parti de Dieu (et ses satellites, à commencer par le CPL) ? Pratiquement aucune. Absolue ironie du sort : pour s’émanciper du tandem syro-iranien, aux intérêts pas toujours convergents, le Hezb n’a que le seul, l’unique, le somptueux choix de la libanisation définitive, du Sinn Féin made in Lebanon.
À supposer donc que la Syrie et l’Iran, pour mille et une...