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L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB La contestation et ses armes

Il est des démarrages en trombe qui, en réalité, vous laissent littéralement sur place, dans un assourdissant vacarme de moteurs emballés et de pneus patinant à mort sur la piste mouillée. Il en est ainsi du tonitruant départ qu’a pris l’an nouveau, ce torrent de polémiques suscité par les dernières apparitions télévisées de Hassan Nasrallah et de Walid Joumblatt ne faisant que ramener la crise à son point de départ. Comme au premier jour en effet, et malgré d’innombrables tentatives de médiations, initiatives et autres missions de bons offices, le puzzle libanais est toujours là, agrémenté même cette fois d’une vacance persistante à l’échelon le plus haut de l’État. Au cœur de ce puzzle, le sempiternel débat sur ce tiers de blocage que réclame l’opposition au sein de tout futur gouvernement, exigence repoussée avec non moins d’obstination par la majorité parlementaire. Parce qu’il sonne mal, parce qu’il évoque irrésistiblement une approche négativiste et obstructionniste de la chose politique, en un mot parce qu’il fait mauvais genre. Au demeurant, le terme même de minorité de blocage est répudié par l’opposition elle-même, laquelle lui préfère celui, plus rassurant, de tiers de garantie. Or que diable pourrait donc garantir ce tiers ? Rien d’autre, en vérité, que la capacité – désormais concédée, reconnue, codifiée, consacrée – de recourir à volonté, et à chaque tournant de la vie publique, à ce même blocage exercé depuis plus d’un an par le 8 Mars, et qui n’ose pourtant dire son nom. Blocage évident en effet, que ces démissions de ministres qui n’en continuent pas moins de vaquer, quand il leur chaut, aux affaires de leurs départements. Blocage bête et méchant, car pénalisant indistinctement en somme le peuple tout entier, toutes obédiences confondues, que ces tentes qui, telles les mauvaises herbes de la guerre, ont pris racine au cœur du centre-ville de la capitale. Blocage caractérisé, encore, que cet inconcevable verrouillage du Parlement, opéré par son propre président. Blocage patenté enfin (et on en passe) que le rejet de la fameuse liste de présidentiables arrachée, en base de fausses promesses, au patriarche maronite, que tous ces boulets dont on s’ingénie à accabler d’office, avant même son éventuelle élection, le candidat de consensus qu’est le général Michel Sleimane. Au vu de ce qui précède, il est clair que les objectifs d’une telle démarche ne sauraient se réduire à une simple participation au pouvoir, pour substantielle qu’elle puisse être. À défaut d’un impossible pouvoir absolu, c’est une forme inédite de dictature que convoite en effet l’opposition : un pouvoir exercé à rebours, un droit de veto sur toute action ou décision gouvernementale qui, de la majorité parlementaire, ferait dans la pratique l’otage de la minorité. C’est là d’ailleurs qu’apparaît avec le plus de netteté le choc des cultures politiques, des conceptions antinomiques et totalement inconciliables de la démocratie, dont notre pays est aujourd’hui le théâtre. Par quel prodige de la démocratie un débat portant avec âpreté sur les fondements mêmes du système, de la formule libanaise, de la Constitution, pourra-t-il être tranché dans les règles ? À quelles contorsions faudra-t-il soumettre encore la règle consensuelle pour désamorcer les putschs larvés, les révolutions rampantes, les menaces de sédition agitées par le 8 Mars ? C’est sur ce point précis que le Hezbollah doit prendre conscience de la responsabilité écrasante qui est désormais la sienne. Pourquoi le Hezbollah ? Parce qu’il est entré en politique il y a une décennie déjà sans pour autant se résoudre à un adieu aux armes. Parce que c’est fort de son armement, davantage que de sa réelle assise populaire, qu’il a entrepris de bouleverser la règle du jeu. Parce que dans un pays qui reste en proie aux vieux réflexes de défense communautaires, il était fatal que l’exception Hezbollah finît, à la longue, par alimenter une funeste course aux armements. Parce que, pour finir, une organisation qui se veut de stricte résistance, qui s’enorgueillit à juste titre de sa discipline de fer, n’a en aucun cas le droit d’agiter – sans avoir l’air d’y toucher, comme l’a fait son chef mercredi – le spectre de débordements sécuritaires. J’allais oublier le prestigieux statut de chef religieux armé, et même surarmé, qui est aussi celui de Nasrallah. Le fait semble avoir échappé à son allié le général Michel Aoun qui conteste au patriarche maronite toute sorte d’influence politique. Comprenne qui pourra . Issa GORAIEB
Il est des démarrages en trombe qui, en réalité, vous laissent littéralement sur place, dans un assourdissant vacarme de moteurs emballés et de pneus patinant à mort sur la piste mouillée. Il en est ainsi du tonitruant départ qu’a pris l’an nouveau, ce torrent de polémiques suscité par les dernières apparitions télévisées de Hassan Nasrallah et de Walid Joumblatt ne faisant que ramener la crise à son point de départ.

Comme au premier jour en effet, et malgré d’innombrables tentatives de médiations, initiatives et autres missions de bons offices, le puzzle libanais est toujours là, agrémenté même cette fois d’une vacance persistante à l’échelon le plus haut de l’État. Au cœur de ce puzzle, le sempiternel débat sur ce tiers de blocage que réclame l’opposition au sein de tout futur gouvernement,...